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Occupé à conclure cette semaine ses négociations de coalition gouvernementale, le futur chancelier allemand a tardé à réagir aux annonces douanières du Président américain. Les chrétiens-démocrates perdent des plumes dans les sondages d’opinion.
Delphine Nerbollier

L’Allemagne sera l’un des pays européens les plus touchés par la hausse annoncée des droits de douane américains. L’Institut IW de Cologne évalue les pertes financières à 200 milliards d’euros pour cette nation industrielle exportatrice, dans les quatre ans à venir. Ces droits de douane pourraient lui faire perdre 0,3 point de croissance et lui faire vivre une troisième année de récession économique.
Or, depuis les annonces de Donald Trump la semaine dernière, on peine à connaître la position du futur gouvernement allemand sur la réponse européenne à apporter. Il a fallu attendre cinq jours et une baisse de 10 points de la Bourse de Francfort ce lundi matin pour que le très probable futur chancelier, Friedrich Merz, brise en partie son silence, dans un entretien avec l’agence Reuters. « La situation sur les marchés internationaux des actions et des obligations est dramatique et menace de s’aggraver. Il est plus urgent que jamais que l’Allemagne rétablisse au plus vite sa compétitivité internationale. »
Concentré sur les négociations
Alors que Donald Trump bouleverse le système commercial mondial, Friedrich Merz se concentre en effet sur la formation de son futur gouvernement avec les sociaux-démocrates du SPD. Si tout va bien, il pourrait clore ces négociations d’ici à la fin de la semaine, avant son élection à la chancellerie, par le Bundestag, début mai. D’ici là, les membres du SPD devront approuver cet accord de coalition, par un vote. Les chrétiens-démocrates le feront eux via un congrès exceptionnel.
Face à la discrétion de Friedrich Merz, les responsables du gouvernement sortant, encore en fonction, ont commenté la situation, à commencer par le ministre de l’Économie, l’écologiste Robert Habeck, qui établit une comparaison entre le jour de l’annonce des tarifs douaniers américains et le début de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine. Ce lundi, à Bruxelles, il a prôné une réaction « calme et prudente, mais aussi claire et déterminée » de la part de l’Union européenne, avec des contre-mesures aux droits de douane imposés par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium, une augmentation de la pression dans le secteur pharmaceutique et la mise en place d’une taxe sur le numérique. Cette position, de la part d’un ministre qui sera bientôt sur le banc de l’opposition, sera-t-elle celle du futur chancelier ? À ce stade, on peine à le savoir.
L’objectif de Friedrich Merz est de relancer la compétitivité de son pays, affaibli par deux années de récession.
Une chose semble sûre : l’objectif de Friedrich Merz est de relancer la compétitivité de son pays, affaibli par deux années de récession, comme réponse interne à la politique américaine. « Nous avons besoin de baisses d’impôts pour les entreprises et les citoyens, d’une réduction sensible de la bureaucratie paralysante, d’une baisse des prix de l’énergie et d’une stabilisation des coûts des systèmes de sécurité sociale », a-t-il listé ce lundi.
Parviendra-t-il à s’imposer sur ces thèmes face à ses partenaires sociaux-démocrates ? C’est tout l’enjeu de cette dernière semaine annoncée de négociations, alors que le SPD plaide, de son côté, pour des hausses d’impôts pour les plus riches. À ce point de désaccord, central, s’ajoutent les différends sur la politique migratoire dont Friedrich Merz a fait son fer de lance pendant la campagne électorale. Son plan en cinq points, prévoyant entre autres, des contrôles permanents aux frontières, pourrait perdre de sa substance.
Au sein de la droite conservatrice, l’insatisfaction face à Friedrich Merz grandit. La section jeunesse de la CDU menace de voter contre l’accord de coalition si son chef n’impose pas de changement de fond en matières économique et migratoire. Elle le critique aussi pour avoir retourné sa veste en faisant voter par le Bundestag un vaste plan d’investissements, contraire à ses promesses électorales.
Les sondages confirment ce sentiment. Six semaines après les législatives, les chrétiens-démocrates sont en chute, à 24 % de soutien, à égalité avec l’extrême droite de l’AfD… La pression sur Friedrich Merz ne pourrait être plus forte.