Étiquettes
par Edouard Husson

Mardi 17 décembre au matin, le général de division Kirillov, en charge de la protection contre les armes biologiques, chimiques et nucléaires de la Russie, a été victime d’un attentat en sortant de son domicile à Moscou. C’est le plus haut responsable russe mort durant la Guerre d’Ukraine. Le service de renseignement ukrainien SBU a revendiqué l’opération. Et beaucoup pensent que Vladimir Poutine pourrait riposter avec un missile du type de celui qui a été lancé, à titre démonstratif, contre une usine souterraine d’armement, dans le région de Dniepropetrovsk, le 21 novembre 2024. Il s’agirait cette fois de frapper haut dans le commandement ukrainien, par exemple en détruisant un bunker à Kiev. Mais le président russe y a t-il intérêt? Nous sommes devant un cas intéressant d’analyse stratégique.

Au petit matin du 17 décembre, des assassins du service de renseignement militaire ukrainien ont tué le général de division Igor Kirillov, commandant des forces russes de défense nucléaire, chimique et biologique, à Moscou.
Moon of Alabama commente:
Un engin explosif était dissimulé dans un scooter électrique garé à proximité. L’assistant de M. Kirillov est également décédé dans l’attentat, a déclaré le comité d’enquête, qui a annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle. Des images vidéo obtenues par POLITICO corroborent cette version des faits.
M. Kirillov vivait dans un immeuble normal. Son assistant venait le chercher pour aller travailler. Ils ont été observés et quelqu’un qui les regardait (et les filmait) a appuyé sur la gâchette.
Et Stratpol abonde:
En France la protection contre le nucléaire – biologique – chimique dépend du service de santé des armées. L’équivalent du général Kirilov en France est donc le Médecin général des armées Jacques Margery. Ni l’un ni l’autre ne sont impliqués dans les opérations militaires c’est pour cela qu’ils n’ont pas besoin de protection rapprochée.
Pourquoi les….Américains ont commandité un attentat terroriste contre Kirillov
Moon of Alabama explique le mobile du meurtre:
Kirillov était bien connu. Il avait fait plusieurs présentations publiques sur les expériences secrètes de guerre biologique menées par les États-Unis en Ukraine :
À l’occasion du décès de M. Kirillov, la porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, Mme Zakharova, a déclaré que, tout au long de sa carrière, il n’avait cessé de dénoncer les crimes des « Anglo-Américains », tels que « les provocations de l’OTAN avec des armes chimiques en Syrie, les manipulations de la Grande-Bretagne avec des substances chimiques interdites et les provocations à Salisbury et Amesbury, les activités meurtrières des laboratoires biologiques américains en Ukraine, et bien d’autres choses encore ».
« Il a travaillé sans crainte. Il ne s’est pas caché derrière le dos des gens », a écrit Mme Zakharova.
Il s’agit bien sûr d’une provocation conçue par l’Ukraine pour rendre moins possibles les pourparlers de paix avec la Russie, que le président élu Donald Trump privilégie vraisemblablement.
Pour ma part, je pense que le mobile de l’attentat est d’abord la volonté d’intimider toute personne, y compris aux Etats-Unis, qui mettrait en cause les programmes de recherche militaire américaine sur les armes biologiques. On est dans une zone grise qui touche aux origines du virus du COVID-19. Et l’on doit se rappeler que l’entrée en guerre de la Russie, en février 2022, était motivée, non seulement par les provocations de Zelensky sur l’acquisition de l’arme nucléaire mais aussi par l’abondance des programmes américains de recherche sur les armes biologiques sur le territoire ukrainien.
On a affaire à un attentat de conception à la fois américaine et ukrainienne.
Quelle riposte russe?
La question pour la Russie est maintenant de savoir comment réagir.
Doit-elle détruire les centres de décision de Kiev qui sont responsables de l’attentat ? Cela pourrait aller jusqu’à viser le bunker de Zelensky.
Ou doit-elle se retenir et espérer que les négociations sur l’Ukraine avec Donald Trump aboutiront à des résultats positifs, même s’ils sont temporaires ? C’est une question d’ordre stratégique.
La partie ukrainienne et l’administration Biden sortante font tout pour rendre impossible une négociation entre le président « 45/47 » et la Russie. En ripostant avec un deuxième Orechnik, Vladimir Poutine compromettrait-il les futures négociations comme le souhaitent les bellicistes de Washington?
Pour autant, les exigences russes sont, pour l’instant inacceptables pour les Américains:
Les Russes ont clairement fait savoir qu’ils n’accepteraient aucune trêve temporaire, aucun cessez-le-feu, plus de promesses faites pour être brisées comme des croûtes de pain, plus de pauses comme des astuces cyniques pour amener les Russes à renoncer à leur avantage militaire actuel et croissant. (…) Non, insistent-ils, il doit y avoir soit un règlement authentique, définitif et contraignant qui garantisse une paix durable fondée sur la sécurité mutuelle, soit les forces russes poursuivront leurs efforts jusqu’à ce que leurs objectifs – notamment la « démilitarisation et la dénazification » de l’Ukraine – soient atteints militairement. Une telle issue signifierait au moins le remplacement du régime actuel à Kiev et, plus probablement, la fin du statut d’État de l’Ukraine.
Pour l’Occident, il s’agirait d’une débâcle totale d’une ampleur comparable à celle de l’Afghanistan, qui marquerait effectivement la fin de l’hégémonie américaine en Europe, le joyau de la couronne [du Grand Empire américain]. Que peut offrir Trump aux Russes pour éviter cela ?
(Moon of Alabama)
En réalité, le raisonnement s’inverse.
(1) Vladimir Poutine ne peut avoir qu’une confiance modérée dans l’administration Trump. Lors de son premier mandat, le président 4547 n’a pas été en mesure de tenir ses promesses d’entamer un dialogue stratégique avec la Russie.
(2) Il est probable que le refus par la Russie des propositions américaines, qui n’iront pas assez loin, provoquera une nouvelle poussée de tension du côté américain.
Ne vaut-il pas mieux de ce fait, fermer tout espoir aux ruses et manœuvres américaines, pour montrer à Trump, qui veut terminer la guerre, que la négociation doit être sincère et déboucher sur une paix durable.
Pour réussir la négociation avec Trump, il vaut mieux être plus dur que lui.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.