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En Ukraine, une loi qui avait fortement affaibli la lutte contre la corruption a été abrogée. Mais la crise n’est pas pour autant terminée. La perte de confiance dans la direction de l’Etat pèse lourd.
Volker Pabst

Les mesures prises contre l’indépendance des deux autorités anti-corruption ont déclenché en Ukraine les plus grandes manifestations depuis le début de la guerre.
Le Parlement ukrainien a adopté jeudi un projet de loi qui abroge les éléments les plus controversés d’une loi votée la semaine dernière seulement. Le Bureau national anti-corruption (Nabu) et le parquet spécial compétent (Sapo), les deux principales autorités anti-corruption du pays, sont ainsi à nouveau protégés de toute influence extérieure.
La loi de la semaine dernière avait placé le Nabu et le Sapo sous la tutelle du procureur général, lui-même nommé par le président. Le coup porté manifestement à une lutte contre la corruption politiquement indépendante, un acquis des manifestations de Maïdan en 2014, avait déclenché en Ukraine les plus grandes protestations depuis l’invasion russe il y a trois ans et demi et suscité d’importantes critiques de la part des Etats partenaires européens. L’UE aurait même menacé de suspendre les versements d’aide.
Face à la forte pression, le président Volodimir Zelenskyi, dont l’équipe ne s’attendait visiblement pas à cette réaction, a présenté la semaine dernière un nouveau projet de loi. Celui-ci a maintenant été voté. Le président doit encore signer la nouvelle loi. Mais ce n’est qu’une formalité.
Un résultat clair malgré le mécontentement du groupe parlementaire
Ces derniers jours, les médias ont spéculé sur la possibilité d’un rejet. Le parti au pouvoir, les Serviteurs du peuple, dont est issuZelensky, dispose certes d’une courte majorité au sein du parlement de 450 membres. Mais les députés sont très mécontents de leur propre direction.
Le vote de la semaine dernière a été organisé à la dernière minute, ne laissant pas le temps d’examiner le texte de loi controversé. Des pressions auraient été exercées sur certains députés, d’autres auraient eu l’impression que la révision de la loi avait été convenue avec les partenaires occidentaux, rapporte le journal en ligne « RBC ».
Nombreux sont ceux qui se sont sentis trompés et peu enclins à aider le président et son équipe à se sortir d’une situation difficile dont ils sont eux-mêmes responsables. Pour d’autres parlementaires, qui pourraient eux-mêmes faire l’objet d’une enquête, le coup porté aux autorités anti-corruption a dû être bienvenu.
Mais le résultat final a été clair. 331 parlementaires issus de huit partis ont voté jeudi en faveur de la nouvelle proposition de loi de Zelensky, aucun vote contre n’a été enregistré. Reste à savoir quel prix politique Zelensky devra payer pour ce soutien. Les observateurs s’attendent à ce que le Parlement se montre plus sûr de lui face au palais présidentiel.
La perte de confiance pèse lourd
La nouvelle loi rétablit le statu quo. Les chefs du Nabu et du Sapo ainsi que des experts indépendants ont déclaré avant le vote que l’indépendance institutionnelle des autorités anti-corruption était ainsi à nouveau garantie. La crise de ces derniers jours aura toutefois des répercussions durables. La perte de confiance de la population et des partenaires occidentaux dans la volonté de réforme de la direction de l’État pèse lourd. Cela ne peut pas être effacé en un clin d’œil.
De plus, le coup porté à Nabu et Sapo n’était que le dernier chapitre d’une série de mesures visant à lutter efficacement contre la corruption en Ukraine. Entre autres, le gouvernement a refusé début juillet, pour des raisons fallacieuses, de nommer le candidat désigné par une commission d’experts indépendants à la tête du Bureau de la sécurité économique.
Ce bureau est responsable de la lutte contre la criminalité économique et joue un rôle important dans le contrôle du système douanier, notoirement corrompu. Le Fonds monétaire international fait de l’occupation de ce poste une condition préalable à de nouveaux versements de son programme de soutien.
Début août, l’Ukraine devrait recevoir de l’Union européenne un nouveau versement de 1,5 milliard de dollars, financé par les bénéfices des avoirs russes gelés. Grâce à l’adoption de la loi jeudi, ce versement devrait avoir lieu. Néanmoins, l’UE et les Etats partenaires européens vont désormais insister encore plus sur les progrès de l’Ukraine dans son programme de réformes.
Importante attaque aérienne sur Kiev
La crise politique intérieure a quelque peu éclipsé les événements de guerre des gros titres internationaux. Mais la situation précaire de l’Ukraine n’a pas changé. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la Russie a mené une nouvelle attaque de grande envergure avec 309 drones et 8 missiles. L’objectif principal de ces attaques était la capitale Kiev.
Un missile de croisière de type Iskander a ainsi frappé un grand immeuble d’habitation de plusieurs étages, détruisant une cage d’escalier abritant 56 appartements. Au moins huit personnes ont été tuées, dont un enfant. Jusqu’à 20 autres personnes étaient portées disparues jeudi. Le président américain Donald Trump avait réduit cette semaine à dix jours le délai dans lequel la Russie devait se déclarer prête à un cessez-le-feu pour ne pas être frappée par de nouvelles sanctions.
Pendant ce temps, sur le front, la pression sur les défenseurs ukrainiens augmente. Le ministère de la Défense à Moscou a déclaré jeudi que les troupes russes s’étaient entièrement emparées de la ville de Tchassiv Yar, âprement disputée depuis 16 mois. Kiev a démenti. L’agence de presse Reuters a toutefois vérifié des enregistrements vidéo de soldats russes dans le centre-ville. A 60 kilomètres au sud-ouest, les Russes continuent de progresser dans l’encerclement de la ville de Pokrovsk.