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Wolfarth Suzy

Amnesty International a accusé mercredi les autorités autonomes kurdes du nord-est de la Syrie de “crimes de guerre”. Suite au retrait de l’État islamique du pays en 2019, près de 56 000 prisonniers sont détenus “pour une durée indéterminée” et dans des conditions “inhumaines” dans 27 centres et 2 camps de détention placés sous la supervision des États-Unis. Ces prisonniers sont suspectés d’être d’anciens combattants de l’EI ou leurs proches. Parmi eux se trouveraient pas moins de 14 500 femmes et 30 000 enfants.

Ancien fer de lance de la lutte contre Daesh en 2019, les autorités se livreraient désormais à des actions de torture sur les prisonniers, comprenant des passages à tabac, l’obligation de rester dans des positions douloureuses, des décharges électriques et des violences liées au genre. “La mortalité dans les camps et les centres est bien supérieure à ce qu’elle devrait être si les conditions de détention étaient décentes”, affirme Benjamin Peltier, coordinateur spécialiste de la Syrie au sein de l’organisation.

Face aux accusations d’Amnesty International, les forces kurdes plaident le manque de moyens face à la situation mais “il y a un fossé entre ce qu’ils disent et ce qu’on constate de leur part”. Afin d’élaborer ce rapport particulièrement précis, l’organisation s’est entretenue avec 126 personnes soupçonnées d’être affiliées à Daesh. Parmi elles, près de 51 ont été victimes de tortures avérées, dont 15 femmes et 13 enfants.

”Boîtes noires”

Le rapport de l’organisation dénonce également l’arrestation et la mise en détention d’opposants politiques au régime en place. Selon certaines informations crédibles, d’autres seraient accusés à tort d’appartenir à l’EI en raison de querelles personnelles ou de conflits claniques, ce qui aurait conduit à leur enfermement. Parmi les prisonniers, on trouverait également des victimes de l’État islamique, dont des centaines de femmes yézidies et leurs enfants, victimes de mariages forcés avec des membres du groupe terroriste, ainsi que des jeunes hommes et garçons victimes de recruteurs d’enfants. “Il y a un cycle de la violence qui ne s’arrête pas pour ces publics-là, malgré le départ de Daesh de la région”.

C’est la coalition dirigée par Washington qui a bouté Daesh hors du pays en 2019. Mais, aujourd’hui, cette même coalition est pointée du doigt par Amnesty International. Elle aurait en effet contribué à la rénovation des centres de détention existants et à la construction de nouveaux centres dans le nord-est de la Syrie. “On veut que les pays occidentaux utilisent leur influence pour s’assurer que ces lieux ne deviennent pas des boîtes noires pour toutes violences commises contre les détenus”, affirme M. Peltier. L’organisation accuse également les États-Unis de participer à l’aide logistique de ce système de détention, notamment grâce au millier de militaires américains restés sur place. Selon le coordinateur, ces derniers superviseraient les camps pour s’assurer que personne ne puisse en sortir.

Parmi les 79 nationalités présentes, seuls les Syriens, et marginalement les Irakiens, seraient jugés dans “un simulacre de tribunal où ils sont déclarés coupable sur base d’aveux extorqués sous la torture”. Pour les autres, c’est l’attente, puisque bon nombre sont des ressortissants étrangers. Des dizaines de pays refusent toujours de rapatrier leurs citoyens, au détriment des autorités kurdes autonomes qui plaident pour la mise en place d’un système d’extradition. Selon une déclaration de l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) en octobre 2019, 42 enfants belges étaient alors présents dans les camps syriens. En décembre 2020, un garçon seul de 9 ans avait été rapatrié, suivi de 26 autres et de 12 mères en juillet 2021 et juin 2022.

La Libre