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Trump ne veut pas être pris en otage par Israël. Mais peut-il obtenir sa liberté ?

Stanislav Tarasov

le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (Photo : AP/TASS).

« La lune de miel entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est terminée plus tôt que prévu ». C’est la conclusion qu’a tirée l’écrivain et analyste israélien Yossi Werther après la conclusion de l’accord de paix entre les États-Unis et les Houthis.

Israël a tenté de l’empêcher jusqu’au dernier moment en bombardant l’aéroport de Sanaa. Il n’y est pas parvenu.

Et les Etats-Unis ont exprimé leur scénario sur Gaza, où ils ont l’intention d’introduire leur administration avec la participation de « technocrates palestiniens ». Ce cours des événements, estime Werther, « a conduit Netanyahou dans une impasse politique, car un nouveau départ de l’action américaine au Moyen-Orient a été signalé » : outre les Houthis et Gaza, cela inclut les négociations avec l’Iran sur l’accord nucléaire.

Par ailleurs, l’édition américaine du Washington Post estime que le limogeage par Trump du conseiller à la sécurité nationale Michael Waltz a été causé par sa relation secrète avec Netanyahou, et que le lobbying du président américain en faveur d’une action militaire en Iran a été « perçu comme une tentative de le manipuler », alors que lui-même, selon l’analyste politique israélien de la chaîne 13 Rafif Drucker, « a longtemps agi dans le dos d’Israël. »

Aujourd’hui, la radio de l’armée israélienne affirme que « Trump a décidé de couper les ponts avec Netanyahou ». La visite en Israël du chef du Pentagone Pete Hegseth a également été annulée sous le prétexte de « rejoindre la délégation du président Donald Trump lors de sa tournée au Moyen-Orient prévue pour la mi-mai. »

Mais des sources israéliennes affirment que cela est dû au fait que « les États-Unis ont conclu un accord – également dans le dos d’Israël – avec le Hamas sur un cessez-le-feu à Gaza et un échange de prisonniers. »

Les experts se demandent maintenant si l’on peut parler du « début d’un changement stratégique profond dans la politique américaine dans la région, ou si les événements actuels ne sont qu’une divergence temporaire, une différence de points de vue sur la situation ». Pour l’instant, ce qui est frappant, c’est que Netanyahou, pour la première fois dans l’histoire de la guerre de Gaza, a perdu l’initiative et la capacité d’influencer directement les décisions importantes prises par l’administration américaine, ce qui était presque toujours possible sous Joe Biden.

Dans le même temps, la question reste ouverte de savoir si Netanyahou est en train d’entrer dans l’arène politique de la Maison Blanche, ou si les deux parties sont proches d’une rupture. Un scénario radical mais peu probable de l’action des États-Unis consiste à modifier leur rôle fonctionnel au Moyen-Orient par un développement alternatif plus actif de diverses relations, y compris la coopération militaro-technique avec d’autres pays de la région, tels que l’Arabie saoudite, la Turquie et d’autres.

Cela est dû au fait que l’administration Trump se forge une opinion forte selon laquelle « Israël cherche à faire des États-Unis les otages de sa politique », ce qui limite la capacité de la diplomatie américaine à agir de manière indépendante à l’égard des autres pays de la région.

L’objectif est donc de « dompter Israël, de le faire entrer dans le paradigme des intérêts américains ou communs », car malgré la nature des désaccords actuels et l’approche non conventionnelle de Trump sur les questions régionales, les liens stratégiques entre les parties sont encore trop profonds pour permettre une rupture complète.

Il est probable qu’Israël soit contraint de reculer ou de s’adapter aux exigences de Trump, que ce soit dans l’affaire de Gaza ou dans les relations avec les pays du Golfe, voire éventuellement avec l’Iran.

D’autre part, ce faisant, la résilience du gouvernement Netanyahou est mise à mal, qui tentera de maintenir son niveau de menace à Gaza et de faire échouer l’accord conclu par les États-Unis avec le Hamas.

C’est un facteur que l’analyste Thomas Friedman appelle à prendre en considération, lui qui note dans un article du New York Times que « bien qu’il soit en désaccord avec de nombreuses initiatives prises par Trump depuis son entrée en fonction, le Moyen-Orient est une exception ».

Friedman explique que le voyage de Trump dans la région pour rencontrer les dirigeants de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar, et l’exclusion d’Israël de la tournée, indiquent que le président américain a commencé à réaliser un fait vital : « Le gouvernement de Netanyahou agit d’une manière qui menace les intérêts purs et durs de l’Amérique dans la région, et il n’est pas notre ami, mais essaie de faire passer le président américain pour un imbécile subalterne. »

Dans ce contexte, Reuters a rapporté que « les États-Unis n’exigent plus que l’Arabie saoudite normalise ses relations avec Israël comme condition pour progresser dans les négociations sur la coopération en matière d’énergie nucléaire civile ».

Mais les choses pourraient changer si Netanyahou lance une deuxième invasion de Gaza « pour comprimer les Palestiniens dans un coin étroit délimité par la mer Méditerranée et la frontière avec l’Égypte. » Ce serait un défi pour Trump et justifierait la prédiction de Friedman selon laquelle « Netanyahou, en créant un nouveau Vietnam sur la côte méditerranéenne, a cessé d’être un allié des États-Unis. »
Et puis, comme le pense le journal israélien Israel Hayom, « Trump commencera à agir au Moyen-Orient sans Israël ». Voyons ce qu’il en ressortira et si les prédictions se réaliseront.

Svpressa