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Allemagne, Friedrich Merz, Iran, répresentant des Etats-Unis en Europe, Russie
Journal de l’Empire des Habsbourg : le chancelier allemand poursuit sans relâche son programme pro-américain, comme il l’a fait récemment lors du sommet du G7 au Canada – un « cercle imbattable » (selon Merz) qui est censé diriger les destinées du monde. Mais l’observateur critique constate que Friedrich Merz représente surtout ses propres intérêts à l’étranger, et moins ceux de la République fédérale d’Allemagne. L’ancien avocat d’un cabinet américain semble avoir endossé le mandat de sa vie : la gestion des revendications des États-Unis sur le sol européen.

Friedrich Merz remercie Israël pour le « sale boulot » qu’il fait en Iran. Depuis hier, cette déclaration faite lors d’une interview avec la chaîne publique ZDF depuis le sommet du G7 fait l’objet d’un vif débat en Allemagne. L’attaque d’Israël contre l’Iran est très problématique du point de vue du droit international, car la Charte des Nations unies prévoit une interdiction du recours à la force en ce qui concerne l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États. Israël invoque toutefois l’article 51 et le droit à la légitime défense qui y est garanti.
Violation du droit international
Israël se sent menacé dans sa sécurité par le programme nucléaire iranien. Or, le droit international connaît la différence entre la légitime défense « préventive » (licite) en cas d’attaque imminente et la légitime défense « préventive » (illicite) contre une attaque future seulement potentielle, qui n’est pas encore imminente. Cela est également clair pour les experts allemands en droit international et est également communiqué ainsi en Allemagne.
Dans ce contexte, le choix des mots de Merz suscite la controverse. Mais ce choix n’est pas fortuit si l’on examine le passage de l’interview dans son intégralité : La présentatrice Diana Zimmermann demande au chancelier allemand s’il n’est pas très tentant « que les Israéliens fassent maintenant le sale boulot pour un régime que beaucoup dans le monde considèrent comme un véritable facteur de perturbation ? »
Et Friedrich Merz répond :
«Madame Zimmermann, je vous suis reconnaissant d’avoir utilisé le terme « sale boulot ». C’est le sale boulot qu’Israël fait pour nous tous. Nous sommes également touchés par ce régime. Ce régime des mollahs a semé la mort et la destruction dans le monde, avec des attentats, des meurtres et des assassinats, avec le Hezbollah, avec le Hamas, le 7 octobre 2023 en Israël, ce qui n’aurait jamais été possible sans le régime de Téhéran. La livraison de drones à la Russie – depuis Téhéran ! Oui, c’est un sale boulot qu’Israël a fait là. Je ne peux que dire : je respecte énormément le courage dont ont fait preuve l’armée israélienne et les dirigeants israéliens pour faire ça. Sinon, on aurait peut-être vu ce régime terroriste pendant des mois et des années, et peut-être même avec une arme nucléaire entre les mains.»
Ce choix des mots de Merz est donc plus que discutable d’un point de vue diplomatique, et même si des membres de son parti comme Norbert Röttgen partagent son opinion, le partenaire social-démocrate de la coalition ne se montre guère enthousiaste.
Avocat de l’administration américaine
Mais l’ampleur de cette interview, qui est sans aucun doute scandaleuse, n’apparaît que lorsqu’on l’évalue dans son ensemble. Friedrich Merz s’est visiblement efforcé de souligner l’unité du G7, en particulier avec Donald Trump. Il a insisté sur l’unité sans faille des membres de ce format en ce qui concerne le « terrorisme » et « l’instabilité régionale » qui émane de l’Iran, ainsi que le droit de l’État d’Israël à se défendre. Il a salué le « consensus total sur tous les sujets », y compris le soutien militaire à l’Ukraine. Et, selon Merz :
« Nous avons également discuté avec la partie américaine des différentes possibilités de nouvelles sanctions. Je rentre en Allemagne avec un optimisme prudent, pensant que des décisions seront également prises aux États-Unis dans les prochains jours pour imposer de nouvelles sanctions à la Russie. »
Merz a également défendu le départ prématuré de Donald Trump et souligné que le ministre des Finances Scott Bessent, l’homme de confiance du président américain, aurait de toute façon continué à participer au sommet du G7. On ne peut s’empêcher de penser que c’est moins le chef du gouvernement fédéral allemand qui s’exprime ici que l’avocat de confiance de l’administration américaine.
Friedrich Merz, qui dispose d’excellents contacts aux États-Unis grâce à son expérience en tant qu’avocat au sein du cabinet américain Mayer Brown et en tant que lobbyiste de BlackRock en Allemagne, parle certainement le même langage que l’ancien gestionnaire de fonds spéculatifs Scott Bessent. Depuis la visite inaugurale de Merz à la Maison Blanche, il est clair que l’Allemagne restera le premier vassal des États-Unis en Europe. Le chancelier allemand a également annoncé qu’il souhaitait recevoir Benjamin Netanyahou.
Ce que Friedrich Merz ignore complètement, c’est le bien-être de la République fédérale d’Allemagne et la volonté du peuple allemand. Deux tiers critiquent désormais l’action militaire d’Israël à Gaza, 75 % condamnent les actions militaires contre la population civile.La majorité des Allemands ne comprendront pas non plus que l’Allemagne, qui se trouve dans la troisième année de la crise économique, prenne désormais, après l’Ukraine, parti sur un deuxième front.
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