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Ansarallah, Forces armées yéménites, missiles balistiques, missiles hypersoniques, Tel Aviv, Yémen
La frappe audacieuse du Yémen sur Tel-Aviv a non seulement révélé les failles dans les défenses israéliennes, mais aussi les vulnérabilités politiques de l’État d’occupation, remettant en cause le statu quo et signalant que Sanaa est désormais une force régionale avec laquelle il faut compter.
Khalil Nasrallah

Aux premières heures du dimanche 15 septembre, un missile balistique hypersonique yéménite a traversé l’air, frappant le cœur de Tel-Aviv. Le missile a parcouru plus de 2 000 kilomètres, échappant aux systèmes de défense collective d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés arabes.
Cette dernière attaque des forces armées d’Ansarallah au Yémen « a été réalisée avec un nouveau missile balistique hypersonique … en 11 minutes et demie, et a provoqué un état de peur et de panique parmi les sionistes », selon un communiqué du mouvement.
Le tir de missile a eu lieu dans un contexte de menaces israéliennes croissantes d’action militaire contre le Hezbollah, membre de l’Axe de la résistance, au Liban, ainsi que de refus du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’accepter un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.
Dirigeant yéménite : Nous avons dérouté l’ennemi dans ses calculs
Dans une interview accordée au journal The Cradle, le Dr Hizam al-Assad, membre du bureau politique d’Ansarallah et du Conseil de la Choura, a confirmé que « l’opération de missiles a dérouté les calculs de l’ennemi et a établi de nouvelles règles dans l’équilibre des opérations de dissuasion », soulignant qu’il s’agit d’une « première pour les opérations à venir ».
M. Assad distingue l’opération de la réponse à l’agression israélienne qui a touché Hodeidah, soulignant qu’elle interviendra « au plus profond d’Israël et dans des conditions auxquelles l’ennemi ou ceux qui se tiennent derrière l’ennemi ou de son côté ne s’attendent pas ».
Concernant le démenti de l’armée d’occupation israélienne selon lequel le missile qui a frappé Tel Aviv était hypersonique, M. Assad a confirmé que « la République du Yémen a développé des technologies militaires et s’est engagée sur la voie de l’industrialisation technologique, y compris des systèmes de missiles hypersoniques, en plus des drones et d’autres choses ».
Concernant l’intention de Netanyahou d’étendre la bataille avec le Liban, le responsable d’Ansarallah accuse ces « menaces de provenir d’une position de faiblesse » et avertit le premier ministre israélien que « la prochaine sera pire pour vos forces et vos colons ».
Assad s’oppose aux tentatives israéliennes de compartimenter ses batailles sur différents fronts, arguant que les efforts militaires de l’Axe de la Résistance représentent un front unifié :
Quant à nous, dans le cadre du front de soutien, nous sommes aux côtés de nos frères du Hezbollah, de nos frères du front irakien et des différents fronts à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine, et nous coordonnons et coopérons dans le cadre d’opérations conjointes et non conjointes.
Il conclut en soulignant l’objectif de toutes les parties de l’axe : « Nous ne nous arrêterons pas tant que l’agression contre la bande de Gaza n’aura pas cessé et que le siège imposé à sa population n’aura pas été levé ».
Poursuite de la « cinquième phase«
L’audacieuse opération de missiles menée dimanche par le Yémen a clairement montré que ce pays avait lui aussi son mot à dire dans l’évolution du conflit, défiant les attentes d’Israël et modifiant les calculs stratégiques des acteurs régionaux.
Elle a surtout servi d’avertissement à l’État d’occupation : « Attendez-vous à d’autres frappes et opérations qualitatives à venir – alors que nous sommes à la veille du premier anniversaire de l’opération bénie du 7 octobre – y compris la réponse à son agression criminelle sur la ville d’Hodeidah ».
En effet, ce n’est pas la première fois que le Yémen prend Tel-Aviv pour cible en soutien à la résistance palestinienne. En juillet, lors de la « cinquième phase » des opérations, les forces armées ont lancé une attaque de drone à longue portée qui a fait un mort, ce qui a incité l’État d’occupation à bombarder ensuite la ville portuaire du Yémen.
Dans le discours qu’il a prononcé dimanche à l’occasion du Mawlid, le chef d’Ansarallah, Abdul Malik al-Houthi, a réaffirmé le début de la cinquième phase, déclarant que l’attaque qui a visé la ville occupée de Jaffa « a été menée à l’aide d’un missile de haute technologie qui a contourné les systèmes de l’ennemi ».
Il a également souligné que « les opérations et les positions du Yémen se poursuivront tant que l’agression et le siège de Gaza continueront » et « jusqu’à ce que la Palestine soit nettoyée des griffes de l’occupation ».
Confusion militaire et politique à Tel-Aviv
On ne saurait trop insister sur l’importance de ce tir de missile. Elle marque une escalade spectaculaire des capacités militaires du Yémen et de sa volonté de défier directement Israël. L’opération s’inscrit également dans la volonté de Sanaa de développer les prouesses militaires et techniques du pays, en mettant l’accent sur l’utilisation de nouvelles armes sur terre et en mer.
Peu après le tir du missile, l’armée israélienne a reconnu qu’elle n’avait pas réussi à intercepter l’attaque, tandis que la police israélienne a confirmé que le missile avait atterri près de la colonie de Kfar Daniel, à proximité de l’aéroport Ben Gourion. L’explosion, ainsi que les tentatives d’interception, ont provoqué des incendies et endommagé une importante gare ferroviaire près de la ville de Modiin. Cette nouvelle violation des systèmes de défense aérienne d’Israël a eu des répercussions politiques immédiates, l’État d’occupation étant déjà en proie à des troubles internes.
M. Netanyahu, confronté à une pression considérable, a convoqué hier la session hebdomadaire du cabinet, au cours de laquelle il a promis une riposte vigoureuse contre le Yémen. Il a déclaré qu’Israël « imposerait un lourd tribut » pour toute attaque contre son territoire et a réaffirmé que l’État d’occupation était prêt à affronter ce qu’il a décrit comme « l’axe du mal » dirigé par l’Iran.
Les déclarations de M. Netanyahou ont reflété le sentiment de malaise croissant à Tel-Aviv en reconnaissant les menaces multiples auxquelles Israël est confronté. Cependant, sa rhétorique trahissait une frustration plus profonde. Malgré les actions militaires d’Israël, notamment l’attaque de Hodeidah, M. Netanyahou n’a pas été en mesure de mettre un terme à l’escalade ou d’étouffer la détermination du Yémen.
Message hypersonique
La décision du Yémen de lancer un missile hypersonique a été calculée et porteuse de plusieurs messages importants, tant au niveau régional qu’international. Le fait que Sanaa ait été prêt à prendre cette mesure démontre son refus de se laisser décourager par les « représailles » israéliennes, américaines ou britanniques.
En fait, cette opération illustre le développement continu des capacités militaires du Yémen, qui se sont révélées capables d’atteindre avec précision le territoire israélien. En outre, ce tir de missile témoigne de la capacité croissante du Yémen à déjouer des systèmes de défense sophistiqués, une évolution qui n’est pas passée inaperçue à Washington ou à Tel-Aviv.
En ciblant Tel Aviv, Sanaa a montré qu’il était prêt à remettre en question le statu quo en Asie occidentale, en particulier la domination perçue d’Israël. Cette frappe reflète également l’érosion de la dissuasion américaine et israélienne, une réalité qui influencera les engagements futurs sur un large éventail de questions, notamment le blocus imposé au Yémen et les divisions internes exacerbées par l’ingérence étrangère.
Les actions militaires du Yémen montrent également clairement qu’il ne reculera pas de sa position, quel qu’en soit le prix. Le Yémen insiste sur le fait que toute pause dans les hostilités doit être liée à la cessation de la guerre à Gaza.
Ce tir de missile intervient également à un moment où le Yémen subit de nouvelles pressions de la part de Washington, qui tente notamment d’utiliser l’aide humanitaire comme moyen de pression. Les responsables américains ont cherché à utiliser l’aide comme monnaie d’échange, dans l’espoir de forcer les dirigeants yéménites et la résistance palestinienne à faire des concessions, ce que les dirigeants yéménites ont toujours affirmé qu’ils ne feraient jamais.
Un partenaire, pas un mandataire
Sur le plan régional, le moment choisi pour la frappe est particulièrement remarquable. Elle est intervenue au moment où Israël menaçait de lancer une opération militaire de grande envergure contre le Liban, montrant ainsi que le Yémen est prêt à participer activement à tout conflit élargi sur plusieurs fronts.
En frappant Tel Aviv, le Yémen a envoyé un message clair à Israël et à ses alliés : il ne restera pas les bras croisés pendant que d’autres membres de l’axe de la résistance sont pris pour cible. Ce tir de missile renforce également le rôle du Yémen en tant que pilier de la résistance dans la région, démontrant qu’il est un élément essentiel de l’équation stratégique qui lie l’Iran, le Hezbollah et d’autres acteurs régionaux.
L’opération met également en évidence la coordination croissante entre les forces qui s’opposent à Israël. La stratégie de M. Netanyahou, qui consiste à tenter d’isoler et de traiter chaque front séparément, est mise à mal par la solidarité et la coordination croissantes entre ses adversaires.
Le tir de missile en provenance du Yémen nous rappelle brutalement que les actions d’Israël sur un front auront des conséquences dans toute la région et que le rôle du Yémen dans cette dynamique ne fait que se renforcer.
Le tir de missile hypersonique sur Tel-Aviv peut être considéré comme un tournant dans l’escalade du conflit entre Israël et le Yémen, augmentant les coûts politiques et sécuritaires pour l’État d’occupation alors que la guerre contre Gaza approche de son premier anniversaire.
Alors que les tensions continuent de monter, il est clair que toute tentative de dicter les règles d’engagement en Asie occidentale se heurtera à une résistance farouche. Le Yémen a démontré qu’il n’était pas un acteur passif dans ce conflit, et les répercussions de cette frappe se feront probablement sentir dans toute la région pendant des mois, voire des années.
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