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bande de Gaza, coût de la guerre, Israël, la résistance Palestinienne, la troisième phase, le front de la Résistance
Par Elijah J. Magnier
Le secrétaire d’État américain Antony Blinken se rend en Israël pour la cinquième fois alors que les deux parties sont en profond désaccord à propos de la conduite de la guerre à Gaza. L’objectif de cette visite n’est pas d’arrêter cette guerre, mais d’entrer dans ce qui est désigné comme la « troisième phase », et ce, même si les objectifs des phases précédentes n’ont pas encore été atteints. La prolongation de la guerre soulève des inquiétudes quant à son impact possible, notamment en ce qui a trait à la dégradation des capacités de la Résistance. Si l’on se fie aux résultats observés au cours des trois mois de conflit, cet affaiblissement semble improbable.
L’armée israélienne s’est retirée de plusieurs zones du nord de Gaza et s’est repositionnée à la périphérie, tout en intensifiant ses attaques dans le sud sur plusieurs fronts. Tsahal s’est cependant heurté et continue de se heurter à une résistance naturelle et inébranlable dans ces zones. Cette résistance, inhérente au nord comme au sud, est restée inflexible après plus de trois mois de conflit, en harcelant les forces d’occupation et en lançant régulièrement des missiles sur Tel-Aviv.
Dans une démonstration théâtrale devant la communauté internationale, Israël a délibérément démoli des quartiers entiers et commis des destructions et des massacres à grande échelle pour compenser son absence de victoire. Il s’agit des pires dommages infligés à Gaza depuis sa destruction par Alexandre le Grand en 333 avant J.-C., après un siège de 100 jours. Malgré les précédents historiques, notamment l’occupation de Gaza par Israël jusqu’en 2005 et son retrait ultérieur en raison des coûts élevés que cela entraînait, aucune leçon ne semble avoir été tirée. Dix-huit années de siège et d’abus israéliens n’ont servi qu’à améliorer les habiletés, l’équipement, les armes et les tactiques de la Résistance palestinienne.
La destruction systématique de Gaza n’a fait qu’accroître la férocité de la Résistance, qui refuse désormais catégoriquement de se soumettre au contrôle ou à la volonté d’Israël. La situation actuelle est à l’image de l’expérience précédente d’Israël, comme son occupation de Beyrouth en 1982. L’armée israélienne, qui avait alors lutté contre une résistance acharnée, se trouve aujourd’hui confrontée aux mêmes difficultés dans une ville palestinienne profondément blessée et déterminée à se venger des forces d’occupation.
Les responsables américains et certains responsables israéliens discutent de ce qu’ils appellent la « troisième phase » de la gestion de Gaza après la guerre. Ce dialogue semble tenir pour acquis que la première phase, qui visait à prendre le contrôle de Gaza, et que la deuxième phase, axée sur l’élimination des forces de résistance, ont été menées à bien. Cependant, la réalité sur le terrain contredit cette hypothèse, car Israël n’a pas établi son contrôle à l’intérieur de la bande de Gaza, comme le montrent les attaques continues de la Résistance et le retrait du nord où le retour d’un grand nombre d’habitants a été observé.
En outre, la perspective de vaincre la Résistance semble lointaine. Si cela devait se produire, cela pourrait entraîner une escalade de ripostes de la part d’autres groupes. Le Hezbollah, par exemple, a déjà démontré ses capacités par des actions telles que l’attaque de la base de commandement et de contrôle aérien du mont Méron. Ces attaques suggèrent que d’autres tactiques imprévisibles pourraient être employées, surtout si la Résistance à Gaza a besoin d’un soutien supplémentaire de la part de ses alliés.
Le gouvernement israélien connaît de fortes dissensions internes à propos de ses relations avec les USA (où le premier ministre Benjamin Netanyahou est connu pour son attitude de défi apparente) et entre ses ministres dont les objectifs sont contradictoires. Netanyahou a également des difficultés à atteindre ses objectifs, dont la libération des prisonniers et la fin de l’influence du « Hamas ». Il subit également la pression des ministres extrémistes de son gouvernement qui exigent le retrait des Palestiniens de Gaza pour faire place aux colons israéliens. Cette opinion controversée met Netanyahou dans une position précaire, notamment vis-à-vis des USA, qui s’opposent à de tels transferts. Elle sape le soutien moral et humanitaire apporté à Israël par la communauté internationale. Elle place les alliés d’Israël dans une position difficile en raison de leur association à cette politique, d’autant plus qu’Israël fait l’objet d’un examen minutieux de la part de la Cour pénale internationale, comme l’ont reconnu les responsables israéliens eux-mêmes.
La déclaration du secrétaire d’État américain Antony Blinken sur la situation désastreuse à Gaza est particulièrement préoccupante. Il a notamment souligné l’insécurité alimentaire qui touche 90 % de la population de Gaza et les dommages irréversibles infligés aux enfants de Gaza. Blinken est bien conscient des actions d’Israël, mais la réponse de la superpuissance se limite principalement à l’expression de regrets et au refus d’envisager la réinstallation des Palestiniens en dehors de Gaza. Les mesures pratiques visant à remédier aux agissements actuels d’Israël brillent par leur absence. En conséquence, la réputation et l’image morale des USA subissent des pertes d’une ampleur comparable aux pertes militaires d’Israël qui, selon le journal Yedioth Ahronoth, s’élèvent à plus de 12 000 morts et blessés. Le coût financier de la guerre est estimé à environ 60 milliards de dollars. En outre, l’entité sioniste et ses politiques, de plus en plus perçues comme criminelles, font l’objet d’un mépris croissant à l’échelle mondiale.
Le conflit reste ouvert à différentes issues, car Israël n’a pas encore atteint ses objectifs et continue d’utiliser des tactiques agressives. La prolongation de la guerre augmente le risque d’une nouvelle détérioration et encourage les alliés de Gaza à intensifier leurs actions contre Israël. Cela fait ressortir la vulnérabilité d’Israël et l’érosion de son image internationale, tout en maintenant l’attention mondiale fermement concentrée sur la question palestinienne.
Le soutien du Front libanais à Gaza est devenu de plus en plus évident, notamment en raison de l’implication active du Hezbollah dans le conflit. Le Hezbollah a lancé une série d’attaques continues contre Israël, démontrant ainsi sa détermination dans la lutte. Cette agression a porté un coup sévère à Israël. Cependant, beaucoup craignent que l’élargissement du front ne conduise à un niveau de conflit ingérable, ce qui rendrait difficile pour Israël d’évaluer et de gérer les pertes et les conséquences possibles.
Sur le front du Yémen, un appel pressant est lancé en faveur de la levée du siège de Gaza. Cette position ne tient pas compte de la coalition formée par les USA pour protéger les voies maritimes. Le Front yéménite, en particulier les Houthis, a exprimé son indifférence à l’égard de cette coalition, en laissant entendre que les missiles d’Ansar Allah pourraient viser les navires qui violent le décret interdisant le transport de marchandises en direction d’Israël.
En outre, le Front irakien est devenu actif et ne limite plus ses opérations à des attaques en Irak et en Syrie. La Résistance irakienne (qui devrait jouer un rôle plus important à l’avenir) s’est rapprochée du champ gazier de Karish et a effectué des tirs de roquettes en direction de Haïfa, ce qui témoigne d’une démonstration de force stratégique montrant sa capacité à frapper des cibles inattendues.
Indépendamment de leur efficacité, les signes qui se dégagent indiquent que l’Iran est prêt à une nouvelle escalade s’il le juge nécessaire.
Si la guerre se poursuit et que la Résistance palestinienne s’approche de son point d’épuisement, il pourrait devenir nécessaire d’élargir le front et de procéder par roulement. Ces stratégies sont déjà à l’étude et pourraient être activées si l’on juge que le niveau actuel de fragmentation israélienne offre l’occasion d’intensifier le conflit. Une telle escalade pourrait éventuellement hâter la fin de la guerre.
Avant le 7 octobre, l’instabilité du paysage politique israélien et les performances de son gouvernement extrémiste auraient poussé 250 000 colons à quitter le pays. Depuis le début de la guerre, 470 000 colons seraient retournés dans leur pays d’origine. Ce départ a entraîné une baisse de 70 % de l’immigration juive en Israël. Si de nouveaux fronts s’ouvrent dans le conflit, ou si l’armée israélienne ne parvient pas à assurer une protection et une sécurité suffisantes aux colons et à neutraliser la Résistance palestinienne, la situation d’Israël pourrait changer de manière irréversible. En pareilles circonstances, tout plan d’après-guerre pour Gaza pourrait perdre de sa pertinence, notamment en raison de la résistance qui persiste à Gaza et des difficultés militaires auxquelles Israël est confronté. L’incapacité à imposer des conditions sur les matériaux de reconstruction et à réglementer l’approvisionnement en médicaments et en nourriture pourrait être le signe d’un échec stratégique plus global.
Étant donné l’incapacité de l’armée israélienne à occuper efficacement la bande de Gaza et à maintenir sa présence, il est possible que le gouvernement israélien s’effondre, ce qui entraînerait la formation d’un nouveau gouvernement. Ce dernier aurait alors la lourde tâche d’essayer de restaurer l’image internationale d’Israël et le prestige de son armée aujourd’hui aux abois.