par Edouard Husson

Ukraine: Emmanuel Macron entre soliloque et humiliation

Deux images récentes d’Emmanuel Macron à propos de l’Ukraine! La semaine dernière, une énième leçon à la Russie. Et puis, samedi, l’humiliation: le président français s’est fait éconduire par Donald Trump alors qu’il cherchait à imposer un entretien à trois avec Zelensky. Le président sans racines n’est plus pris au sérieux ni à Washington ni à Moscou.

Jeudi 24 avril, depuis Madagascar, Emmanuel Macron traitait Vladimir Poutine de menteur.

Samedi 26 avril, le même Emmanuel Macron se faisait éjecter d’une rencontre entre Donald Trump et Vladimir Zelensky:

“You shouldn’t be here,” — Trump tells Macron to leave a meeting with Zelensky at the Vatican.

Lip-reading experts noted that Trump told Macron he shouldn’t be involved in the meeting with Zelensky: “You’re wrong. I need you to do me a favor — you shouldn’t be here.”… pic.twitter.com/3r3xonQ3Oz

— Zlatti71 (@Zlatti_71) April 27, 2025

Ce recul de l’histoire qui manque à Emmanuel Macron

Dans les Mémoires d’Outre-Tombe, au chapitre 13 du Livre XXIX, François-René de Chateaubriand écrit:

Il y a sympathie entre la Russie et la France ; la dernière a presque civilisé la première dans les classes élevées de la société ; elle lui a donné sa langue et ses mœurs. Placées aux deux extrémités de l’Europe, la France et la Russie ne se touchent point par leurs frontières, elles n’ont point de champ de bataille où elles puissent se rencontrer ; elles n’ont aucune rivalité de commerce, et les ennemis naturels de la Russie (les Anglais et les Autrichiens) sont aussi les ennemis naturels de la France.

En temps de paix, que le cabinet des Tuileries reste l’allié du cabinet de Saint-Pétersbourg, et rien ne peut bouger en Europe. En temps de guerre, l’union des deux cabinets dictera des lois au monde ».

Lisez tout le chapitre chez Chateaubriand: il recommande non pas un alignement continu sur la Russie mais il dresse un éventail des attitudes possibles de Paris, qui va de la neutralité à l’alliance avec Moscou, selon les sujets.

Qui se souvient que Chateaubriand a été un éphémère ministre des Affaires étrangères, sous la Restauration? En revanche, on se rappelle le visionnaire, qui avait de sombres pressentiments, en constatant que le Congrès de Vienne avait installé la Prusse sur le Rhin. Et qui devinait le piège dans lequel la France allait se laisser entraîner, à s’allier à l’Angleterre et à l’Empire ottoman contre la Russie.

En 1870, lorsque la France fut attaquée par la Prusse, la Russie n’intervint pas. Curieux destin que celui des deux Napoléons, qui ont perdu leur trône suite à des guerres contre la Russie.

Il revint à la République de rechercher l’alliance russe, celle qui a sauvé la France pendant les terribles premières semaines d’août-septembre 1914. Cette même alliance fit cruellement défaut en mai-juin 1940.

Dans le dernier siècle, la France a reproduit quatre fois fois un même cycle: rapprochement avec la Russie puis abandon de ses engagements:

+ le traité franco-soviétique négocié par Louis Barthou en 1934 fut vidé de son contenu par Pierre Laval en 1935.

+ le nouveau traité franco-soviétique, signé par le Général de Gaulle avec Staline fut dénoncé par l’URSS lorsque la France soutint l’entrée de l’Allemagne de l’Ouest dans l’OTAN.

+ Le rapprochement franco-soviétique des années 1960 et 1970 fut ensuite vidé de sa substance lorsque François Mitterrand soutint l’installation des Pershing en Europe de l’Ouest puisque lorsqu’il refusa de soutenir Mikhaïl Gorbatchev, lorsque ce dernier lui demanda d’obtenir que l’Allemagne réunifiée ne fût pas dans l’OTAN.

+ une quatrième fois, ce cycle s’est produit, du nouveau rapprochement franco-russe initié par Jacques Chirac et, pour l’essentiel maintenu par Nicolas Sarkozy. mais ce dernier avait fait rentrer la France dans le commandement intégré de l’OTAN Et François Hollande puis Emmanuel Macron n’ont pas résisté à la pression des alliés occidentaux concernant l’Ukraine.

Histoire et sens des intérêts français

Je ne demande pas à Emmanuel Macron de se souvenir de la générosité du tsar Alexandre lors de l’occupation de la France en 1814-1815. En revanche, il est une histoire qui aurait dû peser, positivement, sur les choix des gouvernants français, c’est celle de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre germano-soviétique et de la résistance française.

Malheureusement, l’historiographie française s’est laissée influencer sur trois points:

+ elle s’est alignée sur l’Allemagne et sa lecture édulcorante de la guerre d’extermination menée par le régime nazi contre les peuples d’URSS.

+ elle a accepté la lecture américaine des origines de la Guerre froide – présentant celle-ci comme inéluctable alors qu’elle était évitable.

+ elle a accepté de qualifier l’histoire gaulliste et communiste de la Résistance comme une série de mythes.

A force de déraciner la diplomatie française, on arrive à des catastrophes comme les gesticulations d’Emmanuel Macron, gâchant toutes nos relations avec la Russie – alors qu’il aurait dû, au moins, adopter la neutralité préconisée par Chateaubriand; et ne trouvant pas faveur, pour autant, auprès du président Trump.

Le Courrier des Stratèges