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par Edouard Husson

En deux semaines, Israël est passé d’un discours triomphaliste – le Hezbollah avait été décapité – à une panique inavouée du fait des coups portés par le même Hezbollah. Le pays de David Ben Gourion et Golda Meir a longtemps donné au monde extérieur une impression d’invincibilité. Un mythe s’est construit. Mais il est de plus en plus battu en brèche. C’est sans aucun doute la nouvelle la plus inquiétante pour Benjamin Netanyahu. Le disciple de Jabotinsky a longtemps pensé qu’il suffisait de porter des coupes pour imposer la crainte. Que se passe-t-il le jour où le caïd ne fait plus peur?

Hier 13 octobre au soir, le Hezbollah a été capable de frapper l’une des unités d’élite de l’armée israélienne:

Plus de 50 soldats israéliens ont été blessés à la suite d’une attaque de drone du Hezbollah contre un réfectoire de la base de la brigade Golani à Haifa. Des sources affirment que le drone a tiré des missiles avant d’exploser. pic.twitter.com/tIajq81AWf

— (Little) Think Tank (@L_ThinkTank) October 13, 2024

Il s’agit d’un tir de précision, qui repose forcément sur un mélange d’information digitale et de renseignement humain: la base a été frappée au moment du dîner des soldats et officiers.

Rappelons-nous: il y a deux semaines, benjamin Netanyahu apparaissait triomphant. Nasrallah et une vingtaine de hauts responsables du Hezbollah avaient été tués à Beyrouth-Sud. Le Hezbollah était décapité….

L’assassinat de Nasrallah: une ruse grossière

La poussière est retombée. On sait aujourd’hui que les Etats-Unis avaient assuré au Hezbollah que l’on allait vers un cessez-le-feu à Gaza et au Liban. 90% du monde vit sur le régime de la parole donnée. Le chef du Hezbollah n’avait pas pris de précaution particulière ce vendredi 27 septembre au soir. Une erreur de jugement parce qu’on sous-estime toujours la fourberie des dirigeants Américains. Rien de pire qu’une culture où l’on exige toujours que la vérité soit dite….par les autres. La fourberie puritaine s’est alliée à la méchanceté bornée d’un Netanyahu….

Contrairement à ce qu’on a raconté sur le moment, donc, il n’y a pas d’exploit des services de renseignement. Le succès apparent du Mossad et de Tsahal était le résultat d’une félonie.

Devons-nous être étonnés que deux semaines plus tard le voile se déchire?

La vérité sur les difficultés de l’armée israélienne au sud du Liban

Voici le compte-rendu désabusé d’un vétéran de l’armée israélienne sur ce qui se passe au Liban. Ce récit, qui date du 4 octobre, m’a été transmis par une source libanaise fiable il y a quelques jours:

Ancien officier des F(orces) de D(éfense) I(sraéliennes) : Je viens de recevoir le rapport sur l’état opérationnel de l’attaque à la frontière libanaise, et les choses ne se présentent pas bien.
Je me demande si je dois le révéler ou non, car je n’ai jamais rien lu de tel en 22 ans de carrière dans les FDI.
-L’efficacité opérationnelle est extrêmement faible en raison du nombre élevé de victimes, des cas sans précédent de désobéissance aux ordres, des tentatives d’évasion et d’un moral extrêmement bas. En revanche, les agents du Hezbollah sont, dans certains cas, mieux équipés que nos forces spéciales. Ils utilisent des engins explosifs jamais vus auparavant. Ils sont organisés et impossibles à détecter. Dans un cas, ils utilisaient des haut-parleurs pour narguer nos forces spéciales piégées dans leurs positions. Plus de 300 soldats des FDI ont été tués ou blessés au cours des dernières 48 heures. Le Hezbollah a réussi plusieurs embuscades qui ont causé de lourdes pertes, en particulier parmi nos forces spéciales.

Le moral est au plus bas, les troupes de combat doutant des décisions du commandement et de la viabilité de leur mission. Environ 1 400 soldats sont portés disparus (on présume qu’ils ont fui la zone).
L’évacuation des blessés est un défi majeur en raison du contrôle du Hezbollah sur l’ensemble de la zone. La structure de commandement s’effondre en raison de l’assassinat d’un grand nombre d’officiers, de la désertion, de la réticence des soldats à exécuter les ordres et de leur frustration face à la futilité de la mission.
Un incident particulier a attiré mon attention : une unité des services spéciaux a refusé d’exécuter l’ordre de lancer une contre-attaque, après avoir constaté les lourdes pertes subies par l’unité avancée. C’est du jamais vu en 22 ans de service dans les forces de défense israéliennes. Le Hezbollah a pris l’initiative et a intensifié ses attaques, profitant de la baisse de moral, de la division et du chaos interne parmi nos soldats. À un moment donné, certains commandants ont cru que des troupes russes (Spetsnaz) combattaient aux côtés des soldats du Hezbollah, ce qui a été démenti par la suite. L’opération est dans un état critique et, en l’absence de mesures correctives décisives (ou d’un miracle), la probabilité d’un effondrement complet est très élevée.

Tsahal peut être vaincue

Succès en trompe-l’-œil, incapacité à gagner une bataille au sol (à Gaza ou au Liban), acharnement des bombardiers équpés de munitions américaines sur les civils palestiniens et libanais: le mythe de l’invincibilité d’Israël, entretenu par les guerres de 1948 à 1967, a vécu. Mais en 1973, personne n’a voulu voir que, déjà, l’armée israélienne ne s’en était sortis, face aux pays arabes coalisés, que grâce aux Etats-Unis.

En 2006, Tsahal a essuyé une défaite lourde face au Hezbollah. Et il semble que la campagne de 2024 doive se terminer plus difficilement encore que celle de 2006.

Frappé deux fois par les missiles iraniens, tenu en échec par le Hamas et les autres milices palestiniennes de Gaza, en situation d’infériorité face au Hezbollah, Israël aurait intérêt à négocier rapidement avant que son affaiblissement donne l’idée d’une curée aux pays environnants qui ont tant souffert de la stratégie du fou israélienne ( consistant à riposter de manière disproportionnée quand on recevait des coups.

Le Courrier des Stratèges