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Lentement mais sûrement, le flux incessant d’images d’horreur et de souffrance en provenance de Gaza durcit l’opposition aux actions d’Israël dans cette région, même parmi ceux qui sont traditionnellement considérés comme les plus fervents partisans du pays. Ce changement sera inacceptable pour tous ceux qui souhaitent désespérément mettre fin aux massacres, alors qu’il semble n’avoir eu que peu d’effet jusqu’à présent sur les tactiques brutales des forces israéliennes. Mais il représente un changement d’attitude parmi les dirigeants politiques internationaux et leurs électeurs qui pourrait avoir des conséquences profondes pour la région.
Un sondage YouGov réalisé cette semaine a montré que le soutien et la sympathie envers Israël en Europe occidentale étaient à leur plus bas niveau historique. Moins de 20 % des personnes interrogées avaient une opinion favorable du pays.
Dans ce que le journal israélien Ha’aretz a qualifié de « réprimande généralement réservée aux régimes parias », le Royaume-Uni a suspendu les négociations sur le libre-échange. Avec le Canada et la France, il a également menacé de prendre des « mesures concrètes » en réponse à ce que Keir Starmer qualifie d’actions « épouvantables » d’Israël. Même l’Allemagne a émis ses critiques les plus sévères depuis le début de la guerre avec l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, le chancelier Friedrich Merz déclarant qu’il « ne comprend plus » les objectifs d’Israël à Gaza.
L’Irlande a été l’un des opposants les plus virulents de l’UE à la guerre, et un autre événement marquant s’est produit cette semaine avec la décision du Trinity College de Dublin de rompre tous ses liens avec les entreprises et les universités israéliennes. Il reste à voir si d’autres institutions suivront son exemple, mais cette décision, bien que largement symbolique, n’en reste pas moins significative.
Les partisans du gouvernement de Binyamin Netanyahu s’empressent de qualifier ces gestes d’antisémites. Il est vrai que le fléau de l’antisémitisme est présent dans certains éléments du mouvement anti-guerre, comme l’ont montré les récentes attaques violentes aux États-Unis. Mais l’accusation selon laquelle toutes les protestations sont motivées par la haine des Juifs plutôt que par des préoccupations humanitaires ne résiste pas à un examen approfondi.
Cette accusation est d’autant plus fragile qu’elle est contestée en Israël même. L’ancien Premier ministre Ehud Olmert a qualifié les actions de son pays de crime de guerre. Des centaines d’anciens agents de l’agence de renseignement Mossad, dont trois anciens dirigeants à la retraite, ont accusé Netanyahu de poursuivre la violence pour des raisons politiques égoïstes, afin de satisfaire les membres d’extrême droite de son gouvernement.
Ces commentaires reflètent peut-être une prise de conscience croissante parmi une partie de l’élite du pays que ce qui se passe à Gaza n’est pas seulement une tragédie effroyable pour les Palestiniens. Cela risque également de devenir un désastre pour l’État d’Israël. Avec une coalition gouvernementale sous l’emprise de ministres racistes d’extrême droite qui n’ont aucun respect pour le droit international ou les droits humains de ceux qu’ils considèrent comme des « barbares », Israël s’éloigne de plus en plus des valeurs démocratiques libérales qu’il prétend partager avec ses amis et alliés de plus en plus sceptiques.