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par Edouard Husson

TTU – des régiments français seraient en route pour la Roumanie, avant d’aller à Odessa
The main symbol of the city is protected in Odessa on Wednesday March 9, 2022, a port city on the Black Sea in southern Ukraine, as the city prepares to battle advancing Russia army. (Ukraine Armed Forces/EYEPRESS) Photo via Newscom/eyepress113307/EPN/Newscom/SIPA/2203091303

Cela fait trois ans, jour pour jour, que la Guerre d’Ukraine a commencé. Rien se s’est passé comme l’attendaient les dirigeants de l’UE (à l’exception de Viktor Orban). L’Ukraine perd la guerre, inexorablement. Les sanctions économiques euro-américaines n’ont eu aucun effet sur la Russie. Au contraire, ils ont accéléré le développement de son économie. Car, c’est l’élément le plus important, le monde extra-occidental a pris parti pour la Russie, sans états d’âme. Le plus curieux, c’est que l’Union Européenne, elle, n’ait pas vu qu’il s’agissait d’une guerre entre puissances européennes et pris parti….pour la négociation.

A view shows graves of killed Ukrainian defenders, amid Russia’s attack on Ukraine, at a cemetery in Kharkiv, Ukraine January 31, 2023. REUTERS/Vitalii Hnidyi

Nous nous sommes réveillés un 24 février, voici trois ans, avec la nouvelle qu’une guerre avait commencé en Europe. La précédente s’était terminée vingt-cinq ans plus tôt, lorsque l’OTAN avait fait capituler Slobodan Milosevic à propos du Kosovo et définitivement démantelé la Yougoslavie.

A propos de l’Ukraine, le scénario se répétait. L’OTAN tentait, depuis des années, de faire basculer l’Ukraine dans le camp occidental. Il y avait eu la révolution orange, en 2004. Puis le coup de Maïdan, début 2014. La Russie savait, début 2022, que l’armée ukrainienne s’apprêtait à lancer, au printemps 2022, une offensive d’envergure sur le Donbass et la Crimée; elle prenait les devants par une guerre préventive.

Une guerre entre peuples européens

Je suis chaque jour plus surpris qu’aucune voix ne se soit élevée, en Europe, pour demander qu’on arrête le massacre entre peuples européens. Au début de son premier mandat, Emmanuel Macron nous avait infligé une « itinérance mémorielle ». Mais à quoi sert la mémoire si elle n’a pas de conséquences pratiques?

Deux voix se sont élevées, il y a trois ans, depuis le continent européen, celle du pape François et celle de Viktor Orban.

Le prélat argentin mettait ses pas dans ceux de ses prédécesseurs, pour dénoncer une guerre fratricide. Le Premier ministre hongrois était tout simplement fidèle aux intérêts de son pays. Ils ont été rejoints par Robert Fico, le Premier ministre slovaque, à qui son opposition à la politique américaine en Europe a failli coûter la vie.

100 000 morts du côté russe. A l’été 2023, un officiel américain s’était coupé et avait avoué qu’il y avait déjà 500 000 morts ukrainiens. Alors, aujourd’hui, le double? Même si les pertes ukrainiennes étaient plus limitées, cela ne changerait rien au scandale de ces gouvernants de l’UE ou de Grande-Bretagne qui ont encouragé l’Ukraine à continuer la guerre, contre toute raison.

A quoi sert de s’indigner de l’hécatombe de 1914-18 s’il s’agit de la répéter un siècle plus tard?

Qui croit à l’Europe?

S’il est une leçon à retenir de ces trois ans, c’est que l’Union Européenne n’a plus rien à voir avec l’Europe, son histoire, sa défense. Loin de s’interposer pour mettre fin à un conflit alimenté par les Américains, l’UE a surenchéri sur les Etats-Unis, en termes de sanctions et de livraisons d’armes.

Le résultat a été désastreux pour la réputation de l’Union dans le reste du monde. Lorsque nous demandons: qui croit encore à l’Europe, nous ne le disons pas seulement pour les Européens eux-mêmes mais pour le reste du monde.

Certes, nous devons tenir compte du sentiment profond des peuples, de plus en plus hostiles à la Guerre d’Ukraine. Vous remarquerez, d’ailleurs, que les derniers sondages publiés sur le sujet remontent à plusieurs mois. Tant que le soutien à la guerre pouvait être présenté comme puissant, on faisait des sondages. A présent, c’est fini.

L’Europe comme réalité historique et culturelle ne se remettra pas de sitôt de cette guerre subie par ses peuples et dont les rares opposants sont conspués par leurs pairs.

Le Courrier des stratèges