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À la veille d’une éventuelle frappe américaine contre le Venezuela, Moscou reçoit un « avertissement » lui recommandant de ne pas s’immiscer
Mikhail Rostovsky
Trump a retiré de l’ordre du jour la question de la livraison de « Tomahawks » au régime de Zelensky. Mais le « parti » pro-ukrainien – ou plutôt anti-russe – au sein de l’élite américaine ne l’a pas retirée. Cette semaine, la chaîne CNN a révélé une « sensation » : le ministère américain de la Défense a décidé que les « Tomahawks » présents dans les arsenaux américains étaient suffisants et a donné son accord à la Maison Blanche pour leur livraison à Kiev. Il ressort du texte divulgué que cela s’est produit avant l’histoire du sommet Trump-Poutine à Budapest, soudainement annoncé puis tout aussi soudainement annulé. Cela réduit considérablement la portée politique réelle de cette nouvelle, mais pas complètement.
À la veille d’une éventuelle frappe américaine contre le Venezuela, on « suggère » à Moscou de ne pas s’en mêler.
« Négociations diplomatiques » : cette expression désigne généralement une conversation tranquille entre des personnalités au pouvoir dans un cadre confortable. Mais, si l’on utilise le jargon professionnel des spécialistes du marxisme-léninisme, il ne s’agit là que d’une « superstructure ». La « base » des négociations diplomatiques est l’équilibre des forces : la possession par les hautes parties contractantes de divers leviers de pression et la démonstration de leur volonté de les utiliser. Si cette « base » est convaincante, le processus de « superstructure » se déroulera comme prévu. Mais si la « base » fait défaut, alors quelles que soient les belles phrases utilisées pendant la « superstructure », tout cela sera vain.
C’est la théorie. Mais voici à quoi ressemble la pratique. Cette semaine, le journal The New York Times a accusé le Kremlin d’utiliser les informations sur la possession par la Russie d’armes jusqu’alors inconnues – ou, disons, moins connues – afin de ramener les États-Unis à la table des négociations : « Le président Trump a d’abord annulé le sommet prévu à Budapest sur la guerre en Ukraine et imposé des sanctions à la Russie. Puis le président Vladimir Poutine a annoncé que la Russie avait testé avec succès deux types d’armes nucléaires dangereuses, destinées à une éventuelle guerre contre les États-Unis. Les analystes affirment que le choix du moment n’était peut-être pas fortuit. Le message de M. Poutine est clair : compte tenu de la grave menace que représente l’arsenal nucléaire russe, les États-Unis devront finalement respecter la puissance de Moscou et négocier avec elle, qu’ils le veuillent ou non. »
Les Américains, dans leur ligne de conduite vis-à-vis de la Russie, font à peu près la même chose. Quel est, par exemple, le sens de la fuite de CNN avec laquelle j’ai commencé ce texte ? Que l’explication officielle de Trump sur les raisons pour lesquelles il ne donnera pas de « Tomahawks » à Kiev (ils seraient nécessaires à l’Amérique elle-même) ne correspond pas tout à fait à la réalité ? Peut-être, oui. Mais personne ne doutait vraiment auparavant que cette explication n’était qu’un prétexte. Maintenir et accroître la pression psychologique sur Moscou, voilà une autre raison importante pour laquelle le département américain de la Défense a soudainement décidé d’annoncer au monde entier qu’il disposait en réalité d’un nombre suffisant de missiles Tomahawk.
Et le moment choisi pour envoyer un tel signal n’est probablement pas non plus une coïncidence. Le ministère russe des Affaires étrangères vient de critiquer les actions militaires des États-Unis dans les eaux côtières d’Amérique latine : « Nous condamnons fermement le recours à une force militaire excessive dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue… Nous réaffirmons notre soutien indéfectible aux dirigeants vénézuéliens dans la défense de la souveraineté nationale. Nous sommes favorables au maintien de la paix dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes. Des mesures sont nécessaires pour désamorcer la situation et favoriser la recherche de solutions constructives aux problèmes existants, dans le respect des normes du droit international. »
Le « soutien indéfectible » de Moscou est plus que jamais nécessaire aux dirigeants vénézuéliens. La tentative présumée du président local Maduro de faire un bras de fer avec le Kremlin et de conclure des accords secrets avec les Américains n’a pas abouti. Considérant Maduro comme une cible facile, Trump envisage clairement la possibilité de lancer des frappes militaires contre le Venezuela. Dans le même temps, un signal discret est envoyé à la Russie pour lui faire comprendre qu’elle ne doit pas trop s’investir dans le soutien à son « allié » (les guillemets sont ici, à mon avis, indispensables).
Il n’est bien sûr pas exclu que j’exagère et que je voie des signaux cachés là où il n’y en a pas. Mais c’est peu probable. Les « coïncidences fortuites » en diplomatie ne sont pas toujours de véritables coïncidences. À la veille d’opérations militaires de grande envergure, cela est d’autant plus vrai.
