
Depuis que Michel Barnier a accepté de constituer un gouvernement, nous assistons à un comportement immature de quasiment tout le monde politique français. Ce comportement n’a pas commencé avec la séquence actuelle. Mais elle le révèle sous sa lumière crûe. De quoi s’agit-il? Depuis la chute du Mur de Berlin, nos présidents successifs et notre classe politique ont joué avec la souveraineté de la France. Aujourd’hui les partis se retrouvent à faire semblant de négocier pour constituer un gouvernement dont le seul rôle sera – par leur faute – d’apaiser les créanciers de la France.

C’est un spectacle pitoyable que donne la classe politique française depuis plusieurs mois, nous sommes tous d’accord pour le dire. Mais trop souvent les commentaires ne renoncent pas à la racine du problème.
Les négociations autour de la constitution du gouvernement Barnier renforcent notre sentiment de malaise. Après tout, que Michel Barnier ait émergé du crique macronien des trois derniers mois aurait pu être une bonne nouvelle. L’occasion d’un bonne négociation radical-socialiste pour neutraliser définitivement l’occupant de l’Elysée.
Eh bien non! Sans voir que les spectateurs étaient déjà lassés depuis longtemps, le cirque a proposé un nouveau numéro de clowns.
On a eu les Républicains, avec leur poussière de pourcents qui se voyaient occuper tous les postes ministériels ou presque.
A l’opposé, la gauche continue à répéter contre tout bon sens, qu’elle est le premier parti de France alors qu’elle était loin derrière le Rassemblement National en nombre de voix. Et les socialistes ont fait la moue quand Michel Barnier leur a proposé des postes gouvernementaux.
Quant au Rassemblement National, au lieu de savourer sa position de force et de continuer à se taire, il nous a livré une joyeuse cacophonie: entre un Tanguy insultant Barnier comme un morveux; un Bardella rompant prématurément son devoir de silence après le grand ratage du mois de juillet; et une Marine Le Pen, qu’on a connue plus inspirée, souhaitant que « la mandature soit la plus courte possible », ce qu’elle a raison de penser de son point de vue mais ne devrait en aucun cas dire tout haut.
La raison profonde de ce cirque qui n’en finit pas
Malgré tout, je suis frappé de voir que les commentateurs politiques restent superficiels. Il ne désignent pas l’origine de l’actuel état d’apesanteur. Il est pourtant sous la main.
Notre diplomatie et notre politique de défense sont désormais totalement alignées sur Washington. Nous ne respectons aucun des engaements de bonne gestion pris dans le traité de Maastricht. Autant dire que nos dirigeants ont abandonné l’exercice de la souveraineté française.
Alors ils peuvent s’agiter comme ils veulent. Ils laissent d’autres décider à leur place. Cela rend la compétition pour occuper la place toujours plus dérisoire.
On a d’ailleurs un véritable dédoublement de la personnalité: Emmanuel Macron fait tout pour se maintenir à la présidence, quoi qu’il en coûte politiquement. Mais il ne remplit aucun des vrais devoirs de sa charge: libérer la France de la dette, déréglementer le travail, faciliter la vie des entreprises pour qu’elles puissent créer de la richesse, effectuer une surveillance sérieuse aux frontières, contingenter l’immigration en fonction des besoins réels du pays, moderniser l’outil de défense, mener une diplomatie indépendante….
Je suis frappé de voir comment, parallèlement, le reste de la classe politique fait semblant. Semblant de s’opposer à Macron. Semblant de croire qu’il existerait un danger fasciste. Semblant de vouloir aider le pays tout en refusant de siéger dans un gouvernement Barnier.
Michel Barnier en syndic de faillite?
Michel Barnier aurait pu être le facilitateur d’un retour de la vie politique française à la normale après les années Macron. Mais pour cela, il aurait fallu que nos députés aient conscience de la situation du pays.
Avec un gouvernement réduit dans le nombre des forces politiques qui y participent, il arrivera ce qui doit arriver. Michel Barnier apparaîtra de moins en moins comme celui qui pouvait aider à sortir de l’emprise de Macron et de plus en plus comme l’ancien commissaire européen et négociateur du Brexit, qui travaillera avec les autorités bruxelloises pour limiter l’impact des déficits français.
Les parlementaires français, nos médias, Emmanuel Macron ne devraient pas se faire d’illusions. Ce sont eux qui sont en train de transformer Michel Barnier en syndic de faillite. Et s’ils ont la tentation de le congédier, ce qui viendra après sera bien pire.
Tel est le prix de l’aveuglement collectif.
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