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L’Observatoire euro-méditerranéen des droits humains a documenté une dangereuse politique d’extorsion menée par les forces israéliennes à l’encontre des familles de la bande de Gaza, les confrontant à un choix catastrophique et sans issue : soit collaborer avec l’armée israélienne et ses milices, soit faire face à des massacres, à la famine et à des déplacements forcés. Ce qui a commencé comme une extorsion individuelle s’est transformé en une pratique systématique et collective visant à démanteler le tissu social palestinien en forçant les gens à trahir leurs communautés et en soumettant les survivants à des conditions de survie qui détruisent l’identité communautaire et la résilience.
Notre équipe sur le terrain a enregistré une intensification sans précédent des tactiques coercitives d’Israël. La pression s’est déplacée de la cible individuelle vers l’extorsion collective organisée qui place des familles entières devant un choix horrible : rejoindre les milices créées par Israël ou faire face à la persécution, aux massacres, à la famine et à l’expulsion forcée — une tentative coordonnée d’éliminer la société palestinienne ou de la réduire à la soumission sous le contrôle de l’occupation.
Nous avons reçu des témoignages choquants de familles qui ont été contraintes de choisir entre rester sous le siège et les bombardements, sans abri, sans nourriture ni médicaments, et être déplacées de force vers des conditions inconnues, dépourvues des nécessités de base, le tout sous la menace explicite de mort si elles refusaient les ordres israéliens. Ces témoignages montrent une politique délibérée visant à briser la volonté des civils en utilisant la peur et la destruction comme instruments d’asservissement.
D’autres témoignages indiquent que certaines familles palestiniennes ont été directement contraintes de coopérer avec les forces israéliennes en matière de sécurité en échange de l’autorisation de rester dans certaines zones ou de recevoir une aide de base. Cette pratique transforme l’aide humanitaire, qui est un droit inconditionnel, en un outil d’extorsion et de contrôle, plaçant la vie des civils sur la table des négociations coercitives et les privant de protections fondamentales.
Le Monitor a documenté un massacre perpétré par l’armée israélienne à l’aube aujourd’hui contre la famille Bakr dans le camp d’Al-Shati (à l’ouest de la ville de Gaza), qui a tué neuf membres de la famille, dont des femmes et des enfants. Cela s’est produit un jour après que la famille ait refusé une demande israélienne de rester sur place à condition que ses membres forment et servent dans une milice locale alignée avec l’armée — similaire au gang « Abu Shabab » établi à l’est de Rafah. Notre équipe sur le terrain a rapporté que les forces israéliennes ont commencé à former des groupes similaires dans plusieurs autres zones de Gaza, notamment au sud de Khan Younis, à l’est de Shuja’iyya et à Beit Lahia, au nord.
Un témoignage citoyen (Motasem Bakr) rapporté à notre équipe décrit comment le mukhtar de la famille s’est vu offrir la sécurité en échange du service de ses fils dans une milice. Il a refusé et a ordonné à sa famille de partir ; ils ont préféré dormir dans la rue plutôt que de voir leur nom inscrit dans l’histoire familiale comme celui d’une famille ayant emprunté la voie de la trahison.
Le Monitor a également reçu des informations selon lesquelles les familles Dairi et Daghmash auraient été confrontées à des approches similaires. Après leur refus, l’armée israélienne a intensifié les explosions de véhicules piégés dans la région de Sabra, puis a mené des frappes à grande échelle qui ont touché des blocs d’habitation, notamment les logements de la famille Daghmash, faisant plus de soixante morts dans cette famille, dont beaucoup étaient encore sous les décombres au moment de la rédaction du rapport.
Auparavant, Israël exerçait une telle pression sur une base individuelle en contactant certains mukhtars et en leur proposant des rôles dans la distribution de l’aide et la coordination avec ses forces ; de nombreux mukhtars et chefs communautaires qui ont rejeté ces propositions ont ensuite été directement pris pour cible.
Les conclusions d’Euro-Med indiquent que l’extorsion israélienne a évolué vers une coercition collective organisée, dans le cadre de laquelle l’occupant cherche à constituer des milices et des gangs sous son contrôle pour mener à bien des tâches illégales, notamment semer le chaos et commettre des vols, en exploitant la profonde fragilité sociale causée par des années de politique génocidaire. Ces pratiques relèvent clairement des interdictions du Statut de Rome, en particulier de l’article 8(2)(a)(5), qui interdit de contraindre des civils ou des prisonniers à servir dans des forces hostiles ou à participer à des opérations pour le compte de ces forces. Les tentatives de formation de milices locales par des menaces de mort, de déplacement ou de refus d’aide essentielle constituent une violation flagrante de cette disposition et équivalent à un crime de guerre.
Le Monitor réaffirme que la protection est inconditionnelle et ne peut être subordonnée à la coopération. Le refus des familles de se soumettre à des accords coercitifs ne leur fait pas perdre leur droit à la protection et ne justifie en aucun cas les attaques, les déplacements ou la famine. Contraindre les civils à choisir entre « coopérer ou être tués » est un mécanisme d’extorsion visant à asservir et à détruire systématiquement la capacité de survie de la communauté palestinienne.
Compte tenu de la nature et du contexte de ces actes dans le cadre de l’agression plus large menée par Israël contre Gaza, le Monitor les considère comme faisant partie d’une stratégie visant à démanteler la société palestinienne, ce qui constitue un indicateur grave d’une intention génocidaire par la destruction progressive et l’affaiblissement de la capacité de survie collective.
L’Euro-Med Monitor appelle l’Assemblée générale des Nations unies à adopter d’urgence une résolution visant à établir et à déployer une force de protection dans la bande de Gaza afin de mettre fin aux crimes contre les civils, de garantir un accès et une distribution humanitaires sans entrave, de protéger les installations médicales et humanitaires, de mettre fin au blocus et de commencer la reconstruction. Il est du devoir légal et moral de la communauté internationale d’emprunter cette voie pour protéger les civils à Gaza.
Nous exhortons tous les États, individuellement et collectivement, à remplir leurs obligations légales et à agir immédiatement pour mettre fin au génocide en cours à Gaza par tous les moyens disponibles : prendre des mesures concrètes pour protéger les civils palestiniens ; veiller à ce qu’Israël respecte le droit international et les décisions de la CIJ ; exécuter dans les plus brefs délais les mandats d’arrêt déjà émis par la CPI contre des responsables israéliens ; et émettre de nouveaux mandats d’arrêt et livrer les suspects à la justice internationale, sans impunité.
Nous appelons en outre les États à imposer des mesures économiques, diplomatiques et militaires à l’encontre d’Israël pour ses violations systématiques et graves du droit international, notamment des embargos sur les armes et des interdictions d’exportation de biens à double usage, la suspension de la coopération politique, financière et militaire, des sanctions ciblées et le gel des avoirs des responsables, des interdictions de voyager et la suspension des accords commerciaux préférentiels, afin de mettre un terme aux crimes en cours.
Enfin, le Monitor exhorte la communauté internationale à s’attaquer aux causes profondes des souffrances palestiniennes accumulées depuis 77 ans : mettre fin à l’occupation illégale et au colonialisme israéliens, démanteler l’appareil de ségrégation et d’apartheid, garantir le retrait complet d’Israël des territoires palestiniens occupés depuis 1967, lever le siège illégal de Gaza, traduire les auteurs en justice et garantir les droits des victimes à réparation et à réparation.