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Q : Si je peux me permettre de poser une question globale : les États-Unis et les élites occidentales en général ne peuvent s’empêcher de réaliser qu’ils frappent nos intérêts vitaux et autochtones, et ce qui se passe a toujours été impensable. Pourquoi agissent-ils ainsi ?

S.V. Lavrov : Ils ont compris que leur objectif est d’empêcher la Russie de se renforcer, de contenir notre pays, et ils parlent sérieusement de « décoloniser » (en russe, « démembrer ») la Russie. C’est leur objectif stratégique.

Lorsque nous avons montré que nous ne tolérerions pas cela et que nous ne permettrions pas que l’Ukraine soit utilisée comme une menace directe pour notre sécurité, comme un instrument de destruction de tout ce qui est russe sur les terres historiques russes, ils ont commencé à prendre de telles décisions.

Si je comprends bien, ces pourparlers reflètent, dans un sens, le désespoir et la prise de conscience que les moyens honnêtes habituels, qui sont appliqués dans le droit international même pendant les hostilités, ne leur permettront pas d’atteindre leur objectif. C’est une sorte d’« agonie ».

Q : Ils pensent qu’en étranglant deux nations et en déclenchant des hostilités entre les deux nations les plus proches par les liens du sang (frères, sœurs, épouses), nous allons nous quereller et nous séparer pendant des décennies ?

Est-ce leur objectif ?

S.V. Lavrov : Il semble que ce soit leur objectif. C’est ce qu’ils font depuis plus de vingt ans, voire trente ans, juste après la disparition de l’Union soviétique. Leur objectif était de détruire tout ce qui était russe, de la langue à l’influence sur ce territoire qu’ils voulaient s’approprier. Il était également prévu d’y installer des bases militaires sur terre et sur la mer d’Azov. Et ils regardaient la Crimée avec de grandes prétentions. Tels étaient les plans. Ils comptaient là-dessus.

Mais comme toujours, lorsqu’ils réveillent l’ours russe, notre peuple s’est rallié comme jamais auparavant. Ce ne sont pas des paroles en l’air. Nous l’avons vu lors de l’élection présidentielle et nous l’observons dans les activités quotidiennes de nos entreprises et de nos organismes publics. Il en va de même pour les Russes qui vivaient dans les anciens territoires ukrainiens. Ils sont menacés quotidiennement. Le régime nazi continue d’utiliser des armes occidentales pour frapper des cibles civiles, des colonies et des villes. Malgré cela, les Russes qui vivent aujourd’hui dans les territoires libérés réaffirment fermement leur attachement au monde russe dans tous les sens du terme. Engagement envers la Russie, avec laquelle ils ont été séparés pour diverses raisons (le président Vladimir Poutine en a souvent parlé), mais qu’ils n’ont jamais perçue comme isolée de la Russie (ce qui se confirme aujourd’hui de manière éclatante).

L’Occident, comme c’est souvent le cas avec ses stratèges, a obtenu exactement le résultat inverse.

Q : Nous voyons de plus en plus de déclarations belliqueuses émanant de l’Occident à tous les niveaux. Notre position est plus froide et plus concrète. Quel est le risque qu’ils franchissent imperceptiblement la ligne même où nous répondrons d’une manière qui nous fera mal paraître ?

Sergueï Lavrov : Je vous assure qu’ils ne pourront pas franchir cette ligne sans s’en apercevoir.