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Paris retire son ambassadeur et ses troupes de ce pays africain. C’est déjà le troisième retrait de la région. Celui-ci a également des conséquences pour l’Allemagne.

Tobias Gafafer, Paris, Samuel Misteli, Nairobi

Les putschistes au Niger misent sur le ressentiment antifrançais.Issifou Djibo / EPA

Paris tire le frein d’urgence au Niger. L’ambassadeur Sylvain Itté est dans une situation précaire : depuis des semaines, il est bloqué dans la représentation française à Niamey. Les putschistes ne laissent plus entrer de nourriture. La France rappelle son ambassadeur, a déclaré le président Emmanuel Macron dimanche soir dans une interview accordée à plusieurs chaînes de télévision françaises. L’ambassadeur rentrera dans les prochaines heures avec d’autres diplomates.

Macron a en outre annoncé que la France retirerait ses troupes du Niger d’ici la fin de l’année au plus tard. Toute coopération militaire avec le pays sera ainsi interrompue. Il n’y aura plus de « Françafrique », a-t-il déclaré. Paris a déployé environ 1500 soldats au Niger sur trois bases, notamment avec des avions de combat et des drones. Les putschistes, qui ont pris le pouvoir fin juillet, avaient fixé un ultimatum à la France. L’ambassadeur et les troupes françaises devaient quitter le Niger avant la fin du mois d’août, avait-on appris.

D’autres sont plus pragmatiques

Macron s’est d’abord montré réticent, mais le retrait était une question de temps. Depuis le putsch au Niger, la France adopte une position ferme, contrairement à d’autres pays occidentaux. Paris refuse de reconnaître le nouveau gouvernement de Niamey et exige que le président déchu Mohamed Bazoum revienne au pouvoir. Mais les Français sont à court d’options.

Ils avaient espéré en vain que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se décide à intervenir. D’autres pays de l’UE misent également sur une solution diplomatique au Niger et excluent toute action militaire. Ils craignent que l’instabilité n’aggrave le problème de la migration irrégulière en provenance d’Afrique. Les Etats-Unis, qui ont des troupes au Niger, se montrent également plus pragmatiques que la France. Ils ne veulent pas mettre en péril les liens avec la junte et éviter que la Russie ne s’engouffre dans la brèche comme dans d’autres Etats de la région. La France n’a eu d’autre choix que de céder dans l’épreuve de force avec les putschistes.

Dans un communiqué, la junte nigérienne a célébré l’annonce de Macron comme « un nouveau jalon pour la souveraineté du Niger ». Les « forces impérialistes et néocolonialistes » ne sont plus les bienvenues, a-t-il ajouté. Comme les juntes des pays voisins, le Mali et le Burkina Faso, les putschistes nigériens ont fait de la France un bouc émissaire pour s’assurer le soutien de la population. Des théories du complot circulent également – par exemple que la France soutient des groupes djihadistes afin de maintenir les Etats du Sahel faibles et sous contrôle. Au Niger, comme au Mali et au Burkina Faso auparavant, des manifestations anti-françaises ont régulièrement eu lieu ces dernières semaines.

L’influence de la France diminue

Le retrait de la France du Niger a également des conséquences pour l’Allemagne. Jusqu’à cent soldats allemands sont stationnés sur des bases militaires françaises au Niger. Berlin a notamment besoin de ces derniers pour effectuer le retrait de ses troupes du Mali voisin. Un porte-parole du commandement opérationnel de la Bundeswehr a répondu à une question sur les conséquences de ce redéploiement. Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires multinationaux.

Le Niger est déjà le troisième pays africain d’où la France doit retirer ses soldats en peu de temps. Auparavant, ses militaires avaient déjà dû quitter le Burkina Faso et le Mali. Au Mali, les Français ont été remplacés par des combattants de la société militaire russe Wagner. Le Burkina Faso s’est également rapproché de la Russie.

Malgré quelques succès, la stratégie antiterroriste française dans la région a échoué. Depuis que les troupes françaises ont débarqué au Mali en 2012 pour soutenir le gouvernement local dans sa lutte contre une rébellion de Touaregs et de jihadistes, la situation sécuritaire au Sahel s’est fortement détériorée. Les groupes jihadistes ont considérablement étendu leur zone d’influence. Ils attaquent des villages et dressent des barrages contre les grandes localités afin de les couper de l’approvisionnement. Des centaines de milliers de personnes ont fui, au Burkina Faso, un quart des écoles sont fermées. Paris fait remarquer que depuis le coup, le terrorisme islamique a fait plus de morts que durant les 18 mois précédents.

La France a encore actuellement environ 10 000 soldats stationnés en Afrique subsaharienne. Outre le Niger, elle possède des bases militaires à Djibouti, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Sénégal et au Tchad. Au Gabon, des militaires ont également pris le pouvoir suite à un coup d’État.

Mais contrairement au Niger, au Mali et au Burkina Faso, les nouveaux dirigeants renoncent à faire de la propagande antifrançaise. Leur coup est apprécié par la population parce qu’il a éloigné le kleptocrate Ali Bongo, qui avait succédé à son père à la présidence en 2009. Les quelque 400 soldats français présents au Gabon ont récemment repris leurs activités.

NZZ