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par Edouard Husson

Poutine à propos de la proposition de cessez-le-feu en Ukraine: « P’têt’ ben qu’oui, ptêt’ ben qu’non! »

A l’occasion d’une conférence de presse commune avec le président biélorusse, qu’il recevait au Kremlin, le président russe a commenté le projet de cessez-le-feu américano-ukrainien. Il n’a pas rejeté le principe d’un cessez-le-feu mais souligné que beaucoup de questions pratiques n’étaient pas traitées par la proposition élaborée par Washington et Kiev. En réalité, ses propos s’adressaient exclusivement à Donald Trump.

Représentation des Varègues, ces « Vikings de l’Est », fondateurs du premier Etat russe (A. Krivchenko, 1889).

Vladimir Poutine se souvient-il que des Normands – les Varègues – sont à l’origine du premier Etat russe? En tout cas, c’est par un « P’têt’ ben qu’oui, p’têt’ ben qu’non! » qu’il a répondu à la proposition américano-ukrainienne de cessez-le-feu. Le président russe s’est exprimé lors de la conférence de presse commune qu’il a tenue avec le président biélorusse Alexandre Loukachenko.

On ne saurait trop souligner l’importance du rapprochement biélorusse, depuis trois ans. C’est une des composantes de la défaite stratégique de l’OTAN: alors que les relations entre les deux pays étaient encore assez distantes en 2022, la Guerre d’Ukraine les a rapprochés jusqu’à leur faire concevoir un partenariat stratégique. Sauf concession américaine majeure, des missiles hypersoniques Orechnik, éventuellement chargés de têtes nucléaires, seront installés à la demande de la Biélorussie sur son territoire.

C’est à la lumière du continuum territorial Russie-Biélorussie, qui est comme un coin avancé dans le dispositif de l’OTAN que l’on doit évaluer les propos tenus par le président russe concernant le règlement de la Guerre d’Ukraine.

Vladimir Poutine à propos du projet de cessez-le-feu

La transcription officielle de la conférence de presse tenue en commun par Poutine et Loukachenko n’est pas encore disponible sur le site du Kremlin au moment où je publie cet article. Je me reporte donc au compte-rendu de l’agence officielle russe TASS:

MOSCOU, 13 mars. /TASS/. La proposition de cessez-le-feu est valable et la Russie la soutient ; cependant, plusieurs questions doivent encore être discutées, a déclaré le président Vladimir Poutine à l’issue de ses entretiens avec son homologue biélorusse, Alexandre Loukachenko. Le dirigeant russe a souligné que Moscou était prête à négocier les prochaines étapes pour mettre fin au conflit en Ukraine et parvenir à des accords acceptables en fonction de l’évolution rapide de la situation sur le terrain, qui évolue en faveur de la Russie. TASS a compilé les principales déclarations du président. (…)

La Russie est d’accord avec les propositions visant à mettre fin aux hostilités, mais affirme que « cet arrêt doit conduire à une paix à long terme et s’attaquer aux causes profondes de la crise ».

« Nous sommes favorables, mais il y a des nuances », a fait remarquer Poutine.

Tout en reconnaissant que « l’idée en elle-même est bonne », il a souligné la nécessité de poursuivre les discussions : « Je pense que nous devrions communiquer avec nos collègues et partenaires américains, peut-être même organiser un appel avec le président [Donald] Trump. »

La Russie déterminera les prochaines étapes pour résoudre le conflit en Ukraine « en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain ». (…)

La dynamique le long de la ligne d’engagement entre les forces armées russes et l’armée ukrainienne évolue rapidement en faveur de la Russie : « Hier, lors d’un rapport, le commandant du groupe de combat Nord et son adjoint m’ont informé : « Demain, Soudja sera entre nos mains ». C’est précisément ce qui s’est produit. »

La Russie maintient le contrôle total de la situation dans la région de Koursk : « Le groupe qui a envahi notre territoire est désormais isolé. Il est complètement isolé et soumis à un contrôle total des tirs. »

Il devient de plus en plus impossible pour les forces ukrainiennes d’échapper à l’encerclement près de Koursk : « Le contrôle des troupes ukrainiennes dans cette zone d’incursion a été perdu. »

L’Ukraine bénéficierait d’une trêve de 30 jours compte tenu de la situation dans la région de Koursk : « Si nous cessons les hostilités pendant 30 jours, qu’est-ce que cela implique ? Est-ce que tout le monde à l’intérieur partira simplement sans résistance ? Allons-nous les laisser sortir après qu’ils ont commis de nombreux crimes contre des civils ? Ou bien les dirigeants ukrainiens vont-ils donner l’ordre de déposer les armes ? Comment cela va-t-il se dérouler ? Cela reste incertain.

Les forces russes avancent dans presque toutes les zones d’engagement : « Les conditions sont également en train d’être mises en place pour que nous puissions bloquer complètement des unités assez importantes. » (…)

La surveillance du cessez-le-feu en Ukraine sera difficile si les combats cessent : « Qui déterminera où et qui a violé un éventuel accord de cessez-le-feu le long d’une ligne de 2 000 kilomètres ? Qui attribuera la responsabilité des violations ? Ce sont toutes des questions qui nécessitent un examen approfondi des deux côtés. » (…)

La Russie a entamé des négociations, à huis clos, avec certaines entreprises étrangères, à l’initiative de ces dernières, pour qu’elles reviennent sur le marché russe. M. Poutine a déclaré : « Le retour de certains partenaires occidentaux sur notre marché pourrait avoir un impact positif sur leurs entreprises comme sur les nôtres. » Des avantages seront accordés aux entreprises nationales, mais uniquement « dans le cadre des normes de l’OMC ». La Russie est prête à accueillir les entreprises qui reviennent : « À ceux qui souhaitent revenir, nous disons : « Bienvenue, à tout moment. » Cependant, il n’y aura pas de traitement préférentiel : « Si certaines niches sont occupées, elles le resteront. Nous ne créerons pas d’avantages spéciaux pour quiconque reviendrait sur nos marchés. »

Les sanctions occidentales ont fourni à la Russie une base solide pour « l’indépendance et la souveraineté ». Le pays continuera à renforcer sa souveraineté technologique : « Nous poursuivrons sans aucun doute tous nos programmes visant à accroître notre autonomie technologique. »

Des déclarations adressées à Donald Trump

Il saute aux yeux que Vladimir Poutine parlait pour Donald Trump:

+ Il ne veut pas braquer le président américain et donc ne rejette pas le projet de cessez-le-feu, aussi mal ficelé soit-il.

+ Il réaffirme que seuls les Etats-Unis comptent, pour la Russie, comme partenaire de négociation.

+ Il pose des questions pratiques sur le cessez-le-feu, les seules susceptibles de retenir l’attention de son interlocuteur.

+ Le président russe finit en faisant miroiter le retour d’entreprises américaines en Russie.

Vladimir Poutine saisit l’occasion d’un retour au dialogue américano-russe. Il confirme que l’objectif russe est un accord de paix, non un cessez-le-feu provisoire. Il constate le rapport de forces militaire sur le terrain et fait comprendre – ce que Trump n’aura aucun problème à saisir s’il se met en face de la réalité militaire – que la Russie ne va pas se priver de forcer ‘larmée ukrainienne à la capitulation.

Le Courrier des Stratèges