La violence sacrificielle s’effondre sous le regard critique du monde moderne.
David Gornoski

Dans la guerre contre Gaza, Israël disposait d’une puissance militaire et d’un soutien occidental généreux, mais il a perdu la guerre des cœurs et des esprits à l’échelle mondiale. Pourquoi ? En Occident, c’est parce que l’ordre post-chrétien continue d’élever la victime perçue de la violence sacrificielle au-dessus du vengeur juste. L’ancienne machine à boucs émissaires, qui était autrefois une source de catharsis communautaire, engendre aujourd’hui la division, la confusion et un prestige moral inébranlable pour les victimes les plus humbles. Les Palestiniens, grâce aux réseaux sociaux, ont amplifié leur énergie martyre à chaque bombe et chaque blocus.
Pour comprendre cela, nous devons revenir au changement sacré que la résurrection a imprimé dans l’histoire. Jésus n’était pas un représentant collectif ralliant la nation, mais une personne singulière, injustement sacrifiée par les élites de sa propre communauté. Les Évangiles démystifient cela : la victime innocente, crucifiée comme un criminel, est justifiée par Dieu. Le caractère sacré n’est plus inhérent aux lignées ou aux collectivités ; il réside dans chaque être humain, doté d’une dignité universelle. La résurrection renverse la pyramide : les humbles héritent de la terre morale. Ce « changement de perspective », comme l’appellerait peut-être René Girard, expose le réalisme cru de la violence mimétique. Ce qui passait autrefois pour la justice divine – les foules réclamant du sang, les autorités écrasant la dissidence – apparaît désormais comme une persécution brutale et hideuse, surtout lorsqu’elle est dissimulée sous le prétexte que « la force fait le droit ».
L’attaque barbare du Hamas du 7 octobre – massacre de civils, prise d’otages – était indéfendable, une étincelle qui a provoqué des représailles. Pourtant, la réponse d’Israël, une campagne implacable qui a tué des dizaines de milliers de personnes (principalement des femmes et des enfants, selon les chiffres de l’ONU), affamé les 2,3 millions d’habitants de Gaza et rasé les infrastructures, a réveillé les réflexes évangéliques de l’Occident. Les réseaux sociaux sont devenus le nouveau parchemin : images brutes d’hôpitaux bombardés, d’enfants en bas âge émaciés, de mères serrant dans leurs bras des cadavres recouverts de décombres. Il ne s’agissait pas de statistiques abstraites, mais de scènes de la Passion.
Les manifestations depuis les tentes, les familles partageant leur maigre pain au milieu des ruines, les enfants agitant des drapeaux blancs devant les drones : les Palestiniens ont absorbé la violence et rayonné d’une énergie de victimes-martyrs. Plus la persécution s’intensifiait, plus leur auréole brillait. Pourquoi ? Parce que la logique de l’Évangile le récompense. Tout comme les souffrances inébranlables des premiers chrétiens sous Rome ont converti les empereurs, les images de Gaza ont transpercé l’apathie mondiale. Les sondages le confirment : Gallup a rapporté que la sympathie des États-Unis pour Israël avait chuté de 51 % à 38 % à la mi-2024. Dans le monde entier, les votes de l’ONU condamnant Israël ont été adoptés à une écrasante majorité, et des campements ont vu le jour sur les campus, de Berkeley à Berlin.
Comparez cela au message d’Israël : frappes de précision, tunnels du Hamas, « autodéfense ». Cela sonnait creux dans un monde hanté par le Christ. Les bombardements ciblés par l’IA des Forces de défense israéliennes, l’« aide » apportée par Israël à la formation du Hamas en tant que mandataire visant à diviser pour mieux régner contre l’OLP (admis par les collaborateurs de Netanyahu dans les fuites du Likoud en 2019) et l’étranglement lent du blocus : tout cela sentait la punition collective à plein nez. Les vidéos montrant des responsables israéliens invoquant « Amalek » (l’ennemi biblique des Israélites) ou des colons scandant « mort aux Arabes » n’ont fait qu’attiser le feu.
Les dirigeants occidentaux ont d’abord repris les arguments de Jérusalem, mais le dégoût du public les a contraints à vaciller : menaces d’embargo sur les armes de Biden, menaces de réduction des financements de Trump, appels au cessez-le-feu de Macron. Même les milliards de l’AIPAC n’ont pas pu endiguer la vague ; des démocrates progressistes comme Jamaal Bowman ont fait irruption sur la scène politique avec des programmes anti-guerre. La machine à boucs émissaires a semé la division au lieu de la catharsis : des familles déchirées autour des tables de Thanksgiving, des synagogues vandalisées, mais aussi une montée en flèche de l’antisémitisme confondu avec des critiques légitimes.
La leçon à en tirer ? Dans un monde où chaque personne porte l’Imago Dei, la violence sacrificielle, aussi « juste » soit-elle, s’effondre sous le poids de l’examen minutieux. Tant que Jérusalem n’aura pas choisi la sacralité de la personne plutôt que celle du collectif, il faut s’attendre à d’autres victoires à la Pyrrhus et à un monde changé à jamais par le regard inébranlable des humbles.
David Gornoski est écrivain et animateur du podcast d’actualité A Neighbor’s Choice (à écouter ici), qui a été décrit comme « un Mr. Roger’s apocalyptique pour adultes ». Il traite de politique, de culture, d’anthropologie, de santé et de science.
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