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Les commentaires de Macron sur l’envoi de troupes sur le terrain pourraient avoir plus d’importance qu’il n’y paraît, note « The American Conservative ».
Les « Fondements de la politique d’État de la Fédération de Russie dans le domaine de la dissuasion nucléaire », un document stratégique de haut niveau, indique que la Russie pourrait « hypothétiquement » autoriser l’utilisation d’armes nucléaires uniquement « en réponse à une agression utilisant des ADM [armes de destruction massive] » ou en cas « d’agression utilisant des armes conventionnelles, lorsque l’existence même de l’État est menacée ».
En réponse à la déclaration du président français Emmanuel Macron, le 6 février, selon laquelle « aucune option ne doit être écartée » pour assurer la défaite de la Russie, y compris « des troupes au sol » en Ukraine, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que « nous sommes prêts à utiliser n’importe quelle arme, y compris [les armes nucléaires tactiques], lorsqu’il s’agit de l’existence de l’État russe et de l’atteinte à notre souveraineté et à notre indépendance. Tout est prévu dans notre stratégie, nous ne l’avons pas changée ».
M. Macron a répondu que la France était également une puissance nucléaire. « Nous devons avant tout nous sentir protégés », a déclaré M. Macron, « parce que nous sommes une puissance nucléaire ». Il a ensuite ajouté : « Nous sommes prêts, nous avons une doctrine [d’emploi des armes nucléaires]. »
La France est prête à envoyer des troupes en Ukraine « pour contrer les forces russes » et même à se préparer à une guerre nucléaire. Dans une tribune publiée le 19 mars dans le journal français Le Monde, le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée française, déclare que « la dissuasion nucléaire préserve les intérêts vitaux de la France ». Rappelant les « responsabilités internationales », les « intérêts » et les « accords de défense » de la France, il affirme que « l’armée française se prépare aux engagements les plus durs, le fait savoir et le démontre ».
Mais que veulent vraiment dire les Français en affirmant qu’ils se « préparent aux engagements les plus durs » et que l’Europe doit être « prête » à avoir des « troupes sur le terrain » en Ukraine ?
M. Macron a déclaré que l’OTAN ne devait pas écarter l’option des « troupes au sol » pour s’assurer que « la Russie ne gagne pas ». Mais gagner quoi ? Macron veut-il s’assurer que la Russie ne batte pas l’Ukraine pour le bien de l’Ukraine, ou veut-il dire que la Russie ne devrait pas gagner en Ukraine pour la défense ultérieure de l’Europe ?
M. Macron a déclaré que le temps était venu « dans notre Europe où il conviendra de ne pas être lâche » et qu’il était temps de faire un « saut stratégique ». Il a pressé l’Allemagne d’envoyer ses missiles Taurus à longue portée, lui rappelant qu’elle avait dit un jour : « Jamais, jamais de chars ; jamais, jamais d’avions ; jamais, jamais de missiles à longue portée »… Je vous rappelle qu’il y a deux ans, beaucoup autour de cette table ont dit : « Nous offrirons des sacs de couchage et des casques. »
Mais, malgré toutes ces apparentes références étroites à l’Ukraine, les discussions ultérieures de M. Macron sur le seuil d’envoi de troupes semblaient davantage concerner la défense de l’Europe que celle de l’Ukraine. Il a déclaré que « la guerre est de retour sur notre sol [c’est-à-dire celui de l’Europe] » et que la Russie « étend chaque jour un peu plus sa menace de nous attaquer, et que nous devrons être à la hauteur de l’histoire et du courage qu’elle exige ».
Il est bien sûr impossible de connaître l’état d’esprit de M. Macron, et toute analyse est donc spéculative. Mais il existe au moins trois possibilités.
La première est que la cible visée par ses commentaires n’est pas du tout la Russie, mais les États-Unis et l’Allemagne. Alors que le financement américain de la guerre se heurte à un barrage du Congrès et que l’Allemagne refuse d’envoyer des missiles à longue portée Taurus, M. Macron tente peut-être d’exercer une pression psychologique sur ses alliés pour qu’ils envoient à l’Ukraine plus d’argent et d’armes, en supposant qu’ils trouveraient cette option plus acceptable que d’aller encore plus loin et d’envoyer des troupes.
Deuxièmement, la cible visée par ses commentaires est la Russie. Dans cette hypothèse, l’objectif est de créer une « ambiguïté stratégique ». Comme l’a expliqué un diplomate français, l’objectif serait que la Russie, à mesure qu’elle progresse vers l’ouest en Ukraine, ne puisse pas s’appuyer sur l’hypothèse « qu’aucun des pays partenaires de l’Ukraine ne sera jamais déployé » en Ukraine.
Le journal français Le Monde rapporte que « le bureau de Macron a expliqué que l’objectif est de restaurer l' »ambiguïté stratégique » de l’Occident. Après l’échec de la contre-offensive ukrainienne 2023, le président français estime que promettre des dizaines de milliards d’euros d’aide et livrer – avec retard – du matériel militaire à Kiev ne suffit plus. Surtout si Poutine est convaincu que l’Occident a définitivement exclu de mobiliser ses forces ».
La troisième possibilité est que la cible visée par ses commentaires est l’Europe. L’Europe doit se préparer à la possibilité qu’une administration Trump affaiblisse son engagement envers l’Europe et l’OTAN. Cela laisserait à l’Europe une plus grande responsabilité dans la défense de l’Ukraine et d’elle-même. Alors que l’Allemagne est le leader économique de l’Europe, la France se considère comme le leader en matière de sécurité.
Macron a ouvert la porte à la discussion sur l’envoi de troupes occidentales sur le terrain en Ukraine. Compte tenu des risques liés à l’ouverture de cette porte, il sera important pour tout le monde de clarifier à la fois le seuil de Macron et sa motivation pour l’envoi de troupes en Ukraine.
Question simple : l’Europe veut-elle vraiment la guerre avec la Russie ?
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