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Marianne Avec AFP
L’édition 2023 de la Fête du Travail revêt une importance politique et sociale bien particulière. Après l’adoption de la loi retraites, l’intersyndicale entend s’appuyer sur les cortèges de ce lundi 1er mai pour relancer l’opposition au report de l’âge légal à 64 ans et à la politique de l’exécutif. Ces rassemblements constitueront la 13e journée de mobilisation nationale contre la réforme.
Une grande journée « unitaire », inédite depuis près de 15 ans. Les syndicats veulent faire du 1er mai une « démonstration massive » et « populaire » contre la réforme des retraites, tandis que dans les rangs de l’exécutif, certains tablent sur « un baroud d’honneur » avant de passer à autre chose.
Après douze journées de mobilisation contre la réforme qui repousse l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, l’intersyndicale, toujours unie, mise quant à elle sur une journée « historique » et « un raz de marée » dans la rue, réclamant l’abrogation du texte.
Les syndicats espèrent faire le nombre dans la rue
Pour cette treizième journée nationale de mobilisation contre la réforme des retraites, quelque 300 rassemblements sont annoncés dans le pays. Dans la capitale, le cortège s’élancera à 14h de la place de la République vers la Nation. Le trafic aérien s’annonce très perturbé avec entre 25 et 33% des vols annulés dans les plus grands aéroports français. Les autorités tablent sur 500 à 650.000 personnes sur tout le territoire, dont 80 à 100 000 à Paris. Dans la capitale, on attend 1500 à 3000 « gilets jaunes » et 1000 à 2000 individus « à risque », de source policière. 12 000 policiers et gendarmes seront mobilisés, dont 5 000 à Paris.
Côté syndical, on affiche ses ambitions. Laurent Berger, patron de la CFDT jusqu’au 21 juin prochain, a dit ne pas vouloir terminer avec des « mobilisations chétives, à 100.000 personnes » alors que les derniers rendez-vous ont semblé marquer un essoufflement du mouvement. Il a également confié espérer « une grande fête populaire contre les 64 ans, pour la dignité du monde du travail ». Le sentiment est le même chez ses partenaires. « Ce sera familial, festif », a ainsi promis Sophie Binet, qui vivra son premier 1er mai à la tête de la CGT après avoir succédé à Philippe Martinez, soulignant que le défilé parisien aurait « une dimension particulière » avec la présence « de syndicalistes du monde entier » en soutien.
Réussir la photo de famille
Le tableau de famille sera en tout cas l’autre grande affaire pour la journée. L’intersyndicale, toujours unie dans son opposition à la réforme des retraites et au report de l’âge légal, va en effet afficher son unité, et ce, pour la première fois en près de 15 ans.
Le dernier défilé unitaire avec les huit principaux syndicats remonte à 2009, face à la crise financière (la CGT avait compté près de 1,2 million de manifestants, la police 456.000). En 2002 (900.000 à 1,3 million de personnes), les syndicats avaient aussi fait bloc pour « faire barrage » à Jean-Marie Le Pen.
Au-delà des cortèges, l’intersyndicale doit encore s’assurer que ses violons sont toujours accordés. L’annonce de son départ prochain par Laurent Berger, bien qu’attendue, a surpris par son timing. Les responsables des autres syndicats ont toutefois souligné aussitôt que ça ne changerait pas la donne, notamment parce que sa successeure désignée Marylise Léon (CFDT) est sur la même ligne.
Il s’agit aussi de parler d’une même voix à l’exécutif. Emmanuel Macron s’est donné le 17 avril « 100 jours d’apaisement » et « d’action » pour relancer son quinquennat, et sa Première ministre, Elisabeth Borne, a indiqué qu’elle allait envoyer des invitations aux syndicats « la semaine prochaine », selon Matignon. Un carton laissé sans réponse pour l’heure et qui n’a pas fissuré l’entente syndicale. « Nous allons en parler en intersyndicale le 2 mai et nous allons décider ensemble des suites que nous donnerons », a seulement posé Sophie Binet le 28 avril, affirmant qu’« il n’y aura pas de retour à la normale s’il n’y a pas de retrait de la réforme ».
Indiquer le cap et fixer les prochains rendez-vous
Le front commun pourrait pourtant ne pas suffire à remplir les objectifs qu’il s’est fixé. Car depuis la dernière journée de mobilisation, le Conseil constitutionnel a validé le 14 avril l’essentiel de la réforme, promulguée dans la foulée. Faut-il donc voir dans les manifestations à venir en ce 1er mai un dernier tour de roue un brin désespéré ? Les syndicats et l’opposition assurent qu’il n’en est rien.
Et les organisations tournent leurs regards vers deux nouvelle dates: le 3 mai, lorsque les « Sages » se prononceront sur une deuxième demande de référendum d’initiative partagée (RIP) et le 8 juin, lorsqu’une proposition de loi du groupe des députés Liot abrogeant la réforme sera au menu de l’Assemblée.
Servir de caisse de résonance aux « casserolades »
Autant d’événements qui montrent que ni le rejet des motions de censure à l’Assemblée nationale, ni la validation de l’essentiel du texte par le Conseil constitutionnel, ni sa promulgation dans la foulée par Emmanuel Macron, n’ont atténué la colère sociale. Et dans la rue, comme dans les sondages, la protestation reste vive. En prélude à cette Fête du Travail, celle-ci s’est encore traduite par deux journée en guise de « tour de chauffe » les 20 et 28 avril avec des actions axées sur les transports ou les accidents de travail à l’initiative notamment de la CGT. De surcroît, des « casserolades » perturbent les déplacements de l’exécutif, chef de l’Etat inclus.
Au point d’ailleurs, qu’elles ont pu reléguer au second plan le mouvement syndical. Au sein du gouvernement, certains veulent même croire « qu’on a passé le plus gros en terme de contestation » et que ce 1er mai « peut être le baroud d’honneur de l’interprofessionnel » même si les « casserolades » devraient « perdurer ».