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Andrew Korybko

Si l’UE se pliait à cette exigence, elle plongerait dans une récession totale, mais c’est peut-être ce que souhaite Trump afin de mettre ses entreprises en faillite et de donner ainsi aux entreprises américaines un avantage supplémentaire sur le marché européen nouvellement exempt de droits de douane.
Trump a proposé dans un message publié sur les réseaux sociaux ce week-end que l’OTAN cesse d’acheter du pétrole russe et commence à imposer des droits de douane de 50 à 100 % à la Chine dans le cadre de son plan visant à mettre rapidement fin au conflit ukrainien. Il a promis d’imposer « des sanctions majeures à la Russie » si tous les membres de l’OTAN appliquent au moins la première mesure mentionnée. Cette proposition est toutefois irréaliste, car la raison pour laquelle certains membres de l’OTAN ont continué à acheter du pétrole russe (y compris indirectement via l’Inde) était précisément de gérer les prix mondiaux et d’éviter ainsi une récession généralisée.
De même, l’imposition de droits de douane de 50 à 100 % à la Chine entraînerait une flambée des prix dans tous les secteurs, qui s’ajouterait au dumping du pétrole russe pour porter un coup dur à l’UE, même si c’est peut-être ce que souhaite Trump afin de mettre en faillite les entreprises européennes et de donner ainsi un avantage supplémentaire aux entreprises américaines. Il convient de rappeler que l’UE s’est subordonnée aux États-Unis en devenant leur plus grand vassal à la suite de l’accord commercial déséquilibré conclu cet été, de sorte que la manipulation de l’UE pour la plonger dans une récession servirait encore davantage les intérêts américains.
Il en va de même pour le récent rapport selon lequel Trump souhaite également que l’UE impose des droits de douane de 100 % à l’Inde. Même si lui et Modi ont échangé des plaisanteries sur les réseaux sociaux au cours de la même semaine tout en confirmant que les négociations commerciales se poursuivaient, les États-Unis ont toujours intérêt à subordonner l’Inde. Freiner son ascension en tant que grande puissance, que ce soit par ces moyens et/ou en essayant éventuellement de la balkaniser, contribuerait à perpétuer un peu plus longtemps l’hégémonie unipolaire déclinante des États-Unis et peut-être même à inverser cette tendance avec le temps.
Trump devrait toutefois faire attention à ce qu’il souhaite, car la mise en œuvre hypothétique par l’UE de ses propositions vis-à-vis de la Russie, de l’Inde et de la Chine (RIC) pourrait se retourner contre lui en rapprochant ces trois pays. Le rapprochement sino-indien naissant, provoqué involontairement par la pression exercée par les États-Unis sur l’Inde, constitue déjà une évolution majeure. Ajoutez à cela l’accord sur le gazoduc Power of Siberia 2 que la Russie a conclu avec la Chine en marge du sommet de l’OCS, et les processus multipolaires pourraient bientôt s’accélérer davantage.
Néanmoins, on ne peut pas supposer que l’UE infligera un coup aussi dur à sa propre économie, avec toutes les conséquences politiques que cela pourrait entraîner, telles que des troubles sociaux et le remplacement potentiel de son élite dirigeante lors des prochaines élections. Soit Trump a surestimé l’influence des États-Unis sur l’UE, soit il s’attend cyniquement à ce qu’elle ne mette pas en œuvre sa proposition et l’a seulement partagée comme une échappatoire pour justifier toute décision éventuelle de distancier les États-Unis du conflit.
Dans le même temps, il envisagerait apparemment le soutien américain à une zone d’exclusion aérienne imposée par l’UE sur au moins une partie de l’Ukraine comme l’une des garanties de sécurité de l’Occident, et il pourrait même tenter dangereusement d’en faire un fait accompli si les bellicistes comme Lindsey Graham, qui ont toujours son oreille, parviennent à leurs fins. Ces préoccupations rendent difficile de déterminer avec précision les motivations de Trump, et l’on ne peut donc exclure qu’il intensifie encore l’implication des États-Unis dans le conflit, même si l’UE ne met pas en œuvre sa proposition.
Au total, trois scénarios plausibles peuvent se produire :
1) l’UE se plie aux exigences américaines, au prix d’un effondrement de sa propre économie, en échange d’une escalade de l’implication des États-Unis dans le conflit ;
2) l’UE refuse de se plier aux exigences américaines, mais les États-Unis poursuivent leur escalade ;
3) l’UE refuse de se plier aux exigences américaines, ce qui permet aux États-Unis de se distancier du conflit sous ce prétexte. Les semaines à venir permettront donc de clarifier l’évolution de la politique de Trump à l’égard du conflit ukrainien en particulier et du RIC en général, alors que son équipe s’efforce de reformuler la grande stratégie eurasienne des États-Unis.