Étiquettes

, , ,

par Edouard Husson

En ce début de soirée, le 7 février, on apprend que François Bayrou ne devrait pas être ministre du gouvernement Attal. Un signe de plus de la crise profonde des institutions républicaines. Le maire de Pau est un politique de la vieille école. Et il dit qu’il n’a pas pu se mettre d’accord sur la ligne politique à suivre (s’il devenait ministre de l’Education) En réalité les décisions ne sont plus prises dans un cadre républicain. Les décisions sont désormais prises en dehors des cadres apparents. La « gouvernance mondiale » s’appuie sur des « clubs » qui ont vidé de sa substance le gouvernement républicain. Visiblement François Bayrou ne se voit pas en « ballon dirigeable », brassant beaucoup d’air pour une conduite aléatoire…..

Cela fait pratiquement quatre semaines que la République Française est censée avoir un Premier ministre. Point n’est besoin d’insister ici sur son inconsistance. Mais on soulignera cet autre fait aberrant: à l’heure où nous écrivons, la liste des ministre-délégués ou secrétaires d’Etat n’est toujours pas connue!

Entretemps on vient d’apprendre que François Bayrou n’entrerait pas au gouvernement, alors qu’il était pressenti pour être ministre de l’Education en remplacement d’Amélie Oudéa-Castéra.

François Bayrou a indiqué mercredi à l’AFP qu’il n’entrerait pas au gouvernement, en l’absence «d’accord profond sur la politique à suivre», alors que son nom circulait notamment pour le portefeuille de l’Éducation nationale depuis sa relaxe dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem.

«Il y avait deux domaines qui me paraissaient mériter un engagement plein: le ministère de l’Éducation, qui connaît aujourd’hui une crise de confiance qui vient de loin et que je croyais que l’on pouvait corriger. Mais de nombreuses discussions m’ont fait conclure à une différence d’approche sur la méthode à suivre qui me parait rédhibitoire», a déclaré M. Bayrou. «Le deuxième sujet, c’est le gouffre qui s’est creusé entre la province et Paris, toutes les crises de l’aménagement du territoire et la distance désormais de plus en plus grande entre les citoyens et l’action publique. Nous n’avons pas pu trouver un accord sur ces deux points», a poursuivi le président du MoDem, qui dit avoir par ailleurs décliné le ministère des Armées.Le Figaro, 7 février 2024

La fin des pratiques républicaines

François Bayrou est un homme politique à l’ancienne. Que l’on aime ou non le maire de Pau, on l’imagine jouer un rôle politique aussi bien sous les deux dernières républiques, la Troisième (1870-1940) et la Quatrième (1946-1958). Ce qu’il explique est presque naïf: figurez-vous qu’il voulait jouer son rôle de ministre! Mais nous sommes en Macronie.

Le gouvernement n’est plus au gouvernement. Emmanuel Macron et le gringalet peuvent jouer la comédie de la concertation prolongée pour kla nomination des sous-ministres, comme les appelle le Canard Enchaîné, parce que cela n’a plus aucune importance. Les décisions sont prises par un tout petit cercle autour d’Emmanuel Macron et d’Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée. Dire qu’elles sont prises, d’ailleurs, est abusif: nos dirigeants sont en fait des dirigés. les décisions se prennent ailleurs.

La « gouvernance mondiale » – c’est désormais prétentieux, en fait il ne s’agit plus que de l’occidentale – s’exerce dans un petit nombre de « clubs ». On cite souvent Davos et Bilderberg mais il ne faut pas leur accorder autant d’importance qu’on le fait. Le club le plus essentiel est la Banque des Règlements Internationaux, la banque centrale des banques centrales. Mais il y en a bien d’autres. La plupart des décisions absurdes que prend Madame Hidalgo pour Paris sont issues des conversations qu’elle mène au C40, le club des maires des plus grandes métropoles; dont elle fut un temps la présidente.

Ces clubs internationaux qui tuent la démocratie

Tout ceci pourrait être regardé comme un aimable folklore légué par les élites britanniques au monde dirigeant occidental si nous ne constations pas que notre République est vidée de sa substance.

Nous savions déjà que le parlement n’était plus pris au sérieux. Récemment, Emmanuel Macron a fait annuler le vote du Parlement sur l’immigration par le truchement d’un club de vieux messieurs, le Conseil constitutionnel, qui n’est absolument plus le gardien de notre Constitution mais un miroir de la bien-pensance progressiste. Mais le comportement du président et du gringalet qui squatte l’Hôtel Matignon nous révèlent que le gouvernement de la République lui-même, n’est plus rien.

La majorité des opinions européennes est contre la guerre d’Ukraine? Mais c’est l’OTAN, et derrière elle, un petit clubs de décideurs washingtoniens qui décident qu’on doit continuer à faire la guerre à la Russie. Vous croyez que vous allez avoir une influence aux prochaines élections européennes? Pourtant, quel que soit le résultat, on avancera vers une Europe toujours plus supranationale, dont les contours renforcés seront décidés à l’automne, sans contrôle possible.

Pour l’instant les clubs dont nous parlons sont tout puissants parce qu’ils sont encore riches.

François Bayrou a écouté, au moins pour l’instant, son instinct: être ministre ne sert plus à rien tant que la Macronie sera en place. Il n’ira pas jusqu’à regretter d’avoir fait élire Emmanuel Macron. Et pourtant, tout ceci était prévisible dès 2017. Emmanuel Macron finit de vider les institutions républicaines de leur substance, sur les recommandations d’un certain nombre de clubs où il dispose d’un strapontin. Evidemment, François Bayrou n’ira pas jusqu’à remettre en cause, au moins pour l’instant, sa propre croyance dans le caractère inoffensif de la gouvernance occidentale. Mais il a un bon instinct quant à la vanité d’être ministre aujourd’hui.

Le Courrier des Stratèges