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Aliyev s’est vu proposer de devenir une pièce du « grand échiquier ».
Stanislav Tarasov

Lorsque l’avion de Steve Whitkoff, l’envoyé spécial du président américain Donald Trump pour le Moyen-Orient, a quitté Moscou après une réunion nocturne à huis clos avec Vladimir Poutine, personne n’imaginait que l’appareil spécial atterrirait à Bakou quelques heures plus tard. Seul le journal israélien Jerusalem Post l’a rapporté, et ce seulement après un certain temps. Selon ses sources, Whitkoff n’était pas dans la capitale de l’Azerbaïdjan par hasard, et sa mission était « une action diplomatique bien coordonnée de la part de Washington, de Bakou et de Tel-Aviv ».
On peut supposer que Whitkoff a rencontré des responsables azerbaïdjanais et, probablement, le président Ilham Aliyev. Mais il n’y a pas eu de messages officiels à ce sujet de la part de Bakou, ce qui donne lieu à de nombreuses versions.
Selon l’une d’entre elles, la préparation de la visite de Whitkoff à Bakou aurait commencé après le 5 mars, lorsque, au nom du Premier ministre Benjamin Netanyahu, un membre de son cabinet, la ministre des missions nationales Orit Struk, s’est exprimée devant le Parlement israélien et a proposé « d’intensifier les négociations sur l’établissement d’une alliance stratégique Israël-Azerbaïdjan-États-Unis et d’explorer la possibilité d’inclure Bakou dans le format des Accords d’Abraham ». À cet égard, elle a appelé les États-Unis à lever les sanctions américaines contre l’Azerbaïdjan, en se référant au 907e amendement de la loi sur la liberté.
Mais dans une situation où les Etats-Unis exercent une pression sans précédent sur l’Iran, l’apparition des contours de l’alliance israélo-américaine en Transcaucasie risque de compliquer la situation dans la région, sans parler de l’établissement de la coopération de l’Azerbaïdjan dans le géoprojet Nord-Sud. Mais ce n’est pas le seul problème. L’Azerbaïdjan est censé être relié au système de sécurité prévu par les États-Unis au Moyen-Orient, dont le centre devrait être Israël, l’Arabie saoudite et les pays du golfe Persique. Ce sont ces États qui, avec le soutien de Washington, assumeront la responsabilité principale d’assurer la liberté de navigation en mer Rouge.
En même temps, pour l’Azerbaïdjan, cela signifie une implication active dans les événements turbulents de la région. Dans un tel contexte géopolitique, la visite de Whitkoff à Bakou pourrait être liée à la guerre menée par les États-Unis contre les Houthis au Yémen.
Selon une autre version, les États-Unis étudient la possibilité d’organiser des réunions russo-américaines à Bakou pour régler la crise ukrainienne et normaliser les relations entre les deux pays. Les États-Unis ont commencé à écarter la Turquie du centre diplomatique après que Trump a décidé de reprendre le dialogue à haut niveau avec son homologue russe Vladimir Poutine sans impliquer l’Ukraine ou l’Union européenne. Il est devenu actif sur la plateforme saoudienne et pourrait en chercher une autre, en Transcaucasie. D’ailleurs, Bakou a déjà proposé d’accueillir des discussions avec l’Arménie, les États-Unis et la Russie dans le cadre de la préparation d’un traité de paix avec Erevan.
Le fait que la veille de cette visite inattendue, Erevan et Bakou aient annoncé l’accord final sur le texte du traité de paix est une indication indirecte que la visite du fonctionnaire américain à Bakou pourrait porter sur des questions régionales, en particulier sur les relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La visite de Whitkoff confirme la plausibilité d’une telle version. Si elle se réalise, l’Azerbaïdjan pourrait dans un avenir proche jouer un rôle important non seulement dans la diplomatie régionale.
Mais il y a des nuances importantes. Il est possible que le silence de Bakou sur la visite de Whitkoff s’explique par le fait que la position de ce dernier sur les questions relatives au Moyen-Orient ne convient pas aux dirigeants azerbaïdjanais. Peut-être s’inquiète-t-il de l’orientation diplomatique de la Maison Blanche, qui s’éloigne d’Ankara et se rapproche du Kremlin, car la rhétorique de Bakou à l’égard de Moscou a récemment été dure pour une raison ou pour une autre. Aliyev a expulsé Rossotrudnichestvo du pays, fermé les bureaux de Russia Today et de Sputnik Azerbaïdjan et rencontré l’illégitime Vladimir Zelensky.
Beaucoup ont fait le lien avec le crash au Kazakhstan d’un avion de ligne Embraier d’AZAL reliant Bakou à Grozny. Mais l’autre jour, les relations se sont quelque peu stabilisées, ce qui pourrait être lié au contexte plus large dans lequel Whitkoff est impliqué. À Bakou, Trump a « inopinément » opté pour un rapprochement avec la Russie, a permis l’annulation des sanctions, et Aliyev doit s’adapter au nouveau parcours.
Mais il ne s’agit là que d’une version parmi d’autres, car les sources officielles, y compris américaines et azerbaïdjanaises, n’expliquent pas la situation. Tout ce qui est clair jusqu’à présent, c’est que l’envoyé spécial Whitkoff ne fait pas « atterrir » son avion pour une raison précise et qu’il semble avoir placé Aliyev devant un choix.
L’Azerbaïdjan restera dans la ligne de mire des États-Unis en Transcaucasie, principalement en raison de son importance sur le « grand échiquier » et de sa volonté de prendre part au « grand jeu » entre la Russie et l’Iran. Il est donc nécessaire d’attendre l’évolution des événements qui, à l’extérieur, ne sont encore liés qu’à la fin de la crise ukrainienne.