Étiquettes

, , , ,

Edouard Husson

Merci Macron! La France est désormais officiellement une cible des missiles hypersoniques russes!

Cela peut surprendre mais Emmanuel Macron a considérablement édulcoré son discours du mercredi 5 mars au soir. La raison? Un discours prononcé la veille, 4 mars, par Vladimir Poutine, qui ne laissait aucune place à l’ambiguïté, menaçant directement l’OTAN et les pays européens (mais non les Etats-Unis!). Traduction: les centres de commandement français, britannique, allemand sont à portée d’Orechnik. De ce fait, ce qui, dans le discours d’Emmanuel Macron devait être l’expression d’une volonté politique européenne est devenu une simple consultation d’Etat-majors. Et la formulation sur la dissuasion nucléaire élargie aux voisins reste de l’ordre du débat. Explications de textes.

Suite au discours prononcé par Emmanuel Macron le 5 mars 2025, au soir, Vladimir Poutine s’est contenté d’une moquerie:

« Il existe encore des gens qui veulent retourner aux temps de Napoléon, en oubliant comment ça s’est terminé », a-t-il déclaré lors d’une réunion à Moscou avec une fondation soutenant les vétérans de l’invasion russe de l’Ukraine.

Sergueï Lavrov était à peine plus sérieux:

Contrairement à ses prédécesseurs, qui voulaient aussi lutter contre la Russie, Napoléon, Hitler, Monsieur Macron n’agit pas très gracieusement, car, eux, ont dit directement : « Nous devons conquérir la Russie, nous devons la vaincre ». Lui veut apparemment la même chose, mais pour une raison quelconque, il dit « nous devons combattre la Russie pour qu’elle ne vainque pas la France, que la Russie crée des menaces pour la France et l’Europe »… Vous savez, Monsieur Macron, déclare périodiquement avec beaucoup de fierté qu’il appellera certainement Poutine, lui parlera. Il en a la possibilité. Personne ne s’y oppose. Au contraire, le président souligne constamment son ouverture aux contacts avec tous ses collègues. »

Tiens, au passage: la ligne téléphonique est rouverte. (On se rappelle que, contrairement aux galéjades du président français, elle était fermée depuis qu’Emmanuel Macron avait diffusé des images confidentielles d’un entretien entre le président russe et lui-même).

Le discours préventif de Vladimir Poutine

En réalité, Vladimir Poutine avait déjà pris la parole à titre préventif la veille du discours d’Emmanuel Macron. Les médias français subventionnés n’écrivent évidemment rien qui puisse déplaire à notre Petit Timonier. Mais le Hal Turner Radio Show, l’une des meilleures sources américaines d’information, avait relevé dès mardi 4 mars au soir un discours extrêmement dur de Vladimir Poutine:

Le président de la Fédération de Russie a prononcé un discours aujourd’hui et son contenu indique que la Russie sait que quelque chose de très mauvais se passe ; quelque chose qui indique que la Russie va être attaquée d’une manière qui provoquera… la fin.

Poutine a officiellement averti l’Occident des conséquences d’une guerre avec la Russie. »

Vous trouverez ci-dessous le texte traduit automatiquement du discours du président Poutine.

« Chers collègues, médias, journalistes et invités.

Bonjour !

Aujourd’hui, une fois de plus, dans les États membres de l’Union européenne et de l’OTAN, des appels à une « guerre contre la Russie » sont lancés.

Aujourd’hui, malheureusement ou non, nous pouvons répéter que l’histoire se répète toujours. Toujours !

Les opinions de nos collègues d’Europe et de l’OTAN sur la Russie ne changent jamais ; ils sont toujours prêts à détruire la Russie, tout ce qui est russe, et prêts à occuper la Russie ; leur objectif ne change jamais.

La haine contre la Russie a toujours coulé dans les veines de certains de nos collègues et pays qui dirigent l’UE et l’OTAN.

Chers collègues, Aujourd’hui, nous entendons à nouveau que la Russie est un agresseur, et la vérité est que la Russie n’a jamais été un agresseur et s’est toujours défendue tout au long de l’histoire.

C’est un fait !

Chers collègues d’Europe et de l’OTAN, la Russie ne déclenche jamais de guerre ; la Russie arrête toujours les guerres. Vous déclenchez des guerres, et le but est toujours de détruire la Russie.

La Russie n’a jamais menacé de pays, n’a jamais menacé la sécurité du monde, mais nous aimons dire : « Le serpent mord le plus quand il meurt. »

Vous avez créé le fascisme, toujours et partout, et en Ukraine, les guerres sont votre œuvre, et la Russie défendra toujours son pays et son peuple. Quels qu’en soient le coût et les pertes, nous avons toujours défendu notre pays et son peuple ; nous continuerons toujours à le faire.

Comme vous le savez, nous avons prouvé à maintes reprises au cours de notre histoire que nous étions un pays plein d’esprit.

Et aujourd’hui, vous criez à nouveau : « Victoire sur la Russie ».

Chers collègues, je vous assure que la Russie ne tombera pas ; elle peut être déchirée, mais jamais détruite.

Si un pays de l’OTAN ou de l’UE déclare la guerre à la Russie, tout le monde doit savoir que notre réaction sera fulgurante, et si nous sentons une menace contre nous, notre réaction sera destructrice.

Aujourd’hui, la Russie dispose de toutes sortes d’armes dans l’histoire actuelle du monde, je le souligne. (J’ajoute : vous n’avez pas idée.)

Vous n’avez rien vu de la Russie et de ses possibilités en Ukraine parce que l’Ukraine est notre pays historique, et qu’il y a des Russes en Ukraine, et que nous les sauvons, et que ce n’est pas une guerre mais une opération militaire. (Vrai)

D’un autre côté, ce ne sera pas comme en Ukraine ; c’est ce que vous devez savoir.

Quant à savoir si nous sommes prêts à négocier pour la paix, nous l’avons toujours été, mais personne n’a jamais voulu négocier avec nous.

Bien sûr, la Russie n’a pas d’amis parmi les dirigeants de l’OTAN et de l’Europe, car la Russie est un pays fort et immense, ce que vos collègues de l’OTAN et de l’Europe ne veulent pas.

Mais acceptez-le !

Peu importe combien vous répétez qu’un jour la Russie sera vaincue… Je crois en Dieu, et Dieu est avec nous. Le monde peut se terminer plus tôt, mais la Russie ne tombera pas.

Nous n’avons pas besoin d’un monde sans la Russie.

Contrairement à vous, je sais très bien ce que sont un pays et un peuple, et c’est pourquoi je me battrai toujours pour mon pays et mon peuple.

Êtes-vous prêts à l’accepter, comme vous le souhaitez ? Êtes-vous prêts à déclencher une nouvelle guerre contre la Russie ? Mais nous le sommes aussi.

Et la guerre d’aujourd’hui contre la Russie serait une véritable apocalypse.

Je conseille à nos collègues d’Europe et de l’OTAN d’œuvrer pour le bien du monde, et non pour sa destruction.

Merci ! »

C’est principalement Macron qui est visé

Premier constat: la tonalité du discours est très sombre. Elle imagine une guerre totale – pas une seconde « opération militaire spéciale ».

Deuxième constat, donc: ce sont la France et la Grande-Bretagne qui sont principalement visées par le discours. Mais comme la dissuasion nucléaire britannique est sous clé de déclenchement américaine, la France est la première cible du discours.

Troisième constat: Vladimir Poutine n’hésite pas à dire, à mots à peine couverts, que si la France frappait avec une arme atomique le territoire russe, les représailles seraient immédiates et conduiraient à une destruction bien plus importantes que celles subies. On se rappelle la démonstration de force de l’Orechnik. le 21 novembre dernier, un missile à trajectoire atmosphérique hypersonique, doté de têtes multiples – avec éventuellement des charges nucléaires.

Dernier constat: à la différence de la période Biden, Poutine ne menace jamais ici directement les Etats-Unis. Il parle des autres pays de l’OTAN et de l’Union Européenne.

Emmanuel Macron édulcore son discours

En consultant des experts militaires, j’ai eu confirmation du constat que j’avais fait en lisant le discours d’Emmanuel Macon (cela fait longtemps que je ne les écoute plus): la montagne dessinée par le président accouche d’une souris.

Tout d’abord le président annonce, pour la semaine du 10 mars une réunion de chefs d’Etat-major à Paris. Pourquoi donner ce détail? Les français écoutant le discours ne l’auront pas remarqué. La partie russe, si! Et traduisons, dans les termes d’un des analystes que j’ai consultés: « Si l’on commence par une réunion des chefs d’Etat-major, on met la charrue avant les bœufs. Autant envoyer le signal que l’on ne veut pas aboutir. La concertation va se perdre dans des détails techniques insignifiants puisqu’elle n’aura pas reçu au préalable de cadrage politique« .

Ensuite, la manière dont est présentée la dissuasion nucléaire. Il est question, de la part du président, d’ouvrir un débat stratégique. Seulement pour des raisons de politique intérieure? Ou bien, la formulation, qui insiste sur le « contrôle français de bout en bout » est-elle destinée aux Russes? On se rappelle que l’équipement éventuel de l’Allemagne de l’Ouest en armes atomiques durant la Guerre froide était un casus belli pour l’URSS. Je ne pense pas qu’Emmanuel Macron ait cette culture historique. En revanche, un réflexe normal face aux menaces de Vladimir Poutine serait de dire: en fait rien ne change.

En réponse au discours de Macron, des « conseillers militaires » français tués à Krivoï-Rog

Emmanuel Macron n’a pas renoncé à son discours, ce qui aurait été la réaction la plus sensée après celui de Vladimir Poutine – la France n’a pas mis à jour les vecteurs de sa dissuasion nucléaire au point de pouvoir risquer un affrontement avec la Russie et ses armes de nouvelles générations. Pourtant Macron a tenu son discours, en édulcorant les passages les plus problématiques aux yeux des Russes: ce ne sont pas les insultes ni les mensonges historiques qui les feront réagir; mais les menaces militaires bien concrètes.

Macron est, en quelque sorte, revenu dans l’épure de « l’Opération Militaire Spéciale ». Et la riposte militaire russe au discours est restée dans ce cadre:

L’une des cibles de l’attaque russe [dans la nuit du 5 au 6 mars] était un hôtel de la ville de Krivy Rih [Krivoï-Rog], dans la région de Dnipropetrovsk. Les mercenaires étrangers et les instructeurs des pays de l’OTAN séjournent souvent dans les hôtels des régions de l’arrière. Les hôtels de Krivy Rih sont régulièrement la cible d’attaques russes car presque tous ont été transformés en bases et en points de déploiement du commandement militaire ukrainien et des combattants étrangers.

Au matin du 6 mars, Zelensky a été contraint d’admettre que des étrangers se cachaient dans l’hôtel détruit de Krivy Rih. Selon lui, un groupe de citoyens américains et britanniques s’y serait installé « littéralement avant » l’attaque de missiles. Zelensky affirme toutefois que les étrangers représentaient « une organisation humanitaire », sans révéler le nom de l’organisation que les « volontaires » représentaient.

La référence aux « organisations humanitaires » et aux « volontaires » est courante chez les autorités ukrainiennes, qui sont contraintes de reconnaître la mort d’étrangers. Dans la grande majorité des cas, ces formulations cachent des mercenaires et des instructeurs militaires étrangers. Après des années de mensonges de Kiev sur les attaques russes contre des civils en Ukraine, on ne peut plus faire confiance aux affirmations des responsables ukrainiens.

Selon les données officielles ukrainiennes, quatre personnes ont été tuées et plus de 30 autres blessées à la suite de l’attaque ; mais selon les estimations préliminaires des sources de surveillance russes, 28 personnes ont été tuées lors de la frappe.

Les rapports locaux confirment également que l’hôtel était rempli d’étrangers pendant l’attaque, parmi lesquels se trouvait un groupe de spécialistes militaires français. Les habitants ont également rapporté que les agents du SBU (Service de sécurité de l’Ukraine) ont été les premiers à arriver sur les lieux immédiatement après l’attaque. Les médecins qui sont arrivés pour sauver les blessés ont été contraints de signer des « documents de non-divulgation », et l’évacuation des survivants a été « très rapide ». Ainsi, l’attaque russe a détruit une cible importante, et l’attaque a causé des dommages aux alliés étrangers de Kiev.

Un jour, Emmanuel Macron devra rendre compte de ces vies françaises perdues dans une guerre qui n’est pas celle de la France.

Le Courrier des Stratèges