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Par Caitlin Johnstone,

Le fugitif de La Haye Joe Biden a remis la présidentielle Médaille de la Liberté au chanteur Bono de U2, parce que c’est le genre de chose qui se produit dans une société où tout est factice et où nous sommes gouvernés par les plus vils d’entre nous. Les autres récipiendaires de la médaille cette année sont Hillary Rodham Clinton, et George Soros.

Lors de la cérémonie, Bono a été présenté en ces termes :

“La Médaille de la Liberté est décernée à Bono ». En tant que chanteur de U2, l’un des groupes de rock les plus populaires de l’histoire, Bono influence le monde par son art et son engagement. Dans la plus pure tradition irlandaise de poésie et de contestation, de rébellion et de liesse, il a composé des hymnes à la paix et aux droits civiques. En tant que militant humaniste, il défend des causes telles que l’éradication de la pauvreté et des épidémies, ou l’allègement de la dette des pays en voie de développement. Le fil rouge de l’œuvre de sa vie réside dans la force de la liberté, un lien qui unit également l’Irlande et l’Amérique en tant qu’amis bien-aimés”.

Et c’est absolument désopilant.

Alan MacLeod a écrit un excellent article pour Mintpress News il y a quelques années, documentant les liens de Bono avec pratiquement tous les grands dirigeants de l’empire occidental, de George W Bush à Barack Obama, en passant par Henry Kissinger, Emmanuel Macron, Laurence Summers et le Forum économique mondial. Il a dédié une chanson à l’ancien président israélien Shimon Peres, et écrit des poèmes sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le qualifiant de saint. Il a chanté les vertus du capitalisme au Forum économique mondial, affirmant qu’il “a permis au plus grand nombre de se délivrer de la pauvreté”, et il est le cofondateur d’une ONG appelée “The ONE Campaign”, étroitement liée à la fange de Washington DC. Il a fait l’apologie de l’invasion de l’Irak et de l’interventionnisme américain en Syrie.

Si le néolibéralisme était quelqu’un, ce serait Bono, l’un des musiciens les plus riches du monde. Qu’un tel personnage soit considéré comme un artiste et aimé par des millions de personnes dans le monde occidental, et reçoive un hommage de la part d’un président qui encourage actuellement un génocide, en dit long sur la gravité de la situation dans cette civilisation pervertie et déglinguée.

La seule chose que Bono ait pu déclarer publiquement à ce jour, à propos du génocide de Gaza, et de l’actuelle vague de violence au Moyen-Orient a été de pleurer les victimes de l’attaque du Hamas du 7 octobre, tuées alors qu’elles s’extasiaient devant un camp de concentration, en modifiant les paroles de la chanson “Pride (In the Name of Love)” :

“Tôt ce matin du 7 octobre, alors que le soleil se lève dans un ciel désertique, ils vous ont ôté la vie, ô Étoiles de David, mais ils n’ont pu prendre ta fierté”, a chantonné le chanteur avec émotion.

À chaque fois que je m’attriste de la mort prématurée d’un musicien que j’apprécie, je me console en me disant qu’au moins, il n’aura pas vécu assez longtemps pour devenir un autre Bono.

Voilà ce que la civilisation occidentale réserve à l’art. Elle le pervertit, le corrompt et le dénature. Elle détourne les plus belles et les plus salutaires impulsions de l’humain pour en faire un outil de promotion du génocide, du capitalisme et de l’impérialisme. Elle empoisonne l’étincelle créatrice qui vit en nous et la métamorphose en outil de normalisation et de dépravation planétaires.

L’empire s’attaque à quelque chose de sacré en chacun de nous. Nous sommes tellement moins que ce que nous pourrions devenir en tant qu’espèce, parce que la majeure part de notre énergie créative et novatrice est en permanence mobilisée par les rivalités, le mensonge et la manipulation. Les arts. Les sciences. Tous ces domaines sont réduits à la portion congrue de leur véritable potentiel, un potentiel pourtant aisément accessible si l’humanité pouvait librement contribuer au bien de tous, sans privilégier ses pulsions les plus perverses.

Notre société valorise les pires d’entre nous. Les artistes prêts à vendre leur âme à l’empire. Les scientifiques disposés à concevoir des machines à tuer, ou à inventer de futurs dépotoirs produits grâce au labeur et aux ressources du sud de la planète. Les politiciens désireux de subvertir les besoins des citoyens ordinaires au profit des intérêts ploutocratiques et des structures de pouvoir. Des experts, journalistes et réalisateurs heureux de vendre la propagande qui nous fera croire que tout cela est sain et normal.

Ce sont eux qui déterminent l’avenir de notre espèce. Ce sont eux qui prennent les décisions qui nous entraînent toujours plus avant vers l’anéantissement et la dystopie. Il nous faut impérativement trouver le moyen de libérer l’humanité de leur emprise avant de trouver à nos portes les abominations auxquelles ils nous exposent.

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