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par Edouard Husson

Netanyahou n’arrive pas à dissimuler la défaite stratégique d’Israël face au Hezbollah

Le Premier ministre israélien a beau jouer l’énergie et la maîtrise sur les événements dans son discours du 26 novembre 2024, il ne peut pas dissimuler la défaite stratégique de Tsahal contre le Hezbollah. Deux mois après l’assassinat du secrétaire général du Hezbollah, Nasrallah, et d’une partie de l’état-major du mouvement combattant chiite libanais, une comparaison avec l’offensive de 2006 montre que l’armée israélienne n’a pas pu avancer plus que durant la campagne d’il y a dix-huit ans, considérée comme une défaite. Petit à petit la vérité se fait jour: c’est Israël, et non le Hezbollah, qui était pressé d’arriver à un cessez-le-feu.

Prime Minister Benjamin Netanyahu:

« The length of the ceasefire depends on what happens in Lebanon. We will enforce the agreement and respond forcefully to any violation. We will continue united until victory. »

Full remarks >>https://t.co/43nIjRoJQv pic.twitter.com/KiwT3ZKcog

— Prime Minister of Israel (@IsraeliPM) November 26, 2024

Benjamin Netanyahou a prononcé hier un discours pour expliquer à ses compatriotes pourquoi il était nécessaire de signer un cessez-le-feu au Liban.

Commençons par la fin du discours. Netanyahou explique qu’il y a trois raisons de signez le cessez-le-feu: (1) Se concentrer sur l’Iran. Et là il dit qu’il ne peut pas en dire plus. (2) Refaire les stocks de munitions et d’armes israéliens – curieusement, il avoue qu’ils ne sont approvisionnés que lentement; (3) Isoler encore plus le Hamas à Gaza.

Les risques à venir au Proche-Orient

De fait, la question à se poser est de savoir pourquoi le Hezbollah accepte un cessez-le-feu qui n’inclue pas la fin de l’opération militaire à Gaza. N’était-ce pas la position défendue par l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Nasrallah, assassiné par les Israéliens fin septembre? Cependant le Hamas, dans son communiqué publié ce jour, affirme voir dans le retrait de l’armée d’Israël une victoire du Hezbollah. Simple propagande?

De ce fait, n’y a-t-il pas à craindre que la campagne contre les civils de Gaza redouble, au nom de cette lutte contre le mouvement invoquée par Netanyahou? Et que veut dire « se concentrer sur l’Iran »? Est-ce que le Premier ministre israélien prévoit une attaque contre ce pays consécutivement à l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche?

L’étonnante carte de l’offensive israélienne au Liban

Pour bien comprendre ce qu’il en est, je voudrais montrer trois cartes:

Tout d’abord une carte indiquant l’avancée au sol de l’armée israélienne au Liban en 1982 – et les retraits successifs des forces israéliennes des zones occupées au Liban dans les années 1980 !

Regardons maintenant une carte sur laquelle est indiquée l’avancée terrestre de l’armée israélienne en 2006 dans une guerre face au Hezbollah considérée comme une défaite:

Il s’agit du liseré orange au sud du Liban.

Eh bien regardons maintenant la carte de la guerre qui vient d’être interrompue par un cessez-le-feu:

Il s’agit de la zone en mauve au nord de la frontière israélo-libanaise indiquée en rouge. On dira sobrement que, même après avoir éliminée la direction politique du Hezbollah, Benjamin Netanyahou a été incapable de faire mieux qu’en 2006 – une campagne considérée comme une défaite.

Un discours en trompe-l’œil

Les cartes ci-dessus nous disent quelque chose de simple: le Premier ministre israélien est bien en peine de dissimuler la retraite stratégique de son pays.

Soudain apparaît une hypothèse qui ne correspond pas du tout à ce que vous avez entendu dans les médias mainstream: ce n’est pas le Hezbollah qui était sous pression pour signer un cessez-le-feu. C’est le gouvernement israélien.

Rien de ce que dit Netanyahou ne correspond à ce que nous savons du conflit/ Il a beau se vanter d’une bataille sur sept fronts et d’une vue globale,

(1) il évoque une riposte israélienne contre Israël dont nous avons montré, qu’elle était minimale et largement une mise en scène.

(2) Il se vante de bombardements du port d’Hodeida au Yémen mais oublie de parler du blocus de la Mer Rouge par Ansarallah. ou des missiles et drones envoyés depuis le Yémen sur Tel Aviv

(3) Il évoque des pertes gigantesques du Hamas mais oublie de nous dire pourquoi il faudrait encore se concentrer sur Gaza.

(4) la question de l’affrontement avec les milices combattantes chiites d’Irak est escamotée.

(5) les menaces contre Assad sont-elles plus que de la rhétorique?

(6) l’évocation de la Cisjordanie est pathétique: l’armée israélienne s’y heurte à une résistance croissante, qu’elle ne sait combattre que par des razzias de prisonniers.

(7) Enfin, le Premier ministre parle curieusement de la réinstallation à venir des Israéliens qui ont dû quitter le nord d’Israël du fait des roquettes du Hezbollah. Faut-il être fin stratège pour se demander comment il n’a pas été possible de faire revenir plutôt les habitants du Nord, alors que l’on prétend avoir démantelé l’arsenal du Hezbollah?

Décidément, tout indique que le gouvernement israélien essaie de dissimuler qu’il a obtenu un répit pour une armée très éprouvée et manquant de munitions et d’armes.

Cela s’appelle dissimuler une défaite stratégique.

Le Courrier des Stratèges,