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Amnesty International fait partie des organisations qui réussissent tant bien que mal, à maintenir une présence à Gaza – et témoignent. Quelques extraits significatifs pour contribuer à la compréhension d’une politique israélienne tiraillée entre des aspirations contradictoires – mais toutes mortelles pour les Palestiniens de ce minuscule territoire si densément peuplé.

J’ai posé la question hier à un permanent d’Amnesty International: l’organisation a eu des observateurs sur le terrain depuis le début de la présente guerre. Des informations parviennent donc en temps réel, qui confirment les images des journalistes ou pourront, éventuellement, venir étayer le dossier de l’Afrique du Sud déposé devant la Cour Internationale de Justice.
L’organisation a constitué quelques dossiers, disponibles sur son site. Avec un décalage par rapport à l’observation des faits.
L’enquête principale publiée par A.I
Elle concerne un aspect peu regardé par un certain nombre d’observateurs: la destruction de l’habitat et des terres agricoles tout au long de la frontière avec Israël.
Prétextant des raisons de sécurité, l’armée israélienne a mené une campagne militaire de destructions massives dans la zone à l’Est de Gaza, le long du mur qui démarque le territoire palestinien occupé par Israël. L’objectif affiché est de créer une large zone tampon pour protéger la population israélienne de potentielles nouvelles attaques par le Hamas en détruisant des tunnels et d’autres “infrastructures terroristes”.
Nous avons mené l’enquête sur huit mois de destructions massives, d’octobre 2023 à mai 2024. Nous nous sommes focalisés sur quatre lieux le long de cette “zone tampon” à Gaza.
Une carte permet de voir la zone concernée:

Au sud, Khuzaa
Environ 11 000 Palestiniens et Palestiniennes vivaient dans la ville de Khuzaa, dans le gouvernorat de Khan Younès, dans le sud de Gaza.
Dans les sept semaines après le 7 octobre 2023, des images satellites montrent qu’environ 178 structures dans la ville et autour de celle-ci ont été détruites ou gravement endommagées, dont beaucoup par des frappes aériennes.
C’est à la fin du mois de décembre 2023 que les attaques contre la ville et les destructions s’accélèrent, lorsque les forces terrestres israéliennes sont entrées dans la ville à plus grande échelle. Plus de 850 structures ont été détruites ou gravement endommagées entre le 26 novembre 2023 et le 7 janvier 2024, selon le Centre satellitaire des Nations Unies.
Le 27 décembre 2023, l’armée israélienne a annoncé qu’elle avait lancé une opération baptisée « Oz et Nir », en référence au kibboutz de Nir Oz, qui a été attaquée par le Hamas et d’autres groupes armés le 7 octobre 2023. Le général de brigade Avi Rosenfeld, commandant de la division de Gaza de l’armée israélienne, a écrit dans un message aux troupes : « Le jour du shabbat maudit, le 7 octobre, les horribles terroristes, qui ont commis les crimes les plus horribles imaginables, venaient de Khirbat Khizaaa (Khuzaa). Nous consacrerons toutes nos forces à éliminer les terroristes qui s’y cachent, à la surface et sous terre, et à démanteler les infrastructures du terrorisme et du mal. »
Au nord: Chajaya
À Chajaya, l’un des plus grands quartiers de la ville de Gaza, plus de 750 structures se trouvant dans la « zone tampon » imposée par Israël et au-delà de celle-ci ont été détruites ou gravement endommagées entre le 26 novembre 2023 et le 6 janvier 2024, selon le Centre satellitaire des Nations Unies.
Parmi ces structures figuraient deux écoles, des mosquées et des dizaines de bâtiments résidentiels. L’armée israélienne a affirmé, sans fournir de preuves, que certains de ces bâtiments abritaient des armes, des munitions et des conduits de tunnel.
Les camps de réfugiés de la zone centre-est de Gaza
Dans le centre de Gaza, la zone autour et à l’est des camps de réfugié·es d’Al Bureij et d’Al Maghazi a été rasée entre la fin du mois de décembre 2023 et janvier 2024.
Le calendrier des destructions correspond à l’offensive de l’armée israélienne dans ces deux zones densément peuplées, où elle a affirmé avoir trouvé des armes, des lance-roquettes et des conduits de tunnels. L’armée n’a cependant fourni aucune preuve ou explication quant à la nécessité militaire impérieuse de détruire les villages et les terres agricoles le long de la ligne de démarcation, alors que les armes et les objectifs militaires auraient été trouvés beaucoup plus loin à l’intérieur de la bande de Gaza.
Plus de 1 200 structures ont été gravement endommagées ou détruites dans la zone entre le 26 novembre 2023 et le 29 février 2024. Les destructions ont touché des zones couvrant jusqu’à 1,8 kilomètre dans la bande de Gaza depuis la barrière de démarcation et plus de trois kilomètres du nord au sud, couvrant environ quatre kilomètres carrés.
Plus au sud, des bâtiments et des terres agricoles ont également été détruits par l’armée israélienne à Al Sureij et Abasan al Kabira, deux villages ruraux situés à environ un kilomètre de la barrière.
Des images satellites montrent que l’armée israélienne avait avancé vers Al Sureij à la fin du mois de décembre 2023. À la fin du mois de janvier 2024, environ la moitié des bâtiments du village avaient été démolis et les champs environnants rasés. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux les 19 et 20 janvier montrent l’explosion d’un ensemble de maisons. Ni l’armée israélienne ni les groupes armés palestiniens n’ont publié d’informations sur leurs activités à Al Sureij et aux alentours.
À la fin du mois de février 2024, l’armée israélienne s’est déployée plus loin dans la région à l’est de Khan Younès, où se trouve Abasan al Kabira. Entre le 13 février et le 13 mars, l’armée israélienne a affirmé avoir tué des combattants palestiniens et trouvé des armes et des lance-roquettes dans la région d’Abasan, dans laquelle se trouvent les villes d’Abasan al Kabira et d’Abasan al Saghira.
La période coïncide avec la démolition de la mosquée Omar bin Abdul Aziz. Cette vidéo, publiée le 19 février, montre des soldats marchant dans la région de manière détendue, sans aucune indication de danger imminent.
La place de ces observations dans la politique israélienne depuis le 7 octobre 2023
Le rapport d’Amnesty International prend sa place dans un ensemble très chaotique: les initiatives successives du gouvernement Netanyahu à Gaza.
Le chaos n’est pas seulement lié à d’éventuelles injonctions successives. Elles peuvent être simultanées, comme les tendances au sein du Pouvoir israélien.
Très justement, Amnesty International parle, à propos de ce que nous venons de citer, de « crimes de guerre ». Le souci de construire une bande désertifiée entre le territoire et le mur est une préoccupation des militaires.
Durant la même période, le gouvernement a d’abord tenté un « nettoyage ethnique ». Puis, aucun pays ne voulant accueillir les réfugiés palestiniens, le gouvernement Netanyahu est passé à une phase plus ouvertement génocidaire.
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