Étiquettes

, , , , ,

Justin Trudeau parle dans un micro avec notamment, derrière lui, Dominic LeBlanc et Mélanie Joly.
Au cours des dernières heures, le gouvernement Trudeau a fait face à deux signaux contradictoires de la part de Washington. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Fannie Olivier

C’est comme si votre voisin arrachait votre clôture et la replantait un mètre et demi plus loin en empiétant sur votre terrain.

L’image est d’une source engagée dans les négociations avec les États-Unis, pour illustrer la relation de voisinage pénible dans laquelle le Canada se trouve, bien malgré lui, avec son voisin du sud.

En annonçant qu’il songeait à imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les produits canadiens dès le 1er février, le président américain a défini le point de départ de la négociation selon ses propres termes.

Il a planté la clôture là où ça l’arrange.AILLEURS SUR INFO : Il y a « trop de fonctionnaires » et le travail « ne se fait pas », selon Poilievre

Au cours des dernières heures, Ottawa a fait face à deux signaux contradictoires de la part de Washington.

Le Canada s’est d’abord réjoui de ce qui semblait un sursis de quelques mois : un décret signé de la main de Donald Trump, dans lequel il fixe au 1er avril la date pour que des agences fédérales lui fassent un rapport sur les frontières.

Puis, il s’est catastrophé de ce qui a l’apparence d’un couperet qui pourrait tomber dans dix jours à peine : une déclaration dans laquelle le président annonce réfléchir à des tarifs douaniers qui frapperaient le Canada dès le 1er février.

Comment réconcilier ce que Trump a signé et ce qu’il a dit au cours de la même soirée?

Aux yeux de Justin Trudeau, ce n’est ni une contradiction ni une incohérence. C’est simplement sa façon de négocier.

M. Trump est un négociateur habile qui sait que de garder ses partenaires de négociation un peu déséquilibrés, ça peut être payant.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Il n’est pas le seul à interpréter les actions du président de la sorte.

Pour plusieurs, les déclarations du président doivent absolument être examinées dans le contexte de la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), prévue en 2026.

Des sources du Wall Street Journal avancent que Donald Trump brandit la menace des tarifs douaniers pour tenter de devancer cette renégociation, en espérant arracher des concessions à ses partenaires commerciaux. Selon le média américain, le président souhaiterait notamment changer les règles du jeu pour forcer les constructeurs automobiles implantés au Canada et au Mexique à s’installer aux États-Unis.

Interrogé à brûle-pourpoint sur l’idée de devancer la révision de l’ACEUM, Justin Trudeau n’a pas fermé la porte, indiquant qu’il était toujours prêt à discuter.

La renégociation s’annonce non seulement précipitée, mais aussi ardue.

Voisin bruyant

Donald Trump n’a pas seulement déplacé la clôture à sa guise, il l’a fait en insultant son voisin, traitant le Canada d’abuseur.

À la retraite du Cabinet fédéral, personne n’a voulu lui donner la monnaie de sa pièce. L’ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, est d’avis que, même si c’est inconfortable, le Canada doit rester impassible devant ce genre d’insultes.

Il ne faut pas trop mettre l’accent sur la façon dont il communique. On a déjà vu ça il y a quatre ans […], ça fait partie de sa stratégie. On n’entre pas trop là-dedans, a-t-elle expliqué.

Kirsten Hillman en entrevue.
L’ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, croit que le Canada doit demeurer impassible face aux insultes de Donald Trump. (Photo d’archives)Photo : Radio-Canada / Christian Patry

Devant tant de bruit, le Canada n’a qu’une option, selon Justin Trudeau : s’ancrer dans les faits en tentant de faire valoir aux Américains les avantages d’entretenir une relation commerciale dynamique avec le Canada.

Si tous les ministres ont plaidé en faveur de cette stratégie, dans les couloirs du Château Montebello, plusieurs libéraux affichaient néanmoins une mine résignée. En coulisses, certains faisaient valoir que les arguments rationnels ont peu d’impact sur le président.

Pas facile de raisonner un voisin turbulent. Surtout quand ce qu’il cherche, c’est de pouvoir se proclamer gagnant. En 2018, lors de la renégociation de l’ALENA, le Canada avait dû ouvrir une brèche dans le système de la gestion de l’offre.

Le Canada sera peut-être contraint encore une fois d’offrir à Donald Trump une petite victoire – un petit bout du jardin – pour qu’il s’apaise.

Radio Canada