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Après que des informations aient circulé début juin sur des postes d’écoute chinois sur l’île des Caraïbes, on parle désormais du projet de construction d’un centre de formation militaire. Pékin et La Havane contestent cet engagement commun, mais Washington reste vigilant.

Thomas Milz,

Ce scénario rappelle la crise de Cuba de 1962, lorsque le déploiement de troupes soviétiques et l’installation de rampes de lancement pour les missiles nucléaires à Cuba ont amené le monde au bord d’une troisième guerre mondiale. Plus de soixante ans plus tard, la Chine et Cuba seraient en train de négocier la construction d’un centre de formation militaire dans le nord de l’île des Caraïbes, selon un rapport du « Wall Street Journal ».

Washington s’en alarme et craint que des troupes chinoises puissent bientôt y être stationnées.

Le site du centre serait situé à environ 100 miles, soit environ 160 kilomètres, au large des côtes de la Floride. Les négociations seraient à un stade avancé. Selon le rapport, Washington aurait déjà pris contact avec le gouvernement de La Havane. Les Américains auraient ainsi tenté de renforcer les inquiétudes du gouvernement cubain quant au fait que l’accord avec Pékin pourrait limiter la souveraineté de Cuba sur son propre territoire.

Le rapport du « Wall Street Journal » s’inscrit dans une série d’informations suggérant un renforcement de la présence chinoise à Cuba.

Début juin seulement, les médias américains avaient fait état de la construction d’une station d’écoute chinoise à Cuba. De là, des communications et des renseignements électroniques pourraient être effectués sur certaines parties du Golfe du Mexique ainsi que sur le sud des Etats-Unis. Pour cela, Pékin verserait des milliards à l’Etat cubain, qui souffre d’un manque chronique de devises.
Les agissements de la Chine à Cuba sont connus depuis longtemps.

Dans une première réaction, le gouvernement américain avait encore rejeté le rapport du « Wall Street Journal » sur la station d’écoute comme étant inexact. Deux jours plus tard, la Maison Blanche a ensuite déclaré que la Chine disposait déjà depuis au moins 2019 de quatre bases d’espionnage qu’elle exploitait conjointement avec Cuba sur l’île. Le gouvernement du président Biden sait en outre depuis son entrée en fonction début 2021 que la Chine a l’intention d’étendre sa présence à Cuba. Toutefois, Pékin n’avancerait pas aussi vite qu’initialement prévu.

La construction de la station d’écoute à Cuba doit faire partie de l’initiative chinoise « Projet 141 » visant à développer les capacités militaires mondiales. On ne connaît pas de détails précis sur les installations déjà existantes à Cuba. Toutefois, ces installations seraient probablement les premières du genre dans l’hémisphère occidental. Jusqu’à présent, des informations faisaient état d’un poste de la marine chinoise au Cambodge, d’une installation aux Emirats arabes unis et à Djibouti, en Afrique de l’Est.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken s’est également exprimé sur ces informations : « Au cours des dernières années, nous avons pris des mesures diplomatiques lorsque nous avons réalisé que la Chine cherchait à avoir ce type de présence », a déclaré Blinken lundi à la chaîne de télévision CBS.

Suite à sa visite en Chine au début de cette semaine, Blinken a en outre déclaré que les Etats-Unis étaient très réticents à toute activité militaire à Cuba. Les Etats-Unis y défendront toujours leurs intérêts. C’est ce qui a été dit au gouvernement chinois, a ajouté Blinken.
La Havane et Pékin démentent les informations.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a en revanche déclaré n’avoir aucune information sur un prétendu accord entre Pékin et La Havane. Il a toutefois ajouté que les États-Unis étaient experts dans la « chasse aux ombres ». L’ambassade cubaine à Washington a également qualifié de « totalement mensongères et infondées » les informations sur la construction d’installations d’espionnage. La construction d’un centre de formation n’a pas été commentée.

Pourtant, Cuba, en grande difficulté économique, s’est récemment rapprochée de la Russie, qui aide l’île en lui fournissant des céréales et du pétrole. La Havane souhaite ainsi devenir d’ici 2025 un membre à part entière de l’Union économique eurasienne, dominée par la Russie. La Russie et la Chine s’efforcent d’étendre leur influence en Amérique latine au-delà de leurs alliés traditionnels que sont le Venezuela et le Nicaragua. Il y a quelques mois, Pékin avait ainsi réussi à convaincre le Honduras de reconnaître la Chine et de rompre ses relations diplomatiques avec Taïwan.

NZZ