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Des mesures concrètes, reconnaissance d'un État palestinien, reconnaissances de courtoisie
De plus en plus de membres de la communauté internationale appellent à reconnaître l’État de Palestine. Mais avec quels effets concrets ?
Carole Tassin
La France, le Royaume-Uni, le Canada, la Belgique… À l’occasion du récent sommet des Nations unies, de nombreux États ont témoigné de leur volonté, parfois sous certaines conditions, de reconnaître un futur État palestinien. Des initiatives vivement condamnées par Israël.
Mais au-delà de ces gestes appelant à conclure la paix et à privilégier la solution à deux États, on peut s’interroger sur les implications réelles qu’auront ces déclarations sur l’évolution du conflit. « Les reconnaissances en tant que telles sont essentiellement symboliques. Il faut voir ce qui viendra après et les réactions politiques, notamment de l’État d’Israël, qui est dans une dynamique annexionniste« , analyse Elena Aoun, professeure de relations internationales à l’Université catholique de Louvain. La réponse américaine est également très attendue, étant donné le soutien important accordé par Washington au gouvernement Netanyahou et le fait que parmi les États soutenant la création d’un État palestinien, beaucoup sont des alliés des États-Unis.
Des reconnaissances de courtoisie ?
Concernant les conditions avancées par certains États, notamment la Belgique, la politologue explique qu’elles sont « quasiment illégitimes et illégales » en vertu du droit international. « L’autodétermination des Palestiniens est reconnue comme un droit. Mais ces conditions sont des gages donnés à Israël d’une part et à l’Administration Trump d’autre part. Cependant, elles risquent de ne pas faire bouger les choses. On a parfois le sentiment d’être dans les faux-semblants, qu’il s’agit de reconnaissances de courtoisie alors que dans le fond on continue de peser du côté du plus fort et contre le plus faible », explique Elena Aoun.
Et d’ajouter : « On demande d’ores et déjà à une société qui a vécu l’indicible depuis des décennies, et plus encore depuis deux ans, de devenir du jour au lendemain une société plus vertueuse que ne l’ont été toutes les sociétés post-conflit. Or, la paix se construit sur du long terme, et certainement pas selon les conditions que donnent des États qui ont cautionné la descente aux enfers. »
Des mesures concrètes comme des sanctions
Elena Aoun souligne aussi l’importance d’une véritable volonté politique et de la mise en place de mesures concrètes pour accompagner cette reconnaissance. « C’est un gage très important pour l’avenir, mais il risque d’être totalement inopérant s’il n’est pas suivi par des politiques extrêmement volontaristes« , ajoute Elena Aoun.
Cela peut se concrétiser notamment dans la mise en place de « sanctions cohérentes et structurées dans le temps » ou par la création d’une « coalition euro-arabe avec des stratégies de pression à la fois contre les États-Unis et contre Israël. Même si cela paraît totalement illusoire« , observe la politologue.
Au-delà de l’aspect symbolique de cette reconnaissance qui permet aux États concernés de se conformer au droit international, Elena Aoun salue néanmoins le désir et la lucidité de certains pays « de vouloir changer les choses« . « Mais seuls, ils n’y arriveront pas. Seules des coalitions intégrant des acteurs régionaux et des acteurs puissants, tels que les Européens, permettraient à terme de donner chair à ces reconnaissances et de permettre à l’État palestinien de se concrétiser. »
« Une permissivité internationale »
La communauté internationale est longtemps restée inactive face aux violations des accords d’Oslo par l’État d’Israël, relève-t-elle encore. « Il n’y a jamais eu de conséquences. On a activement contribué à conforter Israël en tant qu’État et à considérer qu’il pouvait le faire sans la création d’un État palestinien« , insiste Elena Aoun.
Et depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, Israël « appuie sa stratégie sur une permissivité internationale et essaie d’aller le plus loin possible dans l’écrasement des Palestiniens, le nettoyage ethnique à Gaza et un étranglement dont on ne mesure pas encore les effets en Cisjordanie.«
Elena Aoun reste toutefois positive sur la possibilité d’aboutir à une solution à deux États, à condition que le gouvernement Netanyahou soit écarté. Mais cela ne se fera pas sans une « forme d’antagonisation d’Israël« . « C’est-à-dire des sanctions, un boycott multidimensionnel qui amènera le pays à fléchir ses positions et à se rendre compte qu’il est dans son intérêt supérieur de vivre dans un environnement harmonieux avec ses voisins, à commencer par les Palestiniens. Je pense qu’on peut être extrêmement créatifs et qu’on peut réussir à développer la relation avec la société civile israélienne alternative, qui comprend que l’avenir d’Israël ne peut en aucun cas être bâti sur cette violence« , développe-t-elle.