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La situation difficile des Ukrainiens sur le champ de bataille se répercute également sur l’opinion publique en Occident. Seul un Européen sur dix croit encore à une victoire militaire de l’Ukraine.
Daniel Steinvorth (DSt)

Deux ans après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, le pessimisme s’installe dans les sociétés occidentales. Seul un Européen sur dix pense encore que les forces armées ukrainiennes peuvent gagner contre les envahisseurs russes. C’est ce qui ressort d’un récent sondage commandé par le think tank paneuropéen European Council on Foreign Relations (ECFR).
L’enquête a été menée auprès de 17 000 citoyens de Pologne, de Suède, du Portugal, des Pays-Bas, d’Allemagne, d’Espagne, de Roumanie, de France, d’Autriche, d’Italie, de Hongrie et de Grèce. Il y a un an encore, une majorité d’Européens était convaincue, selon l’ECFR, que l’Ukraine parviendrait à reconquérir entièrement les territoires occupés. Désormais, une personne interrogée sur cinq en moyenne croit à une victoire de la Russie, tandis que la plupart s’attendent à une sorte de solution de compromis entre les belligérants.
Une situation sombre
Ce changement d’opinion est en corrélation avec la situation sombre sur le front et les développements politiques : L’offensive d’automne de l’armée ukrainienne a ainsi échoué. Kiev manque dramatiquement d’armes, de munitions et de soldats, tandis que les assaillants russes, supérieurs en nombre, sont en pleine progression. L’absence d’aide militaire de la part des Etats-Unis et la crainte d’une réélection de Donald Trump, qui ne veut plus soutenir le pays, assombrissent également les perspectives.
Comment la guerre en Ukraine va-t-elle se terminer ?
Depuis le début de la guerre, l’ECFR mesure l’état d’esprit sur le continent. Ainsi, il y a deux ans, l’opinion publique a réagi à l’agression de Poutine avec une « solidarité exceptionnelle envers l’Ukraine », mais aussi avec la crainte des répercussions de la guerre, écrivent les auteurs de l’étude Ivan Krastev et Mark Leonard. De nombreux Européens étaient alors favorables à une résolution rapide du conflit, au besoin au prix de concessions territoriales de la part de l’Ukraine. Un an plus tard, les succès de l’armée ukrainienne auraient changé la perception, mais l’optimisme semble aujourd’hui s’être à nouveau envolé.
Il existe désormais des différences nationales frappantes sur la question de savoir quelle politique l’UE devrait suivre : alors qu’en Suède, au Portugal et en Pologne, une majorité estime qu’il faut aider l’Ukraine à libérer les territoires occupés, en Italie, en Grèce et en Hongrie, il existe une forte préférence pour pousser Kiev à conclure un accord de paix avec la Russie, quel qu’il soit. En France et en Allemagne, les opinions à ce sujet sont réparties de manière relativement égale.
Comment l’UE devrait-elle se comporter vis-à-vis de l’Ukraine ?
L’enquête ne précise pas à quoi pourrait ressembler une solution de compromis entre les belligérants, ni à quoi ressemblerait une victoire russe. On ne peut que spéculer à ce sujet, écrivent les auteurs. Mais il est plausible que « l’idée d’une victoire russe signifie pour beaucoup que l’Ukraine ne sera pas en mesure de libérer tous ses territoires occupés ».
De la musique aux oreilles de Poutine
Le soutien aux réfugiés ukrainiens montre également des signes de lassitude. En Pologne, en Hongrie et en Roumanie justement, où la solidarité avec le voisin attaqué était initialement écrasante, on considère désormais les nouveaux arrivants davantage comme une menace que comme une chance pour leur propre pays.
Cette évolution pourrait surtout être due à la concurrence de l’agriculture ukrainienne, dont les prix sont inférieurs à ceux des agriculteurs des pays voisins de l’UE. Pour Poutine, qui mise depuis toujours sur la lassitude de l’Occident face à la guerre, c’est une bonne nouvelle. Tout comme la possibilité d’une victoire électorale de Trump : avec les Etats-Unis, la Russie pourrait dans ce cas tenter de contraindre l’Ukraine à une paix dictée au détriment de la souveraineté ukrainienne.
Dans ce contexte, Krastev et Leonard plaident pour que les chefs d’État et de gouvernement adaptent leur langage à l’ambiance actuelle, « afin de ne pas paraître irréalistes aux yeux d’une opinion publique sceptique ». Le défi consiste à définir ce que signifie concrètement être en faveur de la « paix ». Les dirigeants de l’UE pourraient par exemple commencer à faire la distinction entre une « paix durable » et une « paix selon les critères russes ».



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