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par Edouard Husson

Meurtre d’Alès: quelle politique après l’effondrement de la droite et de la gauche, impuissantes à maîtriser l’immigration?

A l’occasion du meurtre d’Alès, plusieurs des blocages français apparaissent au grand jour. A la gauche de la gauche on met en avant la religion musulmane de la victime. A la droite de la droite on a fait des contorsions pendant deux jours pour ignorer que la victime est musulmane et que le tueur a exprimé sa haine des musulmans. Où est passée la France et sa fabrique des citoyens dans cette affaire? Au centre gauche, on semble craindre que l’islamophobie du meurtrier amène à remettre en cause le discours dominant qui sert à légitimer le comportement d’Israël dans un « choc des civilisations ». Et au centre droit, on explique qu’on aime bien le couscous mais que tout cela serait la faute des Frères musulmans. A vrai dire, c’est toute une classe politique qui apparaît singulièrement dépassée par les conséquences de l’immigration des cinquante dernières années. Il serait temps de revenir aux sources de notre histoire et de repenser la France dans les termes qui l’ont fondée, ceux de l’Empire romain capable d’étendre la citoyenneté progressivement à tous ceux qui habitent en-deçà du limes.

Depuis deux jours, nous assistons au degré zéro de la politique. Je n’ai pas besoin de m’étendre sur les contorsions à la droite de la droite, tant elles sont pathétiques. Dans cette partie de l’échiquier, on pense qu’un musulman est un islamiste et un islamiste ça poignarde un bon Français de souche, c’est même programmé pour cela. Alors, vous pensez, un musulman victime de plus de cinquante coups de couteau. Et, selon les premiers témoignages, des propos islamophobes…..Il y a un virus dans le logiciel identitaire.

Evidemment, les affreux gauchistes qui se sont réunis pour dénoncer le climat islamophobe qui caractérise une France dont les milieux dirigeants ferment les yeux sur les horreurs commises par les Israéliens à Gaza – en fait, ils sont complices, ces incorrigibles gauchistes ont ma sympathie. J’aime bien ces incorrigibles Gaulois égalitaires, qui révèlent qu’au fond l’extrême droite, la droite version Retailleau-Wauquiez et le macronisme ne pensent pas très différemment.

Trois nuances d’islamophobie

Quelle différence, en effet entre l’identitaire Jordan Florentin…..

FLASH — Le « journaliste » d’extrême droite Jordan Florentin, de son vrai nom Jordan Da Rocha, est épinglé après avoir diffusé des fake-news sur l’ATTENTAT ISLAMOPHOBE de la mosquée d’Alès.

Celui-ci affirmait que la thèse d’un acte ISLAMOPHOBE révèle « de l’absurde ». pic.twitter.com/u6eXZHh4Os

— Alertes Racisme (@AlertesRacisme) April 26, 2025

…. l’éternel « bébé Sarko » Wauquiez:

Laurent Wauquiez veut « classer Les Frères musulmans en organisation terroriste » pic.twitter.com/uXRvYyE29u

— BFMTV (@BFMTV) April 27, 2025

…. et le socialiste Jérôme Guedj ?

Si @JeromeGuedj a été éjecté du rassemblement d’hier à République, c’est peut-être parce que pour lui, l’islamophobie est juste un « concept politique » inventé…

La famille d’Aboubakar, assassiné par un acte reconnu par tous comme islamophobe, va être ravie de l’apprendre. pic.twitter.com/QKVnlxhNxi— Stéphane K (@S_Kbreizh) April 28, 2025

Pour autant, l’émotion LFIste ne sort pas du débat ethno-culturel imposé à la France depuis quarante ans, lorsque l’ancien sympathisant de l’Action Française devenu socialiste, François Mitterrand, laissa s’installer « SOS Racisme » puis se délecta de faire monter le Front National pour enfermer les Français dans un débat stérile.

La classe politique française est dépassée

Voici ce qu’on lisait immédiatement après l’assassinat:

Le suspect dans le meurtre commis, hier, vendredi 25 avril, dans la mosquée de La Grand-Combe, près d’Alès, dans le Gard, est un homme de nationalité française, d’origine bosniaque et il n’est pas musulman. d’insulter « Allah », en lançant à deux reprises « Je l’ai fait […], ton Allah de m… », dans une vidéo un moment sur internet avant qu’elle ne soit retirée. Il s’est lui-même en train de filmer son acte barbare avec un téléphone portable devant sa victime agonisante.

En attendant des confirmations, on aurait donc un Malien immigré en France et de religion musulmane tué par un Français « d’ascendance bosniaque ». Croate? Au fait, pourquoi se croit-on obligé, si le meurtrier est Français, de parler de son ascendance? Avait-on l’espoir que ce soit un musulman qui ait tué un autre musulman? Ou bien s’agit-il de prouver que tout cela c’est une affaire d’étrangers? Aux dernières nouvelles, l’assassin présumé, qui avait pris la fuite en Italie, se serait déclaré prêt à l’extradition vers la France – tout en niant farouchement avoir agi pour des motifs religieux.

Précisément, rien ne dit mieux combien la classe politique française est dépassée. Cela fait quarante ans que la fabrique des citoyens ne fonctionne plus car SOS Racisme et le Front National l’ont saccagée, alliés objectifs pour installer en France, sous influence anglo-germanique, un débat ethno-culturel étranger à notre histoire et à notre tradition politique.

Quatre décennies plus tard, la France reçoit sur son territoire quelques centaines de milliers d’étrangers tous les ans. Pas grand chose n’est fait, ni politiquement, ni économiquement, pour les intégrer. Et l’on a vu, progressivement, au-delà du grand cirque « républicain » sur la nécessité de combattre le racisme, une majorité se dessiner pour faire des « Arabo-musulmans » les boucs-émissaires de l’incurie gouvernementale en générale.

On a d’ailleurs une situation bizarroïde, où le système politique, longtemps fixé sur l’épouvantail lepéniste bascule désormais vers un autre point de fixation, avec une oscillation pour savoir s’il faut continuer à dénoncer « l’extrême-droite » ou s’il faut désormais cibler le grand méchant L(oup)FI.

A crise d’ampleur, réponse historique

Les concepts plan-plan de la bien-pensance républicaine ne fonctionnent plus. Front républicain, laïcité, vivre-ensemble…..Face à ces mots de plus en plus creux, la droite dite nationale a inventé l’identité et le populisme. Mais elle n’a pas plus l’intention d’arriver au pouvoir que les autres n’ont l’intention de gouverner efficacement la France.

Surtout, il faut sortir du débat ethno-culturel et personne ne semble capable de le faire. Un bon exemple est la manière dont le discours sur l’identité chrétienne de la France a été détourné vers l’idée d’un combat « judéo-chrétien » contre l’Islam.

Pour ma part, je propose quelques idées simples, plus conformes à notre histoire:

+ la France n’est pas « gauloise » ni menacée de « grand-remplacement ». Elle est gallo-romaine. A chaque génération, il y a un peuple souche, « gaulois » et une assimilation de nouveaux citoyens par la fabrique civique que nous avons héritée de Rome.

+ le mouvement essentiel de l’histoire romaine est celui d’une accession progressive de tous les habitants vivant sous souveraineté romaine à la citoyenneté. Un mouvement qui s’est achevé en 212 avec l’edit de Caracalla.

+ La France est née de l’accès précoce des Gaulois à la romanité. Lorsque César fut assassiné, ses successeurs cessèrent de donner la priorité à l’Orient. Surtout, Auguste, décida de faire de la Gaule conquise par César le pilier de son empire. En 48, l’empereur Claude demanda au Sénat d’accepter dans ses rangs des Gaulois. C’est la véritable naissance politique de la France.

+ Les juristes du Moyen-Age le disaient: « le roi de France est empereur en son royaume ». Tout au long de notre histoire a régné le sentiment que la France était essentiellement romaine, qu’elle cherchait à faire un peuple dans les frontières de « l’Empire ». C’est François Ier qui a inventé le « droit du sol ».

Quelles conséquences en tirer pour aujourd’hui? L’Etat-nation issu de la Révolution reposait sur l’idée d’une population ethniquement homogène, relativement; même si la France s’enorgueillissait d’être assimilatrice. Identité française et assimilation ont été piétinées depuis quarante ans par la classe politique quasi-unanime.

Heureusement, nous sommes les « fils aînés de l’Empire romain ». Nous pouvons nous débarrasser de la formule « nos ancêtres les Gaulois » parce que nous sommes des Gallo-Romains! De même que la France monarchique, profondément romaine, s’est réinventée dans une République assimilatrice, profondément romaine, de même la France de 2025 doit se réinventer comme un petit « empire romain », capable de faire de tous ceux qui habitent sur son territoire des « citoyens » au sens romain.

Nous devons basculer vers un « Etat empire ». Comme dans l’Empire romain, vivent sur notre territoire des Européens, des Africains, des Orientaux veant d’une Asie plus ou moins proche….Comme dans l’Empire romain coexistent bien des religions sur notre territoire. Nous avons besoin d’un Etat fort, au sens régalien, qui fasse de tous les habitants de notre petit empire des Français. Nous avons besoin d’un Etat héritier de la monarchie et de la République gaullienne, qui emmène les Français vers de grandes réalisations économiques. Nous avons besoin d’une diplomatie mondiale, rayonnante, s’appuyant en particulier sur nos territoires d’outremer. Nous avons besoin de refonder une culture, une éducation, une civilisation française.

Il est urgent de refonder la France, pour éviter que se produisent, chaque semaine, des assassinats nés de l’anomie d’une société désarticulée par le débat ethno-culturel.

Le Courrier des Stratèges