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Andrew Korybko


Ce scénario comporte des conséquences potentielles très graves.

L’annonce, à la fin du mois dernier, que l’Ukraine avait finalement reçu certains de ses F-16 tant attendus, dont l’un au moins a été repéré au-dessus d’Odessa, a été suivie, en début de semaine, de deux développements connexes. Le sénateur Lindsey Graham a révélé lors d’une conférence de presse à Kiev que M. Zelensky souhaitait engager des pilotes occidentaux à la retraite pour piloter les F-16 jusqu’à ce que son pays forme suffisamment de ses propres pilotes, peu après quoi la Russie a convoqué le chargé d’affaires moldave sur la base d’informations selon lesquelles ces pilotes seraient basés dans son pays.

Si cela se réalise, des Occidentaux piloteront bientôt des F-16 ukrainiens à partir de la Moldavie pour des sorties contre la Russie, notamment contre la Crimée toute proche, mais aussi peut-être contre certaines parties de son territoire d’avant 2014, comme la région de Koursk. Ce scénario comporte des conséquences potentielles très graves. Tout d’abord, même si ces pilotes mercenaires ne représentent pas officiellement leur pays, leur participation au conflit serait presque certainement perçue par la Russie comme une preuve supplémentaire de l’escalade de l’Occident vers une implication directe.

Un vol à partir de la Moldavie serait moins provocateur qu’un vol à partir de pays de l’OTAN comme la Pologne ou la Roumanie, bien que cela puisse encore se produire si certains des F-16 ukrainiens sont stockés dans ce pays. Néanmoins, cela n’est pas sans risque non plus, car la Russie pourrait exercer des représailles contre la Moldavie si des avions en provenance de ce pays effectuaient des frappes sur son territoire, y compris sur d’anciennes terres ukrainiennes. Cela pourrait conduire la Moldavie à envahir sa région séparatiste de Transnistrie, où les troupes russes sont toujours basées.

La réactivation de ce conflit gelé pourrait impliquer l’Ukraine et/ou la Roumanie voisine, entre lesquelles la Moldavie est coincée. Kiev cherche à se remonter rapidement le moral, tandis que Bucarest pourrait y voir l’occasion de réintégrer de force sa région historique, qui n’est devenue un État indépendant que par hasard, à la suite de la dissolution de l’URSS. Les quelque 1 100 soldats russes présents sur place pourraient facilement être dépassés si cela se produisait, mais l’héritage de ces Thermopyles modernes pourrait être durable.

Il est difficile d’imaginer que la Russie refuse de déclarer la guerre à la Moldavie dans ce scénario, car la pression publique pourrait devenir impossible à supporter, auquel cas la Moldavie pourrait être détruite par vengeance si la Russie cessait enfin de se battre avec une main attachée dans le dos pour des raisons politiques, comme c’est le cas à l’heure actuelle. Quel que soit le sort réservé à tout ou partie de l’Ukraine dans ce scénario, le risque d’une guerre chaude avec l’OTAN subsisterait si l’une de ses forces à l’intérieur de la Moldavie était tuée au cours des représailles de la Russie.

Compte tenu de l’énormité de l’enjeu, qui pourrait inclure la réincorporation forcée à la Roumanie malgré les souhaits de la majorité de la société selon un sondage fiable d’août 2023, ainsi que le risque d’une Troisième Guerre mondiale déclenchée par une erreur de calcul, comme expliqué, les Moldaves pourraient protester contre l’accueil des F-16. « L’automne dernier, Poutine a laissé entendre qu’il était possible que des manifestations anti-élites aient lieu en Moldavie. Sa prévision pourrait donc bientôt se réaliser s’il est confirmé que la Moldavie servira effectivement de base aérienne anti-russe.

Dans le même temps, il est toujours possible que la Russie se restreigne pour le « bien commun », comme elle l’a fait jusqu’à présent en dépit des nombreuses autres lignes rouges perçues comme ayant déjà été franchies. Le raisonnement pourrait être qu’il ne vaut pas la peine de transformer la Transnistrie en une Thermopylae des temps modernes, sans parler du risque d’une guerre chaude avec l’OTAN, surtout si la Russie est capable de se défendre contre cette nouvelle menace. Si certains peuvent pousser un soupir de soulagement, d’autres craignent que cela n’encourage l’Occident à franchir encore plus de lignes rouges.

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