Étiquettes
Etats-Unis, Famine, Gaza, Israël, Rafah
Le seul moyen d’empêcher la famine de dévorer des dizaines de milliers de vies est d’arrêter la guerre maintenant.
Daniel Larison
Un fonctionnaire de l’UNICEF, James Elder, a récemment fait le point sur la dévastation de Gaza et a mis en garde contre un assaut sur Rafah :
"Une offensive militaire à Rafah serait tout à fait catastrophique. Les derniers points d'eau et hôpitaux [de Gaza] s'y trouvent et il n'y a nulle part où aller. Khan Younis et la ville de Gaza n'existent pratiquement plus", a-t-il déclaré. "Rafah est le dernier espoir de Gaza et il est tout à fait déconcertant qu'une conversation sur une opération militaire potentielle se poursuive.
La poursuite de la guerre est une condamnation à mort pour des milliers et des milliers d’autres civils palestiniens. Le seul moyen d’empêcher la famine de dévorer des dizaines, voire des centaines de milliers de vies, est d’arrêter la guerre maintenant. Les États-Unis ont essayé de jouer sur les deux tableaux en soutenant pleinement la guerre tout en feignant de s’inquiéter de la crise humanitaire, mais la première cause la seconde et il est impossible de mettre fin à la seconde sans mettre fin à la guerre.
Il est clair que les États-Unis n’essaient pas d’empêcher cet assaut de se produire. Au contraire, selon le Wall Street Journal, l’administration Biden essaie de « façonner » l’attaque pour qu’elle soit soi-disant moins dangereuse pour les 1,4 million de civils qui y ont trouvé refuge. Il est absurde de penser que les Etats-Unis pourront « façonner » une offensive à Rafah de manière à protéger efficacement les civils alors que Washington refuse absolument d’utiliser le moindre levier pour faire pression sur le gouvernement de Netanyahou. Il est encore plus ridicule de penser que l’armée israélienne qui a dévasté Gaza jusqu’à présent va soudainement se restreindre et ne pas faire à Rafah ce qu’elle a déjà fait dans les autres villes. Les États-Unis ont signalé à maintes reprises que le gouvernement israélien ne pouvait rien faire qui puisse compromettre leur soutien, et nous devons donc supposer que le gouvernement israélien ne tiendra pas compte des conseils des États-Unis qui limitent ses options.
Il s’agit ici de choisir entre, d’une part, la poursuite de la guerre et la perte massive de vies civiles et, d’autre part, l’arrêt de la guerre et la fourniture d’une protection au moins minimale aux civils. Il n’existe aucun scénario dans lequel la guerre se poursuit et la famine ne s’aggrave pas de manière significative. Si l’on veut endiguer la famine qui sévit déjà à Gaza, il faut un cessez-le-feu immédiat et permanent. Jeremy Konyndyk, de Refugees International, explique que la famine à Gaza est déjà en cours :
En résumé, les données disponibles indiquent clairement que la famine est en train de se développer dans la bande de Gaza. La fenêtre pour « l’éviter » s’est refermée et il faut maintenant se concentrer sur la limitation des dégâts. Alors que les perspectives d’un cessez-le-feu durable restent pessimistes, des dizaines de milliers de vies, peut-être plus, sont en jeu.
La famine se propageant déjà, il n’y a manifestement pas de temps à perdre. On ne saurait trop insister sur la gravité de la crise alimentaire à Gaza. Konyndyk écrit :
À Gaza aujourd’hui, plus de personnes – 1,1 million – sont évaluées comme étant en IPC V malgré une population presque six fois plus petite que celle de la Somalie. Par ailleurs, 854 000 personnes sont classées dans l’IPC IV. Cela représente la quasi-totalité de la population de Gaza. Un tel niveau de privation de famine et de pré-famine au sein d’une population entière n’a pas de précédent au cours des dernières décennies [gras de la mine-DL].
D’autres crises humanitaires touchent davantage de personnes, mais celle-ci est exceptionnellement extrême et la population a été poussée à la famine en un temps record. Il s’agit également d’une crise entièrement provoquée par l’homme. La seule bonne nouvelle, c’est qu’une famine créée par des choix politiques délibérés peut également être stoppée par des changements de politique, mais il faut une volonté politique pour forcer ces changements à se produire.
M. Konyndyk ajoute qu’une offensive à Rafah « déplacerait à nouveau des millions de personnes déjà très vulnérables et perturberait complètement ce qui reste de la présence humanitaire à Gaza ». Il conclut : « Rien qui ressemble à une réponse humanitaire adéquate à cette crise n’est possible tant que cette guerre persiste ». Une brève pause dans les combats ne suffira pas. Même quelques semaines de répit ne suffiront pas. La guerre doit cesser si l’on veut espérer sauver la vie de la population affamée de Gaza.
Compte tenu de cette réalité, il n’y a pas de moyen « sûr » pour l’armée israélienne d’attaquer Rafah. Les efforts de l’administration pour « façonner » l’attaque sont une perte de temps et ne servent qu’à couvrir un plan terrible. L’attaque ne peut être autorisée. Les objectifs du gouvernement israélien pour cette guerre ont toujours été irréalistes, et en essayant de les atteindre, ils commettent des crimes graves contre la population civile, pour lesquels il ne peut y avoir aucune justification. Si les États-Unis ne parviennent pas à bloquer l’attaque, ils seront complices des pertes humaines massives qui s’ensuivront.
La situation n’aurait jamais dû se dégrader à ce point, mais c’est ce qui devait arriver lorsque les États-Unis ont donné à Israël un chèque en blanc, une protection diplomatique et de grandes quantités d’armes.