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Par Elijah J. Magnier
Lorsque Donald Trump et Benyamin Netanyahu ont dévoilé leur « Plan global pour mettre fin au conflit de Gaza » lors d’une conférence de presse conjointe, ils l’ont présenté comme une feuille de route historique vers la paix. Vingt points, promettaient-ils, mettraient fin à la guerre, reconstruiraient Gaza, libéreraient les otages et inaugureraient une nouvelle ère de prospérité et de coexistence. Le tout était cadré comme pragmatique et humanitaire — un plan qu’aucun acteur rationnel ne pourrait refuser.
Mais une lecture attentive du texte raconte une histoire bien différente. Les 20 points ne constituent pas un plan de paix au sens classique. Ils dessinent un schéma de reddition conditionnelle, un cadre de gestion destiné à contrôler Gaza indéfiniment sous couvert de reconstruction et de « stabilisation ». Leur langage est vague là où l’essentiel se joue, précis uniquement lorsqu’il impose des obligations à la partie palestinienne, et structuré de telle sorte qu’il devient presque impossible pour le Hamas soit d’accepter, soit de rejeter, sans sceller son propre destin politique.
La plupart des Israéliens, épuisés par des années de conflit, soutiennent le prétendu plan de paix — à l’exception notable des factions national-religieuses d’extrême droite qui rejettent toute idée de compromis. Pour celles-ci, cette guerre ne concerne ni la sécurité ni la dissuasion, mais la poursuite d’objectifs idéologiques maximalistes : le nettoyage ethnique de la population de Gaza, la destruction complète de ses infrastructures, le déplacement forcé de ses habitants vers l’Égypte ou ailleurs, et l’éventuelle construction de colonies juives sur les terres vidées. Ces visées dépassent largement toute justification défensive. Elles relèvent d’un projet colonial de peuplement de longue date désormais drapé dans le langage des « impératifs de sécurité ».
Pour Benyamin Netanyahu, cependant, le plan sert une autre stratégie, plus calculée. Il s’aligne précisément sur les quatre objectifs stratégiques qu’il a fixés au lancement de la guerre en octobre 2023 : mettre fin une fois pour toutes au pouvoir du Hamas ; créer une zone tampon permanente à l’intérieur de Gaza pour neutraliser toute future résistance armée ; obtenir la libération de tous les otages israéliens et la restitution des corps des morts ; et externaliser l’administration de Gaza à une entité internationale afin d’épargner à Israël les coûts politiques, juridiques et militaires énormes d’une occupation directe. Les reports répétés de l’assaut final contre la ville de Gaza — largement présentés comme des pauses délibérées afin de laisser place aux manœuvres diplomatiques — confirment ce calcul. Même le chef d’état-major, Eyal Zamir, a publiquement exprimé son inquiétude face à la perspective d’occuper Gaza et ses 2,3 millions d’habitants, sachant qu’une telle occupation signifierait des années d’insurrection et des pertes israéliennes sans fin.
Le plan est aussi politiquement commode pour Netanyahu. Ses empreintes sont visibles dans tout le texte, des clauses sécuritaires floues aux omissions soigneusement choisies. En le présentant publiquement comme le « plan de Trump », il cherche à restaurer une légitimité internationale érodée par deux ans d’accusations grandissantes de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Ce rebranding est tactique : il permet à Netanyahu de requalifier Israël non plus comme un État voyou sous le feu des critiques mondiales, mais comme un partenaire d’une initiative de paix menée par les États-Unis. À ses yeux, le plan pourrait inverser l’isolement diplomatique d’Israël et obtenir un soutien renouvelé de capitales occidentales et de partenaires régionaux qui se sont progressivement distanciés de son gouvernement.
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