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En ce lundi matin, les conditions n’étaient plus remplies pour que je puisse exercer ces fonctions de premier ministre et permettre au gouvernement d’aller devant l’Assemblée nationale demain.
Démission pour trois raisons :
La première, c’est que précisément ces formations politiques ont fait mine parfois de ne pas voir le changement, la rupture profonde que représentait le fait de ne pas se servir de l’article 49.3 de la Constitution. C’est-à-dire que, au fond, il n’y avait plus de prétexte pour une censure préalable. En tout cas, il n’y avait plus de prétexte pour faire que les parlementaires refusent de faire leur métier de parlementaire, c’est-à-dire de discuter la loi, de l’amender et, le cas échéant, de voter ou non un texte. Et cette rupture, je le dis, elle a été soulignée par un certain nombre d’observateurs, d’acteurs de la vie politique, certains opposants d’ailleurs qui la demandaient historiquement. Mais elle n’a pas permis ce choc de se dire : on peut faire différemment et on peut construire les choses différemment.
La deuxième des choses, c’est que les partis politiques continuent d’adopter une posture comme s’ils avaient tous la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Et, au fond, je me suis retrouvé dans une situation dans laquelle j’étais prêt à des compromis, mais chaque parti politique veut que l’autre parti politique adopte l’intégralité de son programme. C’est vrai des formations, parfois du socle commun, c’est vrai aussi des oppositions. Or, nous l’avons dit : pas de coalition large. C’est un choix qui a été fait par les différentes formations politiques de l’opposition de ne pas venir avec le socle commun au gouvernement, mais de permettre les débats et d’organiser ensuite les compromis, sachant que les compromis ne sont pas la compromission. Mais pour cela, évidemment, il faut changer d’état d’esprit et ne pas vouloir appliquer l’intégralité de son projet et de son programme.
La troisième des choses, c’est que la composition du gouvernement au sein du socle commun n’a pas été fluide et a donné lieu au réveil de quelques appétits partisans, parfois non sans lien, c’est d’ailleurs très légitime, avec la future élection présidentielle. Je le dis ou je le redis, si ce moment est le moment le plus parlementaire de la Ve République, en aucun cas il ne faut revoir vivre ici les mauvais moments de la IVe République, et que donc, par définition, la construction d’un gouvernement se fait en fonction de la Constitution, sur proposition du premier ministre, nommé par le président de la République.