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Edouard Husson

La « souveraineté européenne » d’Emmanuel Macron est portée disparue en Ukraine

French President Emmanuel Macron (C) walks with Italy’s Prime Minister Giorgia Meloni (L) after an informal summit of European leaders to discuss the situation in Ukraine and European security at the Elysee Palace in Paris on February 17, 2025. European leaders were due to meet in Paris on February 17, 2025 to address Washington’s shock policy shift on the war in Ukraine, as Britain declared itself ready to dispatch peacekeeping troops to Ukraine. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

A la sortie de la rencontre de l’Elysée, Emmanuel Macron, en compagnie de Giorgia Meloni, avait l’air sombre. Rappelez-vous les kilomètres de mots insipides qu’Emmanuel Macron nous a imposés sur la « souveraineté européenne »: pendant la campagne présidentielle de 2017, lors du discours de la Sorbonne etc….Huit ans plus tard, au crépuscule de sa présidence, l’occupant de l’Elysée a dû constater, ce lundi 17 février, à l’occasion d’une réunion européenne extraordinaire, que les mots n’avaient aucune consistance. La « souveraineté européenne » de Macron est portée disparue en Ukraine. Et nous ne composerons pas de requiem.

« Ce qui doit arriver arrive »: Maurice Allais répétait souvent cette formule de son maître en sciences économiques, Jacques Rueff. Toute personne qui réfléchit savait que la « souveraineté européenne » d’Emmanuel Macron n’était que du vent, des mots sans consistances. Et pourtant, il aura fallu huit ans pour que la vanité des propos du président français apparaisse sans dissimulation possible.

Hier 17 février, Emmanuel Macron avait organisé une rencontre extraordinaire de chefs d’Etat et de gouvernement européens, pour parler d’une réponse commune de « l’Europe » à la volonté de Donald Trump de négocier directement avec la Russie, sans l’Ukraine ni l’UE.

Cacophonie européenne

On se demande s’il faut perdre du temps à rapporter le désaccord, prévisible, qui a marqué ce sommet:

+ le Chancelier Scholz, à quelques jours des élections fédérales, n’est pas resté jusqu’au bout du sommet, tout en jugeant qu’il était prématuré de tenir une telle réunion puisqu’on ne savait pas ce que les USA et la Russie allaient proposer.

+ L’Italie, par la voix de Giorgia Meloni, a fait savoir que l’idée d’envoyer des troupes en Ukraine pour garantir la sécurité du pays après la signature de la paix était l’idée « la plus complexe et la moins efficace » – un résumé amusant du macronisme.

+ La Grande-Bretagne serait la plus encline à appuyer la France sur le montage d’un corps expéditionnaire – mais tout est suspendu à une rencontre entre Keith Starmer et Donald Trump, la semaine prochaine, à Washington.

+ Ni l’Espagne ni la Pologne ne veulent entendre parler d’envoyer des troupes.

Ce sommet avait pour objectif de déblayer le terrain en vue d’un Conseil européen qui aurait exprimé une position commune – unanime. Il a excité les sarcasmes de Viktor Orban, qui a parlé « des dirigeants européens frustrés, pro-guerre et anti-Trump qui se réunissent pour empêcher un accord de paix« .

La « souveraineté européenne » face au désir de paix de Trump

On comprend bien que l’Union Européenne aurait pu existé si elle s’était unie autour d’une position différente de celle de l’administration Biden – éventuellement en se ralliant à l’idée trumpienne qu’il faudrait faire la paix. Actuellement, on est dans la situation paradoxale où Emmanuel Macron continue à défendre la politique du président américain précédent….

Décidément, les Européens sont toujours à côté de la plaque. Admettons qu’ils tiennent à s’aligner sur Washington: ce serait bienvenu maintenant qu’un président américain cherche à faire la paix. Il n’est pas sûr que celle-ci se fera aussi rapidement que le voudrait Donald Trump. Mais un front européen uni avec lui permettrait d’éviter que continue l’implosion de l’Ukraine…..

Emmanuel Macron aurait eu une petite chance de faire aboutir son rêve de « souveraineté européenne », de manière paradoxale, en s’alignant sur la position de Donald Trump. Or il n’, visiblement, même pas saisi l’occasion que lui ont donné deux conversations téléphoniques avec le président américain, avant et après la rencontre de l’Elysée.

Le Courrier des Stratèges