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armée israélienne, Asaf Hazani, désintégrée, officier d'état-major
Un réserviste démasque la fureur guerrière d’Israël à Gaza
Pascal Derungs
L’armée israélienne opère de manière non professionnelle et est motivée par la vengeance, écrit un officier de réserve dans un livre explosif.
Asaf Hazani est anthropologue et a été engagé à Gaza en tant que lieutenant-colonel et officier d’état-major d’une division de combat. Dans son livre « One Way or Another the Sword Shall Devour » (« D’une manière ou d’une autre, l’épée dévorera »), il décrit la machine de guerre israélienne de l’intérieur. Comme le rapporte le quotidien israélien « Haaretz », il dresse le bilan d’une atmosphère de désintégration éthique et morale au sein de l’armée et de la société israélienne suite à l’attaque du Hamas.
Humiliations et moqueries en guise de représailles
Hazani a observé un soldat de garde arracher systématiquement des pages d’un Coran et les jeter par terre dans une mosquée détruite, devant des Palestiniens ligotés. L’armée interdit de tels actes de profanation. Interrogé sur le sens de son acte, le soldat aurait répondu tristement : « Je me venge d’eux ». Hazani écrit : « Il avait le sentiment que la vengeance était définitivement une émotion légitime à ce stade de la lutte ». Les moqueries et les humiliations auraient également été considérées comme des réactions légitimes. Il n’était pas rare que des soldats pillent des maisons palestiniennes et postent ensuite des selfies en sous-vêtements de Palestiniennes expulsées.
Le motif de la vengeance est le fil rouge des observations de Hazani. Il a vu des soldats et des commandants brûler des maisons de Palestiniens par pur esprit de vengeance – sans qu’il y ait eu de nécessité militaire. Il raconte comment des infrastructures ont été détruites dans le seul but d’empêcher une reconstruction ultérieure. Les membres de l’armée n’ont cessé de filmer leurs actions de représailles et de mettre les images en ligne. Toutes ces destructions n’ont pas été faites dans une rage folle, analyse Hazani, mais plutôt dans un mélange de « tristesse et de fatigue ».
L’armée a fait son temps en tant que vecteur d’identité
Hazani décrit en détail la transformation de Tsahal d’une armée unifiée au service d’Israël en un rassemblement de milices. « Après le 7 octobre, la confiance dans le système a disparu. Chacun se rassemble dans son propre groupe et s’occupe de lui-même », écrit l’anthropologue. Cela a conduit à l’effondrement de la discipline et de la culture de combat.
Hazani a rencontré des commandants de haut rang qui amenaient des amis ou des parents dans des postes de commandement pour tromper leur solitude. Il a observé deux frères, tous deux lieutenants-colonels, qui ont décidé de leur propre chef de partir ensemble en mission de combat. Hazani écrit que cela donne un nouveau sens à la notion de « famille combattante », une expression historique pour la droite israélienne.
Hazani a vu des civils israéliens assumer des tâches militaires et parfois même participer aux combats à Gaza, sans que le commandement de l’armée n’intervienne. Il constate dans son livre que la confiance des réservistes dans le commandement militaire et politique s’est lentement effritée. Cela serait allé si loin que des associations de réservistes se seraient rebellées contre les ordres de rentrer au pays parce que « les objectifs de guerre » (destruction du Hamas et libération de tous les otages) n’étaient pas encore atteints.
Le commandement de l’armée viole ses propres normes éthiques
Hazani a vu à plusieurs reprises des commandants de haut rang ne pas respecter les consignes de sécurité qu’ils étaient censés ordonner à leurs soldats. Par exemple, des officiers ont pris des selfies pendant les combats alors qu’ils avaient été avertis que cela mettrait leur vie en danger car l’ennemi pourrait localiser leur position exacte. C’est à cause d’un tel selfie d’un commandant qu’un secret militaire aurait fuité dans les médias sociaux et mis la vie de nombreux soldats en danger.
Les photographies et les films obsessionnels réalisés avec des téléphones portables n’auraient pas seulement été effectués par des soldats qui n’obéissaient pas aux ordres. Il semblerait, selon Hazani, que l’armée elle-même n’ait considéré l’interdiction de prendre des photos privées que comme une recommandation non contraignante. Car le quartier général de la division aurait demandé aux commandants d’envoyer des photos prises avec leur téléphone portable des endroits qu’ils atteignaient.
Chacun est le prochain de soi-même
L’officier de réserve Asaf Hazani a vu à plusieurs reprises des soldats et des commandants passer outre les consignes d’ouverture du feu et tirer immédiatement sur des personnes suspectes au moindre sentiment de menace. Il est certain que de nombreux Palestiniens non armés – hommes, femmes et enfants – ont été tués de cette manière.
La rage de tirer sans retenue a souvent conduit à ce que des camarades soient également pris sous le feu et subissent des pertes. C’est également la raison pour laquelle des soldats ont abattu par erreur trois otages israéliens du Hamas qu’ils auraient dû libérer.
