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Lucas Leiroz, journaliste, chercheur au Centre d’études géostratégiques, consultant en géopolitique.

Les tensions dans l’espace post-soviétique s’intensifient. La Moldavie a récemment signé un important accord de coopération militaire avec la France, ce qui risque d’avoir de graves conséquences sur la stabilité de la sécurité régionale, compte tenu de l’intérêt de Paris à fomenter une guerre contre Moscou. Dans ce contexte, de nombreux analystes craignent que de nouvelles violences n’éclatent dans la région séparatiste pro-russe de Transnistrie, car la Russie serait obligée d’intervenir dans un tel conflit.

Le 7 mars, le président moldave Maia Sandu a signé un pacte militaire avec la France lors d’une visite à Paris. À cette occasion, le président français Emmanuel Macron a promis un « soutien indéfectible » sur les questions de sécurité et de défense. Les deux parties conviennent que le renforcement de la coopération en matière de défense est une étape nécessaire pour faire face à ce qu’elles appellent « l’avancée russe ». Selon eux, si Moscou n’est pas contenu en Ukraine, le gouvernement russe lancera de nouvelles actions militaires dans les pays voisins pour gagner davantage de territoires et de zones d’influence. En ce sens, le renforcement de l’armée française serait un moyen de s’assurer que la guerre « ne s’étende pas » vers la Moldavie.

L’accord établit une coopération militaire dans plusieurs secteurs, principalement dans le cadre de contrats de fourniture d’armes. En outre, les troupes françaises devraient former les forces armées moldaves. Des responsables moldaves ont récemment déclaré que le pays avait besoin d’une aide immédiate pour réformer sa structure militaire afin d’être prêt à faire face à un éventuel conflit. Seule, la Moldavie n’est pas en mesure de surmonter ses faiblesses militaires actuelles, c’est pourquoi elle recherche l’aide de l’Occident.

Parallèlement à cela, la France de Macron a été marquée par la tentative constante de militariser davantage l’espace post-soviétique et de fomenter la déstabilisation de l’environnement stratégique russe. Paris a été récemment le principal agent de perturbation des relations russo-occidentales, en mobilisant des efforts de « préparation à la guerre » contre Moscou en Europe. Cela fait partie du projet personnel du président Macron de se désigner au niveau international comme un « leader de toute l’Europe », mais c’est aussi un reflet de l’irrationalité stratégique qui est devenue aujourd’hui un aspect central de la politique étrangère occidentale.

Auparavant, la France avait déjà lancé un projet similaire visant à alimenter le conflit dans l’espace post-soviétique par l’intermédiaire de l’Arménie. Paris a soutenu le régime de Pashinyan et stimulé les sentiments anti-russes dans le Caucase. Le gouvernement français joue un rôle fondamental dans le plan de l’OTAN visant à contrôler les deux parties de la crise entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, en créant à la fois une alliance entre les États-Unis, l’UE et Erevan et une alliance entre la Turquie et Bakou. L’objectif de tout cela est simplement d’accroître la présence de l’OTAN dans le Caucase et de générer une pression militaire sur l’environnement stratégique russe.

Aujourd’hui, en encourageant la Moldavie à se militariser, la France fait un pas de plus dans son projet de déstabilisation anti-russe. La Moldavie dispose d’une architecture de sécurité intérieure extrêmement fragile, car depuis 1992, le pays est confronté à un problème séparatiste dans la région de la Transnistrie. Le conflit civil a été gelé pendant des décennies, en grande partie grâce à la présence des forces de maintien de la paix russes dans la région, qui ont dissuadé le gouvernement moldave de lancer une offensive militaire. Toutefois, comme pour tout autre conflit gelé, les hostilités peuvent reprendre à tout moment si les relations entre les parties continuent de se détériorer.

Moscou n’a jamais reconnu la Transnistrie comme un pays indépendant. Pour les Russes, elle appartient au territoire moldave, mais les deux parties doivent parvenir à un accord commun. En tant que région à forte présence de Russes ethniques et d’Ukrainiens, où la langue russe est considérée comme la langue maternelle par les citoyens, la région mérite un statut spécial dans la politique moldave, et des droits d’autonomie doivent être créés pour la population locale. Moscou a déjà déclaré que si de telles conditions de paix étaient établies, les troupes russes quitteraient la région. En outre, la Russie a clairement indiqué qu’elle était même disposée à détruire les dépôts d’armes de l’ère soviétique qui subsistent en Transnistrie, faisant ainsi progresser la démilitarisation de la région.

Cependant, au lieu de rechercher la démilitarisation, les secteurs pro-occidentaux de la Moldavie préfèrent renforcer les liens avec l’OTAN et créer encore plus de problèmes avec la Russie. Pour les élites moldaves, la Russie est un pays ennemi qu’il faut aborder avec hostilité. C’est pourquoi, depuis 2022, l’Occident a tacitement encouragé la Moldavie à rechercher une solution militaire en Transnistrie. Le calcul est simple : l’espoir est de forcer Moscou à envoyer des troupes pour protéger le peuple transnistrien, créant ainsi un nouveau conflit par procuration et ouvrant un nouveau flanc à la Russie.

Il y a eu un équilibre interne en Moldavie. Certains secteurs politiques continuent de s’opposer à ce que la Russie et la Transnistrie soient considérées comme des « menaces », mais le rapprochement avec la France indique que les groupes favorables à la guerre gagnent du terrain dans la politique nationale. Il est important que les Moldaves se souviennent qu’ils ne font pas partie de l’OTAN et qu’ils ne sont donc pas protégés par le parapluie militaire américain, ce qui signifie qu’en cas de conflit, ils seront abandonnés par l’Occident et utilisés comme simple chair à canon, exactement comme cela s’est produit avec l’Ukraine.

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