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par Edouard Husson

L’homme qui voulait tuer Trump a-t-il eu des complicités dans l’Etat profond?

Deux témoignages troublants de partisans de Donald Trump qui ont assisté au meeting de Butler en Pennsylvanie posent la question du délai à réagir mis par les services de sécurité chargés de la surveillance de la réunion et de la protection de l’ancien président américain. Restons-en cependant au contenu – très concret – de ces témoignages, avant de monter un scénario complotiste. Et demandons-nous quel enchaînement mène des propos très violents prêtés à Joe Biden en date du 8 juillet dernier (« Il est temps de cibler Trump ») jusqu’à la tentative d’assassinat cinq jours plus tard.

« Nous arrêtons de parler du débat. Il est temps de cibler Trump! » (propos attribués à Joseph Biden, le 8 juillet 2024)

Deux témoins ont pris la parole depuis la tentative d’assassinat contre Donald Trump, en indiquant qu’ils avaient aperçu le tireur et tenté en vain d’attirer l’attention de la police et des services de sécurité:

Sauvegarder cette vidéo.
Dans quelques semaines elle aura été nettoyée d’internet. pic.twitter.com/T7S4b85qpa

— Dr Thomas NΞNNINGΞR (@T_Nenninger) July 14, 2024

Ce premier témoin est crédible car il fait une description concrète des lieux. Il est capable de se situer dans l’espace. Il rapporte des éléments factuels. Et ce qu’il dit est contre-intuitif: l’espace était suffisamment réduit pour que les services chargés de la surveillance de la réunion et de la protection de la réunion aient tout exploré. Or, visiblement, ils n’avaient pas pris en compte deux bâtiments à quelques centaines de mètres de la scène.

Un autre témoin confirme:

URGENT : Un autre témoin oculaire raconte qu’il a dit aux forces de l’ordre qu’il y avait un homme sur le toit qui grimpait entre plusieurs toits et qu’ils n’ont absolument rien fait pour l’arrêter.

Ça commence à sentir mauvais… pic.twitter.com/MeGjn0LoNT

— Trump Fact news (@Trump_Fact_News) July 14, 2024

Là encore, nous avons affaire à un électeur du noyau trumpien: les deux pieds par terre, concret, on ne la lui fait pas. Et il nous dit que la police n’a pas tenu compte de ce qu’il signalait.

Comment interpréter ces témoignages?

Il faut prendre ces témoignages pour ce qu’ils sont. Les deux hommes interrogés se contentent de constater que la surveillance n’était pas optimale. Et ils nous décrivent quelque chose de classique, souvent sous-estimé par les personnes qui vont droit à l’établissement d’une conspiration ou d’un complot: il y a toujours plus loin qu’on ne croit de l’information à la décision d’agir.

Malgré tout, il y a un fait troublant: le premier témoin parle d’un laps de temps de trois à quatre minutes où le tireur a eu le temps de s’installer. Tout en précisant que les tireurs d’élites avaient sans aucun doute moins de visibilité que lui n’en avait.

Alors, peut-on parler de négligence voire de complicité?

La formule prêtée à Joe Biden

Parmi les nombreuses informations que l’attentat manqué fait ressortir, plusieurs commentateurs ont rappelé les propos prêtés à Joe Biden le 8 juillet dernier, et rapportés par Politico:

« Je n’ai qu’un seul boulot, et c’est de battre Donald Trump. Je suis absolument certain d’être la meilleure personne pour y parvenir. Nous avons donc fini de parler du débat, il est temps de cibler Trump », a déclaré M. Biden.
Le message énergique de M. Biden, qui a été transmis à des centaines de grands donateurs démocrates et de collecteurs de fonds au sein de la commission nationale des finances du président, est la dernière preuve en date que le président et ses alliés travaillent d’arrache-pied pour endiguer les défections au sein du parti. Plus tôt dans la journée, Joe Biden a envoyé une missive enflammée aux démocrates du Congrès, déclarant son intention de rester dans la course alors qu’une demi-douzaine de membres lui ont publiquement demandé de se retirer.Politico, 8 juillet 2024

Cibler Trump….Ces mots prennent une résonance particulière vu les événements du 13 juillet au soir. D’autant plus que les mots utilisés sont très concrets et font voir la tête de Trump mise au cœur d’une cible, dans la grande tradition américaine: « It’s time to put Trump in a bullseye ». Mettre Trump « dans un œil-de-bœuf », pour lui tirer dessus?

Quelques remarques: (1) Il faut se méfier des propos prêtés à Biden, surtout quand ils sont particulièrement énergiques. L’homme est malade. Cependant on comprend que, suffisamment requinqué par des médicaments, il a quelques heures d’énergie par jour. (2) La rhétorique politique américaine est souvent très violente. Faut-il prendre littéralement les propos tenus? (3) Eh bien justement, commentant l’attentat manqué, Bob Kennedy Junior, neveu d’un président assassiné et fils d’un candidat à la présidence lui aussi assassiné, aujourd’hui candidat indépendant à la présidence, a tenu les propos suivants:

Lorsque mon oncle est arrivé à Dallas le 22 novembre 1963, il y avait des affiches partout dans la ville qui disaient « Recherché mort ou vif ». Et les journaux de Dallas publiaient des articles très, très venimeux à son sujet. D’une certaine manière, sa mort est liée à cette vague de haine », explique-t-il. « Il en a été de même pour mon père.The GateWay Pundit, 14 juillet 2024

(4) Que Biden ait tenu lui-même, ou par procuration, les propos qu’on lui prête, il est certain qu’ils vont lui coller à la peau jusqu’à la fin de la campagne. (5) On se rappelle que Biden, déjà malade, avait gaffé avant l’élection de 2020, annonçant une fraude massive. Aurait-il une fois encore dit semi-publiquement ce qui se murmurait à la Maison Blanche?

Premiers éléments d’analyse

Revenons au lieu de l’attentat. On constate qu’il n’a pas lieu dans une grande ville, dont le bâti complexe aurait permis une opération sophistiquée. Constatons aussi que le tueur – même si bien peu nous est dit sur son identité – ne semble pas avoir été un professionnel, par exemple, un ancien tireur d’élite. On n’est donc pas face à une opération directement montée par un service de renseignement ou une organisation de type mafieux à son service.

La question qui se pose est celle de la capacité, aujourd’hui, de la CIA ou d’un autre service américain à monter un attentat contre un adversaire du « pouvoir occidental mafieux » (je préfère cette expression à celle d’Etat profond) sans laisser de traces. Je suis frappé de voir que l’attentat contre Robert Fico a manqué (ce dernier vient de reprendre son activité de Premier ministre) dans des circonstances qui ressemblent à celles de l’attentat en Pennsylvanie. Visiblement, dans les deux cas, le tueur n’est pas un professionnel de l’assassinat.

Tout se passe comme si le pouvoir occidental mafieux (POM), que j’ai appelé ailleurs un régime du « fascisme gris », avait plus de mal qu’auparavant à assurer le principe central de la CIA: le déni crédible (plausible deniability), la capacité à nier l’implication de l’appareil de renseignement dans l’implication. D’où la tendance à prendre des tueurs moins aguerris et qui ratent leurs cibles. (Malheureusement cela n’a pas été le cas pour Shinzo Abe)

Ainsi est-il facile d’imaginer qu’après le débat manqué de Biden contre Trump soit parti de la Maison-Blanche que le président au déclin cognitif évident aurait répété comme un « Saint-Jean-Bouche-d’Or ». Puisque tout a échoué pour arrêter la nouvelle ascension de Donald Trump, il ne retse plus qu’une seule option….Ceci se déroule bien sûr dans un climat où Joe Biden est encore capable – par le truchement de sa femme Jill Biden, qui ne veut pas lâcher le pouvoir immense qu’elle a accumulé depuis quatre ans – ne voulant pas décrocher, les Démocrates sont le dos au mur.

A partir de là, dressons un scénario plausible: telle officine de l’Etat profond choisit le meeting imminent en Pennsylvanie, dans une petite ville. On active un individu (localement implanté?) qui empêche d’établir un lien avec les commanditaires. On donne les instructions qu’il faut aux services pour qu’ils ne regardent pas immédiatement dans la bonne direction mais ensuite tuent l’auteur de l’attentat.

Que Donald Trump ait été tué ou non, il fallait dans tous les cas effacer les traces.

Le Courrier des Stratèges