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par Edouard Husson

Jimmy Carter (1924-2024): heurs et malheurs d’un Jiminy Cricket président

Jimmy Carter fut le président d’un seul mandat, et l’on a gardé le souvenir d’un président indécis. Et ^puis son étoile a monté avec les décennies. Il a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2002, suite à plusieurs médiations réussies dans des conflits, y compris impliquant les Etats-Unis, et pour le travail réalisé par sa Fondation. Connu pour sa pratique religieuse fervente, l’ancien président américain a eu des vélléités de mettre fin à l’Empire américain mais en a été empêché parce qu’on appelait pas encore le « Deep State » et, aussi, par la « servitude volontaire » des Européens. Après sa présidence, il aurait pu être la conscience du Parti Démocrate mais, s’identifiant de plus en plus à l’establishment, les présidents Pinocchio que furent Bill Clinton et Barack Obama n’en ont pas voulu. Jimmy Carter a vécu dans le siècle d’histoire américaine où le Parti démocrate est passé de « parti de la ségrégation » à « parti de l’impérialisme ». Carter aura, d’une autre manière que Kennedy, représenté une tentative brève et infructueuse de mettre le parti le « parti de l’âne » sur d’autres rails.

On se rappelle le personnage de Jiminy Cricket dans Pinocchio. Il est la conscience du pantin devenant petit garçon. Avec bien des mésaventures. C’est la comparaison qui vient en pensant à Jimmy Carter, décédé il y a deux jours, à l’âge de cent ans.

Souvenons-nous de la manière dont son propre parti l’avait agressé lorsqu’au milieu des années 2000 il avait dit la vérité sur le comportement de l’Etat d’Israël:

Jimmy Carter called Israel an Apartheid state, said Hamas was willing to negotiate fairly but Israel refuses to do so and instead wants to continue its genocidal occupation, and the Israel lobby destroys any politicians who dare go against it. Watch all the liberals erase this pic.twitter.com/Sz2UuB9zpg

— (@zei_squirrel) December 29, 2024

Jiminy Cricket président (1976-1980)

Lorsque Jimmy Carter eut droit à se faire traiter « d’antisémite » parce qu’il se préoccupait du sort des Palestiniens, il venait de recevoir le Prix Nobel de la paix. Mais il se heurtait à la violence de ce qu’on appelle aujourd’hui « Etat profond » et que je préfère appeler pour ma part Pouvoir Hégémonique car il ne s’agit pas que d’un Etat. Il a ses relais entrepreneriaux, journalistiques, académiques.

C’est également ce Pouvoir Hégémonique qui avait régulièrement entravé ses actions comme président. Au fond, la présidence Carter, quelques années après le scandale du Watergate, amorçait un retrait des positions hégémoniques: la fin du soutien à Somoza, au Nicaragua ou au Shah d’Iran en sont les deux exemples les plus frappants. Et si cela n’avait tenu qu’à Carter, il n’y aurait pas eu de redémarrage de la Guerre froide: il avait négocié honnêtement les accords SALT2 avec Leonid Brejnev.

Mais le président était entouré de mauvais génies comme Zbgniew Brzezinski, son Conseiller à la Sécurité Nationale, le théoricien des métamorphoses de l’hégémonie américaine, de la théorie des totalitarismes dans les années 1950 au « Grand Echiquier », son livre de 1997. Et puis il y avait les Européens, incapables de saisir l’occasion d’une émancipation: rappelons-nous le discours d’Helmut Schmidt, en décembre 1977, pour réclamer l’installation de missiles américains de moyenne portée face aux SS-20 soviétiques.

Le président Carter eut aussi à lutter avec les conséquences de l’inflation déclenchée par la fin des accords de Bretton Woods (dollar détaché de l’or en août 1971). C’est la situation économique morose plus que l’échec à libérer les otages américains de l’ambassade américaine de Téhéran qui lui coûtèrent sa réélection.

Carter n’est jamais devenu la boussole du Parti démocrate

Comparez Carter et les présidents démocrates qui lui ont succédé: Bill Clinton, Barack Obama, Joe Biden. On les déguiserait bien en Pinocchio. Mais ils avaient plutôt un tempérament à faire comme dans le récit de Carlo Collodi. Pour le « grillon parlant », l’histoire se finit moins bien que le dessin animé de Walt Disney: il est écrasé par Pinocchio.

Regardez le psychodrame du Parti Démocrate, de l’élection manquée d’Hillary Clinton à la défaite de Kamala Harris en passant par l’introduction frauduleuse de Joe Biden à la Maison Blanche. ce sont trois symptômes d’un parti qui avait perdu toute boussole. Et pourtant Jimmy Carter était bien vivant. Il était plus réel que Josiah Barlett, le président démocrate héros de « West Wing », la célèbre et remarquable série, qui se finit par un nouvel accord israélo-arabe à Camp David, comme un clin d’oeil à la présidence Carter.

Donald Trump a publié un message pour saluer la mémoire de son prédécesseur juste décédé:

Ceux d’entre nous qui ont eu la chance d’exercer la fonction de président savent qu’il s’agit d’un club très fermé et que nous sommes les seuls à pouvoir assumer l’énorme responsabilité de diriger la plus grande nation de l’histoire.

Les défis auxquels Jimmy a été confronté en tant que président sont survenus à une période charnière pour notre pays et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer la vie de tous les Américains. Pour cela, nous lui sommes tous reconnaissants.

Donald Trump n’a pas toujours été aussi indulgent avant l’ancien président mais on peut lire, chez cet homme égocentré, une réflexion sur la situation dans laquelle il se trouve pour la seconde fois: à devoir réduire la part de la politique hégémonique pour se consacrer au niveau de vie des Américains, rongé par un dollar de fait hyperinflationniste.

Le Courrier des Strtèges