Malgré une grande frustration à l’égard d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne survit à un vote de défiance au Parlement
Daniel Imwinkelried

Il y a presque exactement un an, Ursula von der Leyen remportait un triomphe. Le Parlement européen la réélisait à la présidence de la Commission. Grâce à des promesses faites à gauche et à droite, elle avait réussi à obtenir 401 voix sur les 707 députés votants.
Mais depuis, l’ambiance festive s’est dissipée. Jeudi, Ursula von der Leyen a dû faire face à un vote de défiance au Parlement européen. Si elle l’avait perdu, non seulement elle aurait dû démissionner, mais toute la Commission aurait dû suivre. L’UE aurait été plongée dans le chaos.
Comme prévu, Ursula von der Leyen a facilement survécu au vote. 175 parlementaires ont voté pour la motion, 360 contre. Mais le vote et surtout le débat parlementaire qui l’a précédé ont également été un baromètre de l’humeur générale. Et il est apparu que les anciens partisans de von der Leyen, les Verts, les sociaux-démocrates et les libéraux, ont accumulé une grande frustration à l’égard de la présidente de la Commission et de son groupe chrétien-démocrate PPE.
Les partis du centre se sentent trahis
La motion de censure a été déposée par une figure marginale du Parlement européen, le Roumain Gheorghe Piperea, de l’Alliance pour l’unification des Roumains (AUR). Il s’agit d’un groupe nationaliste de droite qui appartient au groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) à Bruxelles.
Piperea reproche notamment à von der Leyen d’avoir mal géré la pandémie de coronavirus et d’être intervenue dans la campagne présidentielle roumaine en mai. À l’époque, le chef de l’AUR, George Simion, était également candidat à la présidence, mais il a perdu les élections.
Au Parlement européen, Piperea n’a pu mobiliser que peu de soutiens. Seuls 77 ont signé sa motion de censure, soit 5 de plus que le nombre requis. Néanmoins, le Parlement européen a débattu avec passion de la motion de Piperea lundi. Il n’est guère surprenant que la droite ait lancé une attaque tous azimuts contre la présidente et la Commission. Ceux-ci sont très éloignés des citoyens, a déclaré Fabrice Leggeri, des Patriotes d’Europe.
Les reproches des libéraux, des sociaux-démocrates et des Verts ont été tout aussi virulents, mais plus concrets. Au cours du premier mandat de von der Leyen, ils ont pu influencer de manière décisive la politique. C’est à cette époque qu’est né le Green Deal, un ensemble de mesures législatives visant à rendre l’UE neutre en carbone d’ici 2050. Mais entre-temps, le monde économique en particulier a vivement critiqué ce projet. Selon les représentants du monde économique, le Green Deal serait trop bureaucratique et imposerait des coûts élevés aux entreprises.
La Commission a donc apporté quelques modifications au Green Deal. Les sociaux-démocrates, les Verts et les libéraux y voient une trahison de la part de von der Leyen et du PPE, car ils avaient majoritairement soutenu la présidente lors des élections de l’été 2024.
Cependant, les rapports de force avaient changé lors des élections européennes. Les partis du centre autoproclamé ont perdu des voix. Ils ont manifestement du mal à accepter cette nouvelle réalité.
Von der Leyen fait une concession
Malgré tout, von der Leyen leur a fait une petite concession avant le vote. Elle a promis que le Fonds social serait maintenu lors de la prochaine période budgétaire à partir de 2028. L’UE finance notamment les aides à la formation pour les jeunes défavorisés à partir de ce fonds.
Cette concession n’était pas nécessaire pour que von der Leyen remporte le vote. Un grand nombre d’abstentions aurait toutefois été un triomphe pour les parlementaires d’extrême droite. Von der Leyen voulait éviter cela.
Il y aura encore à l’avenir de grandes divergences d’opinion entre le PPE d’une part et les Verts, les Libéraux et les Sociaux-démocrates d’autre part, notamment sur les questions de migration et d’environnement. Le vote de jeudi a montré une fois de plus que ces groupes sont davantage unis par leurs adversaires politiques que par un programme politique commun.