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Appel à un cessez-le-feu, Chine, Guerre en Ukraine, Vladimir Poutine
Andrew Korybko

En l’absence de mesures irréversibles de la part de Kiev, il est peu probable que Poutine accepte le dernier appel de la Chine en faveur d’un cessez-le-feu rapide. Xi et Orban devraient donc concentrer leurs efforts conjoints pour convaincre Zelensky d’accomplir son propre « geste de bonne volonté » afin de contribuer à la réalisation de cet objectif.
Le président chinois Xi Jinping a réitéré son appel à un cessez-le-feu rapide lors d’un entretien surprise avec le premier ministre hongrois Viktor Orban à Pékin lundi, déclarant qu' »un cessez-le-feu rapide des hostilités [en Ukraine], ainsi que la recherche d’une solution politique, répondent aux intérêts de toutes les parties ». Les deux dirigeants ont également confirmé que leurs positions vis-à-vis de ce conflit coïncidaient et ont demandé au reste de la communauté internationale de faire tout ce qui est en son pouvoir pour rétablir un dialogue direct entre la Russie et l’Ukraine.
Aussi noble que cela puisse être, il est peu probable que la Russie tienne compte de ce dernier appel, puisque M. Poutine a déjà dit à M. Orban, lors de leur rencontre vendredi, qu’il n’était pas optimiste quant à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu avant la reprise des pourparlers avec l’Ukraine, car il soupçonne Kiev d’en tirer parti pour se réarmer. En outre, le dirigeant russe a déjà fait part de sa propre proposition de cessez-le-feu à la mi-juin, qui exigeait que l’Ukraine se retire de l’ensemble des nouvelles régions russes comme condition préalable à la paix.
Accepter un cessez-le-feu rapide qui laisse les territoires revendiqués par la Russie sous le contrôle de l’Ukraine pourrait conduire à accuser M. Poutine de contredire la constitution, car l’un des amendements du référendum de 2020 interdisait de céder une partie du territoire du pays. Néanmoins, une faille juridique pourrait résider dans le fait que rien n’est officiellement cédé, même si la situation reste en place indéfiniment, et que les zones contrôlées par l’Ukraine n’ont jamais voté lors du référendum de septembre 2022 en faveur de leur rattachement à la Russie.
Si la volonté politique est présente, Poutine pourrait accepter un cessez-le-feu rapide sans difficultés juridiques, mais le problème de l’Ukraine qui en profiterait pour se réarmer ne disparaîtrait pas pour autant. Il risquerait également de paraître faible après avoir exigé, il y a moins d’un mois, que l’Ukraine se retire de la totalité des nouvelles régions russes pour reprendre les pourparlers. En outre, la dynamique militaro-stratégique du conflit est favorable à la Russie, qui pourrait perdre l’élan qu’elle a si durement acquis en faisant taire les armes tout d’un coup.
En décembre dernier, Poutine a candidement admis qu’il n’était plus naïf et qu’il était donc très peu probable qu’il fasse un nouveau « geste de bonne volonté » après s’être fait mener par le bout du nez tant de fois dans ce domaine. C’est précisément pour cette raison qu’il a déclaré aux journalistes, en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui s’est tenu la semaine dernière à Astana, que « nous devons veiller à ce que la partie adverse accepte de prendre des mesures irréversibles et acceptables pour la Fédération de Russie » afin de s’assurer qu’elle ne profitera pas d’une éventuelle cessation des hostilités.
L’Ukraine pourrait théoriquement faire autre chose, par exemple retirer ses armes lourdes des frontières russes d’avant 2014 afin de créer la « zone de sécurité » envisagée par Poutine pour protéger la région de Belgorod. Si cela s’accompagne d’une réduction des armes occidentales à destination de l’Ukraine, ce qui n’est pas réaliste tant que les démocrates restent à la Maison Blanche, alors il pourrait être ouvert à un cessez-le-feu et à la reprise des pourparlers.
Pour être clair, il n’est pas question de laisser entendre que Poutine s’est « vendu » ou quoi que ce soit d’autre. Cet article est un exercice de pensée destiné à explorer jusqu’où la Russie pourrait aller dans le sens d’un compromis avec l’Ukraine et sous quelles conditions. En l’absence de mesures irréversibles de la part de Kiev, il est peu probable que Poutine accepte le dernier appel de la Chine en faveur d’un cessez-le-feu rapide. Xi et Orban devraient donc maintenant concentrer leurs efforts conjoints pour convaincre Zelensky d’accomplir son propre « geste de bonne volonté » afin de contribuer à la réalisation de cet objectif.
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