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Le RN a été sèchement recalé par les Français. Pour autant, la gauche ne dispose pas d’une majorité claire et devra s’entendre avec les macronistes. En attendant, Emmanuel Macron se prépare à une autre cohabitation que personne n’avait vu venir.

Bruno Jeudy

Emmanuel Macron a eu chaud. Après sa dissolution-kamikaze, le chef de l’Etat s’est épargné contre toute attente une humiliante cohabitation avec le Rassemblement national de Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le président du parti lepéniste ne sera pas Premier ministre. Et dimanche soir à l’heure où tombait les premières estimations donnant moins de 200 sièges de députés au RN, les dirigeants de l’extrême droite ont ramassé à la hâte les bouteilles de champagne.

A l’Elysée, le président de la République a poussé un ouf de soulagement et retrouvé le sourire après cette incroyable « remontada ». Il faut dire que personne, ni les politiques, ni les commentateurs et encore moins les sondeurs, n’avait imaginé un tel dénouement au terme de cette campagne éclair. En gros, Emmanuel Macron n’a pas gagné mais n’a pas totalement perdu. Il n’a pas la main mais il n’est pas effacé.

Le premier vainqueur de cette folle soirée c’est le… front républicain. Tout le monde le pensait inefficace, dépassé voire ringard, le voilà érigé en meilleur rempart pour barrer la route au RN. Dimanche dernier, l’extrême droite était sur le point de remporter plus de 300 sièges, ils se contentent une semaine plus tard de…143 députés. Ce qui au passage fait quand même 54 élus supplémentaires au Palais-Bourbon et probablement le premier groupe politique dans la nouvelle Assemblée nationale. Inversement, le front républicain a permis au Nouveau front populaire de créer la surprise avec 182 députés et 163 pour Renaissance et ses alliés.

Sur le papier, la gauche sort donc en tête de cette séquence électorale et les macronistes perdent une centaine d’élus mais sauvent les meubles. Le tripartition de la France est presque totale et conduit tout droit à une forme de paralysie. En annonçant la dissolution, Emmanuel Macron souhaitait une clarification, cela ressemble davantage à une grande confusion. 182 députés de gauche ça ne fait pas à l’évidence une majorité relative qui permette de gouverner une France de… droite.

Gabriel Attal, qui présentera sa démission ce lundi, se prépare à assurer une forme d’intérim qui pourrait se prolonger au-delà de l’élection du président(e) de l’Assemblée nationale le 18 juillet et probablement des JO (26 juillet au 11 août). Il faudra en effet du temps au président et aux responsables du Nouveau front populaire et des formations de l’ex-majorité voire des LR pour bâtir un compromis et faire naître une coalition viable politiquement. Il faudra surtout que les responsables de la gauche sortent de l’ivresse d’un dimanche soir électoral où ils ont confondu une victoire étriquée avec majorité absolue voire majorité relative forte qu’ils n’ont pas obtenues.

Les Français ont parfois rigolé des régimes parlementaires allemands, belges, espagnols, hollandais qui mettent parfois des mois à se mettre d’accord autour de programme et de coalition. Les hommes et femmes politiques élus dimanches vont devoir l’apprendre durant l’été. Inventer en quelque sorte la IVe dans la Ve. Sinon, le sauvetage d’Emmanuel Macron aura été de courte durée. Dans un an, il pourra certes dissoudre à nouveau. Mais entre-temps, beaucoup de Français auront été déçus…

La Tribune