
Sur les réseaux sociaux circulent un extrait, consacré à Gaza, de l’intervention d’Aymeric Caron au Zawa Show, peu avant Noël. Sortant de ses combats habituels, l’écologiste antispéciste affirme que les prises de positions sur Gaza permettent de passer au crible les personnalités politiques. Comment ne pas lui donner raison? La classe politique française, les médias, l’establishment, sont en train d’imploser sur la question de Gaza et créent des convergences inattendues, comme à l’époque de la Résistance. On n’est plus dans les signaux faibles. Quand nous vous parlons de la dette, de l’agonie du macronisme ou de la nécessité de désOTANiser la France, nous vous parlons du même sujet.
« Je ne pardonnerai pas à ceux qui se sont tus sur Gaza. Quelqu’un qui vient aujourd’hui vous parler de justice sociale de féminisme d’humanisme et qui ne se sera pas manifesté pendant un an aura perdu toute crédibilité pour porter ces combats là »#ZawaShow pic.twitter.com/nw9OlP31Bk
— Aymeric Caron (@CaronAymericoff) December 21, 2024
J’avoue bien volontiers que je ne m’inscrirais pas spontanément au Zawa Show. Mais comment ne pas adhérer aux propos tenus par Aymeric Caron sur Gaza?
En réalité, ce qu’il dit à la gauche, à laquelle il s’adresse, on peut aussi le dire depuis la droite!
La droite est devenue aussi peu crédible que la gauche concernant Gaza
Qui vient nous parler de la France, de la nation, de fidélité au passé, de transmission et s’est tu depuis un an sur le génocide en direct des Palestiniens n’a plus aucune crédibilité.
Qui vient nous parler de libre entreprise, de capitalisme, d’économie de marché et soutient Israël, l’une des économies les plus militarisées de la planète – et les plus dépendantes, aussi, à la subvention extérieure, se couvre de ridicule.
Qui vient nous parler de défendre la famille, d’investir dans l’éducation et est resté insensible aux familles déchiquetées, aux écoles et aux universités bombardées, ne peut pas être pris au sérieux.
Qui vient nous parler de combat pour les valeurs, du passé chrétien de la France, de patrimoine et n’a rien dit pour dénoncer la destruction du territoire de Gaza, la dévastation de la Terre Sainte, a un comportement qui confine à l’imposture.
Qui prendra au sérieux désormais ceux qui prétendent faire de l’immigration leur obsession et défendent la colonisation des territoires palestiniens par des Juifs israéliens? Qui peut s’effrayer d’un hypothétique « grand remplacement en France » tout en faisant l’éloge du grand remplacement bien réel, lui, des Palestiniens par les juifs israéliens?
Ces convergences inattendues
C’est le propre des périodes de bouleversement historique: elles créent des convergences inattendues, sinon improbables.
Qui aurait dit, il y a quelques années, que je me retrouverais dans des propos tenus par l’écologiste antispéciste Caron?
Comment se fait-il que presque aucun notable chrétien de France n’ait dit ce qu’explique Rima Hassan dans un THREAD limpide consacré aux chrétiens palestiniens?
Joyeux Noël https://t.co/2AhuanFyOr
— Rima Hassan (@RimaHas) December 23, 2024
Ne soyons ni aveugles ni naïfs
Ne soyons pas naïfs. Un jour, les clivages reprendront le dessus. Et l’une des caractéristiques de la gauche, c’est sa difficulté à faire de la place aux gens de droite. Je me souviens de la campagne de Jean-Pierre Chevènement pour la présidentielle de 2002: ses soutiens historiques du CERES et du MRC n’étaient pas spécialement accueillant. Et, aussi ouvert était-il, le candidat n’avait pas la poigne pour imposer que les deux flotteurs du catamaran aient le même poids.
Mais ne soyons pas aveugles non plus. Nous sommes dans une de ces périodes historiques où les forces politiques traditionnelles implosent.
Prenez la mesure du nombre de gens qui écoutent Caron, le soir de l’événement et, depuis, sur tous les canaux possibles.
Regardons ce qui va se passer à gauche, ce qui s’y passe déjà, sous l’impulsion de tous ceux qui ont osé parler sur le génocide de Gaza depuis quatorze mois.
A droite aussi, il faut passer au crible: il n’y aura rien à attendre d’un personnel politique qui ne s’est pas dressé, au moment décisif, pour défendre l’essentiel.
Mais pourquoi faire cette fixation sur Gaza et sur le Proche-Orient, diront certains? A-t-on entendu la gauche sur les Arméniens du Haut-Karabakh? Et la Guerre d’Ukraine? N’y a-t-il pas des conflits ailleurs dans le monde etc….?
Bien entendu, ce qui se passe à Gaza n’est qu’un aboutissement? Moi aussi j’aurais aimé que l’on s’émût autant, à l’époque, sur les enfants mourant de faim et de manque de soins en Irak dans les années 1990! Que l’on parlât plus des atrocités de la Guerre de Libye, de la première phase de la Guerre de Syrie….Mais constatons que la prise de conscience se produit maintenant, en Terre Sainte, dans le pays vers où regardent les trois descendances d’Abraham, la chrétienne, la juive et la musulmane.
Ce qui se joue à Gaza est essentiel. Et quand j’entends Aymeric Caron, j’aimerais bien que la droite, aussi, soit au rendez-vous.