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Edouard Husson

Guerre, endettement, censure: nous allons voir les « valeurs » de l’Union Européenne à l’œuvre

Guerre, endettement, censure: telles sont les valeurs de l’Union Européenne, si l’on écoute Ursula von der Leyen et Thierry Breton, Emmanuel Macron et Friedrich Merz. Au moment où les Etats-Unis de Donald Trump se préoccupent moins de civiliser le reste du monde que de défendre leurs intérêts et les ressorts matériels de leur puissance, l’Union Européenne va pouvoir faire ce qu’elle professe depuis des années mais déléguait aux USA. Il faut avoir conscience cependant du prix à payer: être exclu des règlements diplomatiques et des transactions commerciales et financières du reste du monde. L’Union Européenne est désormais une machine à détruire l’Europe occidentale.

Das geht auch ja nicht, dass wir mit billigem und umweltschonenden Gas versorgt werden. Wo kämen wir da auch hin?! https://t.co/yeJqNmjgsa #Nordstream2 pic.twitter.com/M14TiAzXxD

— Maximus Decimus Meridius (@Maximus63125348) March 3, 2025

C’est l’information la plus importante de ces derniers jours; et ce n’est pas une infox! Le gouvernement fédéral allemand s’oppose absolument au redémarrage de Nordstream, le gazoduc de la Mer Baltique, qui serait, à ce qu’on dit, une partie des discussions entre la Russie et les USA.

Incroyable mais vrai! Le gouvernement d’Olaf Scholz ne voudrait pour rien au monde voir le gazoduc construit pendant les années Merkel redémarrer si les Américains et les Russes sont d’accord pour le relancer! On rappelle que ce sont les Etats-Unis qui l’ont fait exploser en septembre 2022, pendant que Biden était président.

Cependant l’Allemagne semble avoir adhéré, avec l’actuel chancelier, Olaf Scholz, comme avec le prochain (sauf inattendu) Friedrich Merz, au triptyque des « valeurs européennes » version UE: guerre, endettement, censure!

Guerre, endettement, censure: ces valeurs de l’UE que le monde ne nous envie pas

Je me souviens de ce qu’on disait de l’UE en Amérique Latine ou en Asie il y a dix ou vingt ans, quand je voyageais pour défendre les intérêts de l’enseignement supérieur français: la construction européenne était vu comme un modèle d’intégration économique et d’apaisement diplomatique.

Or aujourd’hui, c’est exactement le contraire: grâce à Monsieur Macron ou Madame von der Leyen, l’Union Européenne apparaît comme la puissance la plus belliqueuse au monde, contre les aspirations du reste du monde. L’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie n’ont pas accompagné les sanctions envers la Russie, L’UE, si! En tâchant même d’en rajouter, au risque de démolir toute la crédibilité de l’euro, accumulée pendant vingt-cinq ans.

Quand Monsieur Macron explique que l’endettement est sans importance, malheureusement, personne ne fait attention. Alors que la France a été, tout au long du XIXème siècle, le pays le plus rigoureux en termes de gestion des finances publiques, aujourd’hui, nous passons, à juste titre, pour des cancres. En revanche, le reste du monde sera surpris que deux personnalités allemandes comme Friedrich Merz et Ursula von der Leyen réclament pour l’Union Européenne le droit de s’endetter pour financer un effort de réarmement. L’Allemagne ne passait-elle pas pour un modèle de rigueur budgétaire?

Les discussions actuelles entre l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et le Parti social-démocrate (SPD) portent sur la création de deux fonds spéciaux, l’un dédié à la Bundeswehr (armée allemande) et l’autre aux infrastructures nationales. Les montants envisagés s’élèvent à 400 milliards d’euros pour la défense et 500 milliards d’euros pour les infrastructures, totalisant ainsi 900 milliards d’euros, selon ​bild.de.

Les propositions de ces méga-fonds ont été accueillies avec scepticisme par certains économistes. Veronika Grimm, membre du Conseil allemand des experts économiques, a critiqué ces plans en les qualifiant de « satire ». Elle souligne que l’État n’a pas toujours démontré une utilisation efficace des subventions et craint que ces dettes n’affaiblissent l’économie allemande si les fonds sont dépensés à l’étranger.  

Ces investissements massifs pourraient transformer le paysage de l’industrie de défense allemande. Des entreprises comme Renk, spécialisée dans les transmissions pour véhicules militaires, prévoient une croissance annuelle moyenne de 15 %, doublant ainsi leur chiffre d’affaires pour atteindre deux milliards d’euros d’ici 2027/2028. Renk se concentre sur le développement de systèmes hybrides et électriques pour les chars, notamment dans le cadre du projet XM30 pour un nouveau véhicule de combat d’infanterie américain et la modernisation du char Abrams M1E3, explique ​welt.de.

Parallèlement, l’entreprise Helsing prévoit de livrer 6 000 drones kamikazes de type HX-2 à l’Ukraine cette année. Ces drones, dotés d’intelligence artificielle, ont une portée de 100 kilomètres et sont capables de naviguer de manière autonome jusqu’à leur cible, échappant ainsi aux contre-mesures électroniques russes. Pour répondre à cette demande, Helsing a inauguré une nouvelle usine dans le sud de l’Allemagne, avec une capacité de production mensuelle de 1 000 unités. ​  

Face à la montée en puissance militaire de la Russie, certains experts plaident pour un « programme de relance de l’armement » en Allemagne. Ils suggèrent que l’industrie automobile allemande, confrontée à des défis structurels et de vente, pourrait utiliser ses capacités inutilisées pour augmenter la production de matériel de défense. Des entreprises comme Daimler, Porsche et ZF, ayant déjà collaboré avec la Bundeswehr, pourraient jouer un rôle clé dans cette transition.

Pour compléter le triptyque, essayons de nous représenter l’effet sur le reste du monde du plaidoyer d’un Thierry Breton ou d’un Emmanuel Macron en faveur de l’annulation des élections en Roumanie….

L’UE a perdu toute crédibilité. Elle est devenue l’opposé des principes qui avaient présidé à la construction européenne depuis les années 1950.

Le Courrier des Stratèges