Le gouvernement israélien a mis au frigo ce sujet explosif, tant pour les Palestiniens que les Arabes du Golfe.
Vincent Braun

La question qui agite pour le moment le landerneau politique israélien attendra encore avant de trouver une réponse. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, soutient-il le projet de son collègue des Finances, Bezalel Smotrich, consistant à étendre la souveraineté israélienne à la Cisjordanie ? Ce sujet, mis sur la table en réponse à la volonté manifeste d’États occidentaux de reconnaître l’État de Palestine, a subitement été retiré de l’ordre du jour de la réunion du cabinet de sécurité, prévue ce jeudi, selon des sources gouvernementales qui ont informé le quotidien Jerusalem Post. Trop polémique et, surtout, trop risqué.
La réunion a plutôt privilégié une discussion sur la situation sécuritaire en Judée-Samarie, le nom israélien de la Cisjordanie occupée par Israël, alors que la colère gronde suite à l’occupation toujours plus répressive imposée par l’État hébreu et aux velléités du ministre extrémiste d’annexer la plus grande partie du territoire palestinien (soit 82 %), à l’exclusion des grandes villes qui resteraient sous administration de l’Autorité palestinienne. Selon les responsables militaires, la situation peut y « exploser à tout instant » si Israël va de l’avant dans la mise en œuvre d’une annexion de ce territoire, dont il contrôle déjà pleinement la majeure partie (soit 62 %).
« Ligne rouge » émirienne
La veille, les Émirats arabes unis avaient averti Israël qu’une annexion de tout ou partie du principal territoire palestinien outrepasserait leur « ligne rouge ». « Les propositions d’annexer certaines parties de la Cisjordanie, qui seraient actuellement en discussion au sein du gouvernement israélien, s’inscrivent dans le cadre d’efforts visant, selon les termes d’un ministre israélien, à enterrer l’idée d’un État palestinien », a mis en garde Lana Nusseibeh, la ministre adjointe émirienne des Affaires étrangères, chargée des affaires politiques. De tels plans « compromettraient gravement » l’esprit des Accords d’Abraham (dont Abou Dhabi fut le premier signataire), « mettraient fin au projet d’intégration régionale et modifieraient le consensus largement partagé sur la trajectoire que devrait suivre le conflit » israélo-palestinien, a-t-elle ajouté.
Il y a tout juste cinq ans, en septembre 2020, les Émirats arabes unis avaient conclu une normalisation historique avec Israël, sous l’impulsion de l’administration Trump première mouture. Or, outre une importante dimension économique, l’une des contreparties de l’établissement des relations diplomatiques entre Émirats et Israël était précisément la poursuite du processus menant à la création d’un État souverain de Palestine dans le cadre d’une solution négociée à deux États vivant côte à côte dans la paix, la prospérité et la sécurité. « Dès le départ, nous avons considéré les accords comme un moyen de continuer à soutenir le peuple palestinien et son aspiration légitime à un État indépendant. Telle était notre position en 2020, et elle reste inchangée aujourd’hui », a souligné la responsable émirienne, estimant que « les extrémistes, quels qu’ils soient, ne peuvent être autorisés à dicter la trajectoire de la région ».