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Le Dôme de fer … est le principal outil stratégique de la guerre génocidaire asymétrique d’Israël contre les Palestiniens.

Par Dennis Kucinich

Guernica by Picasso

La Chambre des représentants a donné son feu vert pour octroyer à Israël une aide supplémentaire de 1,3 milliard de dollars au titre de “l’aide d’urgence à la défense” pour son programme de défense antimissile baptisé “Dôme de fer”. Ce nouveau versement s’inscrit dans le cadre des milliards déjà envoyés par les États-Unis pour intensifier une guerre unilatérale contre le peuple palestinien.

Le système du “Dôme de fer” intercepte les roquettes à courte portée (lancées entre 4 et 70 km) grâce à l’action conjointe de l’armée israélienne, d’entrepreneurs israéliens et de fabricants d’armes américains, comme Raytheon. Des batteries de radars détectent les missiles entrants, calculent leur trajectoire et leur degré de menace, puis ciblent le projectile menaçant et lancent des intercepteurs à grande vitesse pour le détruire.

Le Dôme de fer détruit les roquettes de haute altitude. Depuis sa mise en place en 2011, le système a également permis à Israël de mener un nettoyage ethnique et de perpétrer un génocide en toute impunité à Gaza et en Cisjordanie.

Il a ainsi rendu possible une campagne de punition collective d’une ampleur et d’une violence inouïes, avec des frappes aériennes, des frappes de drones et des frappes de missiles guidés ciblées et prolongées dans des zones densément peuplées. Ces attaques meurtrières sont menées contre un peuple qui ne dispose ni d’une armée, ni d’un bouclier, ni de moyens de riposter.

Lorsque nous finançons une protection unilatérale dépourvue de justice, nous détruisons toute chance de paix, pour eux comme pour nous.

Le Dôme de fer n’est donc pas qu’un système de “défense”.

C’est le principal facteur stratégique grâce auquel Israël mène sa guerre génocidaire asymétrique contre les Palestiniens. D’abord le bouclier, puis l’épée.

Soyons clairs : s’opposer au génocide et à l’occupation illégale n’est pas antisémite. C’est défendre l’humanité. La colonisation continue des terres palestiniennes par le gouvernement israélien, les punitions collectives infligées à une population captive et le refus de reconnaître la souveraineté du peuple palestinien constituent autant de violations du droit international.

S’opposer à cette violence ne signifie pas s’opposer au peuple juif. C’est s’opposer à la machine d’oppression, comme nous devrions le faire pour tout peuple soumis à une telle inhumanité.

En excluant toute possibilité de représailles, le Dôme de fer a soustrait Israël à toute obligation de rendre des comptes, lui permettant ainsi de poursuivre ses politiques inhumaines de spoliation et d’agression en toute impunité. Cette impunité stratégique fait taire la dissidence interne et encourage un gouvernement qui continue de s’emparer de terres et d’effacer la vie des Palestiniens.

Les enquêtes pour crimes de guerre, les censures, les sanctions, rien de tout cela n’a d’importance tant que le gouvernement de Benjamin Netanyahu poursuit avec acharnement son projet de “Grand Israël”, en faisant usage des technologies militaires les plus avancées contre une population vulnérable.

Que les États-Unis dans leur ensemble ne soient pas submergés par l’indignation face au massacre et aux cruautés diaboliques de l’armée israélienne, ces agents autoproclamés de la mort qui tuent allègrement des enfants et tirent en riant sur des civils affamés qui se battent désespérément pour un peu de nourriture afin de survivre, qui bombardent des hôpitaux, des mosquées, des églises, des marchés, des cafés, voire des tentes, témoigne de l’engourdissement moral qui survient lorsque l’on s’éloigne de la réalité sinistre de la guerre et du pouvoir du discours déshumanisant, auquel de nombreux Américains ont succombé. La capacité à réagir aux souffrances atroces des Palestiniens a été émoussée par la distance et la propagande permanente en Occident.

Il y a des années, durant la guerre du Vietnam, les reportages quotidiens sur le carnage en Asie du Sud-Est se sont fondus en une masse d’informations indifférenciées, incitant les lecteurs à changer de chaîne ou à tourner la page. La surcharge d’informations peut entraîner une banalisation des atrocités en émoussant la perception. Puis, lorsque les chaînes de télévision américaines ont diffusé des images de soldats américains tués ou blessés au combat, l’impact émotionnel a été si puissant que l’opinion publique a pris conscience du véritable coût de la guerre, se mobilisant contre ce conflit et contraignant le président Lyndon Johnson à démissionner.

Les spectateurs des événements en Israël peuvent aussi développer une forme d’insensibilité morale lorsque la haute technologie est utilisée pour commettre des meurtres de masse, lorsque des journalistes sont pris pour cible et tués, ou lorsque le nombre de victimes civiles augmente de manière exponentielle. À l’exception de vidéos aléatoires publiées en ligne, le seul témoignage est celui de l’armée israélienne qui nie, nie, et nie encore, puis crie à l’“antisémitisme” lorsqu’elle est dénoncée, et, après une petite pause agrémentée d’une limonana, poursuit méthodiquement ses massacres.

Le Dôme de fer procure à Israël une illusion de sécurité. Il a l’impression que ses ennemis sont partout et que les peuples de toutes les nations de la région sont des “Amaleks”. Il peut ainsi procéder à la destruction de Gaza, de la Cisjordanie, du Liban et de la Syrie. Israël, à l’instar de son bienfaiteur, les États-Unis, s’est volontairement lancé dans ce que le sage Gore Vidal qualifiait de “guerre perpétuelle pour une paix perpétuelle”. L’Irak, la Libye et l’Iran en sont les exemples les plus récents.

La posture extrêmement belliqueuse du gouvernement du Likoud est intrinsèquement autodestructrice. Une population qui se sent en sécurité tolère des politiques plus risquées, qui encouragent son armée. Cette spirale de l’agression va mal finir pour Israël. Il s’est isolé d’une grande partie de la communauté internationale. Quelle chute vertigineuse, de l’espoir de devenir la “nation lumière” au statut de paria, avec des dirigeants moralement dépravés s’appuyant sur l’autorité biblique pour tuer et propager le chaos.

Soutenir une violence implacable et meurtrière contre les Palestiniens se retournera contre le gouvernement et le peuple américains. Sans l’argent et les munitions fournis par les États-Unis, Israël n’aurait jamais pu raser Gaza et anéantir sa population. Les États-Unis se sont alliés à Netanyahu et ont perfectionné la machine de guerre de l’armée israélienne, transformant Gaza en abattoir et en zone de non-droit.

Les politiques américaines accroissent les dépenses militaires offensives tout en réduisant les priorités nationales. Nous privons notre propre peuple d’une vie économique stable, tout en garantissant à la société israélienne le maintien de ses avantages sociaux en matière de santé et d’éducation. Cette contradiction ne saurait perdurer sans graves conséquences politiques.

Les États-Unis ont procuré à Israël un sentiment d’immunité financière, politique, diplomatique et militaire pour tous ses agissements sordides à Gaza. Ils ont franchi un seuil de complicité tel que les responsables israéliens pourraient bien se retrouver aux côtés de leurs bienfaiteurs américains sur le banc des accusés à La Haye.

Une fois que le peuple américain aura pleinement conscience du massacre monstrueux de centaines de milliers d’innocents, du génocide et du nettoyage ethnique volant des vies et des terres, de la destruction des habitats palestiniens, tout cela commis au nom du peuple américain, ses votes et ses impôts utilisés pour détruire un peuple qui lui ressemble, tuer des enfants qui ressemblent aux siens, tout cela au nom du “Grand Israël”, alors le retour de bâton sera sévère.

Ces politiciens, qui ont servilement approuvé le financement du génocide, financé le Dôme de fer d’Israël et ont été les esclaves de la machine de guerre israélienne, se rendront compte qu’ils se sont trompés de camp, et d’électorat.

Couper les vivres à Israël ne suffira pas. Il faudra restructurer en profondeur la politique étrangère américaine, non seulement au Moyen-Orient, mais dans le monde entier.

Les préparatifs constants à la guerre, qui coûtent plus d’un billion de dollars par an, soit plus de 50 % des dépenses dites “discrétionnaires”, ne rendent pas le pays plus sûr. Une telle politique transfère la richesse de la nation des mains du peuple vers celles d’une poignée d’individus, nous maintient dans un état de guerre permanent, entraîne des abus de pouvoir, nous encourage à déclencher des conflits et nous mènera à notre propre perte.

Si les États-Unis souhaitent défendre les principes qu’ils prétendent soutenir, à savoir la liberté, la justice et l’égalité de tous les êtres humains, ils se doivent de protéger les Palestiniens et les Israéliens contre la violence. Cela implique de mettre fin à l’occupation des terres palestiniennes, aux châtiments collectifs infligés aux civils et aux attaques contre des non-combattants. Ces pratiques constituent des échecs d’ordre moral et des violations du droit international.

La voie vers la paix passe par une diplomatie fondée sur les Conventions de Genève, la Charte des Nations unies, la Constitution américaine et les enseignements spirituels communs à toutes les grandes religions, notamment le commandement du Christ d’aimer son prochain, qui ne tolèrent ni la supériorité militaire ni l’exceptionnalisme théologique. Le leadership américain se doit de défendre des valeurs protectrices de la vie de tous les peuples.

Regardez Gaza. Regardez ces visages, ceux d’un peuple “dépouillé de tout, maudit à jamais”. Car c’est notre propre avenir qui est en jeu, à moins que nous ne parvenions à infléchir le cap pris par l’Amérique dans le monde.

Faisons de la science des relations humaines notre bouclier. Nous devons exiger de nos dirigeants qu’ils renoncent à toute idée de domination mondiale, qu’ils cessent leurs politiques d’intimidation et deviennent des artisans de la paix, de la réconciliation et de la diplomatie.

L’heure est venue de lever le blocus meurtrier imposé aux Palestiniens. Exigeons le retrait de l’armée israélienne de Gaza et de Cisjordanie, et la fin du financement d’Israël par les États-Unis.

Marquons d’une croix noire les effroyables souffrances et la mort du peuple palestinien, et de tous les peuples des régions du monde déchirées par la guerre, y compris Israël, annonciateurs de la fin des conflits armés.

Jamais, de notre vivant, il n’aura été aussi urgent de méditer la leçon du prophète Isaïe :

“De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, de leurs lances des serpes : une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre, et on n’apprendra plus la guerre”. — Livre d’Isaïe 2.4

The Kucinich Report