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accord gazier, Egypte, Gaza, Netanyahou, tunnels dans le Sinaï
Netanyahu a gelé un accord gazier de 35 milliards de dollars avec l’Égypte, utilisant la crise énergétique du Caire comme levier tout en invoquant des allégations concernant des tunnels dans le Sinaï et un renforcement des troupes.
Le quotidien israélien Israel Hayom a rapporté mardi que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait suspendu la progression de l’accord massif d’exportation de gaz Leviathan avec l’Égypte, insistant sur le fait qu’il ne serait pas conclu sans son accord personnel. Cette décision intervient alors que Le Caire est accusé d’avoir violé les dispositions de sécurité de l’accord de normalisation de 1979.
Netanyahu devrait consulter le ministre de l’Énergie Eli Cohen, membre du Cabinet de sécurité et responsable officiel habilité à ratifier de tels contrats. Sans la signature de M. Cohen, l’accord ne peut entrer en vigueur.
L’influence du gaz
Il y a trois semaines, les partenaires de Leviathan, Ratio et NewMed Energy, qui font partie du groupe Delek d’Yitzhak Tshuva, ont signé un accord avec la société égyptienne Blue Ocean Energy (BOE) pour exporter 130 milliards de mètres cubes de gaz jusqu’en 2040, pour une valeur d’environ 35 milliards de dollars. Présenté comme le plus grand accord énergétique de l’histoire d’« Israël », il visait à prolonger le commerce gazier existant qui voit Israël approvisionner l’Égypte depuis 2019.
Israel Hayom a affirmé que les observateurs américains avaient réduit leur surveillance des déploiements égyptiens dans le Sinaï, accusant Le Caire de construire des tunnels, d’allonger des pistes d’atterrissage et de stationner des troupes et des blindés au-delà des limites fixées par le traité. L’ambassadeur d’« Israël » à Washington, Yechiel Leiter, a même fait pression sur l’administration Trump pour qu’elle renforce la surveillance.
Pourtant, les détracteurs soulignent que ces « violations » sont invoquées alors que l’Égypte est l’un des États arabes les plus virulents dans sa demande de mettre fin à la guerre d’« Israël » contre Gaza et dans son soutien à l’Afrique du Sud dans son procès pour génocide devant la Cour internationale de justice.
Politique de pression énergétique
Pour la première fois, « Israël » utilise ouvertement les ventes de gaz comme levier politique. Netanyahu et Cohen devraient exiger des « garanties » de l’Égypte avant de libérer les approvisionnements énergétiques dont elle a désespérément besoin. Le Caire, confronté à des coupures d’électricité et à une baisse de la production de son gisement de Zohr, s’est tourné vers les importations israéliennes pour répondre à la demande intérieure de base. En 2022, sous la pression de l’UE, l’Égypte a signé un accord trilatéral avec Tel-Aviv et Bruxelles pour rediriger le gaz de la Méditerranée orientale vers l’Europe, renforçant ainsi sa dépendance à l’égard de l’énergie israélienne au détriment de sa propre autonomie.
En gelant l’accord, Netanyahu lie la survie énergétique de l’Égypte à sa volonté de se plier aux diktats israéliens, tant en ce qui concerne les déploiements dans le Sinaï que le corridor sensible de Philadelphi le long de la frontière avec Gaza. « Israël » insiste sur le fait que le corridor cache des tunnels de contrebande ; l’Égypte a nié ces allégations et a averti que toute saisie israélienne de la zone constituerait en soi une violation du traité de paix.
Les observateurs affirment que la décision de Netanyahu illustre la manière dont Tel-Aviv exploite la crise énergétique égyptienne pour faire taire l’opposition du Caire au génocide de Gaza, transformant le gaz naturel en un nouvel instrument de coercition dans le conflit régional plus large.